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Cet article est issu du dossier «Sénégal : neuf mois pour convaincre»

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Société

Sénégal : le chômage, une bombe à désamorcer

Chaque année, environ 200 000 diplômés arrivent sur le marché du travail. Ici, à l’ISM de Dakar. © Sylvain CHERKAOUI pour JA

Avec 15,7 % des Sénégalais âgés de 15 ans ou plus qui sont en quête d’un emploi - un chiffre qui ne prend pas en compte ceux, encore plus nombreux, sans aucune qualification professionnelle -, le pays est confronté à son plus grand défi.

Lors de son adresse à la nation, à la veille de la fête nationale, le 4 avril, Macky Sall a annoncé le démarrage des activités de la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide (DER), dotée d’un fonds initial de 30 milliards de F CFA (45,7 millions d’euros) et directement pilotée depuis la présidence de la République. Sa mission ? Financer en priorité les projets des jeunes et des femmes, notamment dans la pêche et les TIC.

Déjà, à son arrivée aux affaires, en avril 2012, il avait promis de créer 500 000 emplois dans un pays où, tous les ans, environ 200 000 jeunes diplômés arrivent sur le marché du travail.


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Esquissant le bilan de sa promesse électorale à dix mois de la fin de son septennat, le 1er mai, devant les organisations syndicales, il a annoncé la création de 411 000 emplois. Un chiffre substantiel, mais pourtant insuffisant au regard des attentes.

Un bilan à défendre

La question de l’emploi des jeunes pourrait d’ailleurs être l’adversaire politique le plus sérieux du président sortant lorsque, en février 2019, il remettra son mandat en jeu. Tout comme elle sera la principale bombe à retardement à désamorcer pour garantir la paix sociale dans les années à venir.

15,7 % des Sénégalais âgés de 15 ans ou plus sont en quête d’un emploi

D’après les chiffres 2017 de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, 15,7 % des Sénégalais âgés de 15 ans ou plus sont en quête d’un emploi, dont 18,6 % en milieu urbain. Ces statistiques ne tiennent pas compte de ceux, encore plus nombreux, sans aucune qualification professionnelle. Une préoccupation à laquelle le gouvernement tente de répondre à travers divers programmes (instituts d’enseignement professionnel, projet Formation-École-Entreprise, etc.).

Il est pourtant déjà clair que le chef de l’État et son gouvernement ne pourront jamais, en l’espace d’un ou de deux mandats, assurer le plein-emploi et résorber le chômage endémique des jeunes. Pour espérer créer les conditions favorables, il faudra, selon les experts, une croissance annuelle du PIB de l’ordre de 9 % à 10 % pendant au moins une décennie. Mais les structures de l’économie sénégalaise sont-elles prêtes ?


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Investissement inclusifs

Même si la richesse nationale poursuit son cycle de croissance, avec, selon le FMI, 6,8 % en 2017 et une prévision de 7 % pour 2018 – contre une moyenne de 3,2 % sur la période 2006-2013 –, force est d’admettre qu’il reste encore du chemin à faire. Les observateurs pointent le fait que les investissements des grandes firmes multinationales, ainsi que les emprunts internationaux, restent les principales sources de croissance du pays. Ce qui n’est ni inclusif ni soutenable.

Il faut mettre en place des politiques cohérentes de soutien au tissu de PME et au secteur primaire

Dans le même temps, toujours selon les chiffres du FMI, le pays est plombé par une dette publique extérieure qui a atteint 61 % du PIB en 2017 et est attendue à 59,9 % en 2018. La loi de finances 2018 montre que le paiement des intérêts (2 210 milliards de F CFA) et l’amortissement de la dette (618,8 milliards) demeurent les premiers postes de dépenses de l’État.

« Nul gouvernement ne peut se passer d’emprunt, l’essentiel est d’en faire bon usage », réplique le président sénégalais face aux critiques. Pour El Hadji Alioune Camara, économiste-­chercheur à l’université de Thiès, « il faut mettre en place des politiques cohérentes de soutien au tissu de PME et au secteur primaire, afin qu’ils soient les principaux générateurs de cette croissance ».

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