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Cet article est issu du dossier «Sénégal : neuf mois pour convaincre»

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Politique

[TRIBUNE] Le Sénégal doit faire de la Casamance une priorité nationale

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Pierre Atepa Goudiaby est un ingénieur et architecte sénégalais, président du Collectif des cadres casamançais.

Des soldats sénégalais défilant à Ziguinchor, en Casamance, dans le sud du Sénégal en 2011 (image d'archives). © Émilie Raignier pour Jeune Afrique

En dépit des efforts du président Macky Sall, la paix définitive n’est toujours pas au rendez-vous en Casamance. Pour que la paix soit enfin trouvée, le gouvernement doit en faire une priorité nationale, juge Pierre Goudiaby Atepa, président du Collectif des cadres casamançais.

Être juge et partie est sans doute la position la plus inconfortable à occuper. Conseiller spécial du président Abdoulaye Wade de 2000 à 2012, j’étais en même temps président du Collectif des cadres casamançais (CCC). J’étais donc placé des deux côtés de la rive d’une crise casamançaise qui dure depuis plus de trente-cinq ans.

Ici, les populations semblent en souffrir plus que partout ailleurs

Coincée entre la Gambie anglophone et la Guinée-Bissau lusophone, l’histoire coloniale de la Casamance n’est qu’un long combat mené contre les puissances étrangères. Son identité lui a permis de résister à la traite négrière comme à la colonisation portugaise, puis française. Et, à ce titre, elle aurait pu constituer une référence pour le Sénégal.


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Au lieu de cela, la crise casamançaise illustre surtout la parfaite méconnaissance par l’administration de l’histoire et de la culture d’une région méridionale qui ne demande qu’à vivre en paix dans un ensemble national indivisible et intangible. La Casamance n’est pas la seule région sénégalaise dans cette situation. Mais, ici, les populations semblent en souffrir plus que partout ailleurs.

Le conflit se transforme

Où en sont les propositions, pourtant très concrètes, formulées à maintes reprises par les hommes et les femmes de Casamance ? Quels sont les résultats des actions menées par la société civile ? En dépit des efforts du président Macky Sall, la paix définitive n’est toujours pas au rendez-vous en Casamance. Le conflit semble profiter de l’accalmie actuelle pour se transformer, au point qu’il est aujourd’hui difficile d’identifier de l’extérieur ses différents protagonistes et, surtout, leurs nouveaux objectifs.

Depuis l’indépendance, très peu d’actions concrètes ont été lancées pour développer les énormes potentialités économiques, sociales et culturelles de la Casamance. Cela aurait pourtant évité à ses habitants de ressentir cette impression de marginalité, d’où naissent les frustrations.

Le PSE donne aux Casamançais le sentiment d’être les grands oubliés d’un plan préparé à Dakar

Le Plan Sénégal émergent (PSE) n’a guère arrangé les choses tant il donne aux Casamançais le sentiment d’être, une nouvelle fois, les grands oubliés d’un plan préparé à Dakar. Pourtant, à Foundiougne, en février 2005, la question d’une discrimination positive devant ­favoriser l’investissement dans l’économie régionale avait été posée.

Le PSE envisageait de prendre en compte les aspirations des populations à l’aune des potentialités ­économiques, culturelles et sociales des trois régions de la Casamance. Mais, à l’heure de réaliser les grands travaux, le gouvernement a donné la priorité à la ligne TER plutôt qu’à la liaison Ziguinchor-Dakar, pourtant promise par l’actuel chef de l’État et d’un coût quasi identique.

Les défis à surmonter

Pour que la Casamance puisse enfin trouver la paix, le gouvernement doit en faire une priorité nationale. Il doit pour cela procéder à une évaluation globale des négociations passées et en cours, en mesurer les progrès, mais plus encore identifier les défis qu’il reste à surmonter, les obstacles qu’il faudra franchir pour sortir définitivement de la crise.

Il est urgent d’organiser, en Guinée-Bissau, la rencontre de la dernière chance

Au nom des intérêts supérieurs de la Casamance, la population doit aujourd’hui être sensibilisée aux thèmes de la paix, de la concorde et de l’unité, dans chaque famille, dans chaque quartier et village, jusqu’à Dakar et jusque dans les autres grandes villes du pays. Le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) est invité à réunir ses branches combattantes et civiles autour d’une position claire et acceptable pour tous.

S’il est admis qu’il faut beaucoup de courage pour faire la guerre, il en faut davantage pour aller à la table des négociations. La paix définitive en Casamance est pourtant à ce prix. Il est donc urgent d’organiser, en Guinée-Bissau, en tant que pays garant des accords, la rencontre de la dernière chance et de tous les espoirs.

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