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Cet article est issu du dossier «Sénégal : neuf mois pour convaincre»

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Politique

Seydou Guèye : « Le Sénégal est désormais présent partout où se discute l’avenir du monde »

Seydou Guèye, secrétaire général et porte-parole du gouvernement, à Dakar, Sénégal le 5 mars 2018. © Sylvain Cherkaoui/Cosmos pour JA

« Sniper » lorsqu’il s’agit de minimiser le poids de l’opposition, « griot » quand il égrène les réalisations de son mentor, celui qui est aussi la voix de l’Alliance pour la République, au pouvoir, affiche son optimisme quant aux chances de réélection du chef de l’État.

Jeune Afrique : L’opposition vous reproche d’avoir amendé la loi électorale, en avril, pour disqualifier ses candidats en durcissant le quota des parrainages requis…

Seydou Guèye : Nos détracteurs adoptent une stratégie de suspicion permanente en matière électorale, ce qui est révélateur de leur manque de sérénité. Lors des récentes législatives, nous avons dénombré 47 listes. Il a d’ailleurs fallu introduire une disposition dispensant les électeurs de l’obligation de prendre un bulletin pour chaque liste, obligation qui, d’après les simulations faites par la société civile, aurait pris au moins cinq minutes par votant.

Avec le parrainage des candidatures, le président de la République met fin à une vieille injustice

À cela s’ajoutent les importants moyens mis à la disposition des candidats dans le cadre de leur campagne. On ne peut pas continuer à dépenser de la sorte l’argent du contribuable pour des partis qui n’ont aucune autre légitimité que leur caution financière. Avec le parrainage des candidatures, le président de la République met fin à une vieille injustice, car jusque-là seuls les candidats indépendants étaient soumis à cette condition. Mieux, ce système de filtrage permettra d’élever le niveau du débat, et par conséquent l’offre programmatique des uns et des autres sera mieux appréciée.


>>> A LIRE – Le Sénégal adopte la loi sur les parrainages électoraux malgré la mobilisation de l’opposition


Envisagez-vous, à l’approche du scrutin, de dépolitiser l’organisation des élections en la confiant à une personnalité non partisane plutôt qu’à l’actuel ministre de l’Intérieur ?

Cette demande récurrente de l’opposition est une fausse bonne idée. Nous avons connu notre première alternance en 2000, avec une personnalité neutre à la tête du ministère de l’Intérieur. Mais lors de la seconde alternance, en 2012, celui qui dirigeait ce ministère, Ousmane Ngom, du Parti démocratique sénégalais [PDS, alors au pouvoir], était une personnalité engagée. Ce qui n’a pas empêché la défaite du président sortant.

L’Alliance pour la République est dans une zone de turbulences, il faut bien le reconnaître

Où en est l’Alliance pour la République (APR), à quelques mois de l’élection ?

Dans une zone de turbulences, il faut bien le reconnaître. Avec, par exemple, des prises de parole intempestives et un peu de désordre dans les rangs… Ce n’est pas si étonnant pour un parti qui n’a pas encore dix ans d’existence et qui a été propulsé au pouvoir seulement trois ans après sa création. Mais l’APR a aussi cette qualité de demeurer soudée à ses alliés et d’être toujours en mouvement pour remporter les élections. Avec les partis de la coalition Benno Bokk Yakaar [BBY], nous sommes sortis victorieux de toutes les échéances depuis 2012 : présidentielle, législatives, locales, référendum, Haut Conseil des collectivités territoriales … De son côté, l’opposition reste engluée dans ce qui est à la fois une crise de leadership, de méthode et de projet.

Un certain nombre de partis d’opposition ont décliné notre initiative de dialogue, ce qui est leur droit

Les discussions avec l’opposition, lancées en 2016 par Macky Sall, sont-elles toujours d’actualité ? 

Dans l’esprit du chef de l’État, cette démarche se voulait nationale, et pas seulement politique. Au niveau du secteur privé, des collectivités locales ou partenaires sociaux, un dialogue fructueux a été mené, qui a pu déboucher sur des consensus. Mais dans la sphère politique, un certain nombre de partis d’opposition ont décliné cette initiative, ce qui est leur droit. On ne peut contraindre personne au dialogue.

Pour ce qui est du leadership, justement, elle vous reproche d’instrumentaliser la justice pour empêcher la candidature de ses deux principaux ténors : Karim Wade et Khalifa Sall. Confirmez-vous que, si le premier rentrait au Sénégal, les autorités exigeraient qu’il rembourse l’amende à laquelle il a été condamné ?

L’exécution des peines et le recouvrement des amendes ne sont pas du ressort du gouvernement, mais de la justice. Une éventuelle contrainte par corps dépendrait de l’appréciation des magistrats.

Dans l’hypothèse où la condamnation de Khalifa Sall ne serait pas encore définitive au moment du dépôt officiel des candidatures, pourrait-il se présenter à la présidentielle tout en demeurant incarcéré ?

Cela s’est déjà vu, au Niger par exemple. Mais il reviendra aux juristes de se prononcer sur cette question. Le président Macky Sall peut se féliciter d’un bilan élogieux. Il n’a donc pas de préoccupation particulière concernant une quelconque candidature d’opposition.

Quelles réalisations mettra-t-il en avant ?

En premier lieu, l’énorme chantier social qui correspondait au temps des urgences : mettre en place un système de couverture santé, instaurer des bourses de sécurité familiale, endiguer la hausse du coût de la vie… Ensuite, il y a eu un effort particulier porté sur une question prioritaire : l’accès à l’électricité. En 2016, nous avons procédé à la baisse des tarifs de la Senelec. C’était inédit ! Et, depuis 2012, nous avons renforcé nos capacités productives. D’une moyenne annuelle supérieure à 900 heures de coupures avant l’élection de Macky Sall, nous sommes passés à 36 heures actuellement. Je citerai enfin le sérieux économique de ce gouvernement, qui a notamment permis de consolider la croissance, au-delà de 6 % depuis trois ans. Sans parler de la maîtrise des taux d’inflation et d’endettement.

Le Plan Sénégal émergent [PSE] a-t-il produit suffisamment de fruits pour convaincre les Sénégalais en 2019 ?

Le PSE traduit la vision à long terme du chef de l’État, avec, par exemple, l’autoroute Ila Touba, une grande dorsale qui va offrir au pays une structuration plus rationnelle de son espace territorial. Par ailleurs, le projet de pôle urbain de Diamniadio bourgeonne et commence à ressembler à une ville nouvelle, durable, cohérente. Citons aussi le chantier du train express régional [TER, qui reliera Dakar à l’aéroport Blaise-Diagne tout en desservant la banlieue]. Avec une population qui double tous les vingt-cinq ans, nous nous devions d’anticiper.


Benno bokk yakaar, une machine à gagner

En mars 2012, Macky Sall battait Abdoulaye Wade à la présidentielle, soutenu par la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY), qui, depuis lors, aligne les victoires. La formation présidentielle raflait dans la foulée la majorité absolue à l’Assemblée nationale, puis, en 2014, malgré quelques déboires à Dakar, elle étendait son influence dans les collectivités territoriales.

En 2016, le référendum lancé par Macky Sall était adopté malgré la constitution d’un large « front du non », et, quelques mois plus tard, le camp présidentiel remportait le Haut Conseil des collectivités territoriales (HCCT), avant de devancer une nouvelle fois l’opposition lors des législatives de juin 2017. De bon augure pour la présidentielle de 2019 ?

 

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