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Cet article est issu du dossier «Angola : le virage diplomatique de João Lourenço»

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Diplomatie

João Lourenço, ou le renouveau diplomatique angolais

Le président Lourenço, le 5 mars 2018, à Luanda © Alexander Shcherbak/Tass/ABACA

Le président angolais a décidé de rebattre les cartes diplomatiques et d'amorcer un véritable virage diplomatique. João Lourenço multiplie les interlocuteurs sur la scène internationale et fait montre d'une ouverture bien plus grande que son prédécesseur.

L’enthousiasme de Sylvain Itté n’est pas feint : « L’Angola est un pays qui va compter de plus en plus en Afrique ! » L’ambassadeur de France à Luanda s’exprimait ainsi quelques jours avant l’arrivée du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Cette rencontre, qui a eu lieu le 1er mars, a été la troisième en à peine huit mois : en juillet 2017, Emmanuel Macron a reçu João Lourenço, alors candidat du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) aux élections générales d’août.


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En novembre, devenu président, « JLo » s’est entretenu pendant une heure et quart avec son homologue français en marge du sommet UA-UE, à Abidjan. Et le 28 mai, il sera de nouveau reçu à l’Élysée. En 2008, la visite de Nicolas Sarkozy au président José Eduardo dos Santos avait déjà amorcé un rapprochement entre deux pays dont les relations avaient pâti du scandale de l’Angolagate, en 2000. Le quinquennat de François Hollande avait confirmé ce réchauffement.

L’ère Lourenço-Macron ouvre de nouvelles perspectives

Mais l’ère Lourenço-Macron ouvre de nouvelles perspectives, et Patrick Pouyanné ne dira pas le contraire : le PDG du français Total a signé en décembre plusieurs accords avec Carlos Saturnino, le nouveau patron de la société pétrolière nationale angolaise, la Sonangol.

Il serait cependant trop simple de croire que l’axe Paris-Luanda se limite aux intérêts économiques. De fait, le 1er mars, « Le Drian et Lourenço ont abordé la crise politique en République démocratique du Congo, et le sujet devrait de nouveau être au menu de la rencontre du 28 mai », confie une source diplomatique.

Relations tendues

En devenant un interlocuteur incontournable sur le dossier congolais, Luanda réalise un coup à plusieurs bandes. D’abord, Lourenço prend la main sur les médiations régionales de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

L’Angola joue désormais pleinement son rôle au sein des institutions régionales

Ensuite, il renforce son leadership africain. « L’Angola joue désormais pleinement son rôle au sein des institutions régionales. Et il est présent dans toutes les grandes conférences du continent », précise Daniel Ribant, président de l’European Foundation for Angola.

En multipliant les interlocuteurs sur la scène internationale, Luanda réaffirme aussi sa volonté de se prémunir contre toute ingérence. Et Lisbonne l’a appris à ses dépens : leurs relations se sont tendues quand le Portugal a entrepris de juger Manuel Vicente, l’ancien vice-­président angolais accusé de corruption. « Nous ne reconnaissons pas le droit d’un pays étranger à juger un ressortissant angolais », martelait en janvier Manuel Domingos Augusto, le chef de la diplomatie angolaise.


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Aucun ministre portugais n’est venu à Luanda depuis que Lourenço est arrivé au pouvoir, et aucun ambassadeur angolais n’a encore été nommé à Lisbonne. Mais le fait que la justice portugaise ait finalement annoncé, le 10 mai, que Manuel Vicente pourrait être jugé chez lui, à Luanda, pourrait changer la donne. Tout comme la venue, dans les prochaines semaines, du ministre lusitanien de la Défense.

Alliés de poids

Dans tous les cas, Lourenço sait qu’il peut compter sur ses partenaires historiques. La Russie, où le président a fait une partie de ses études, reste son premier allié militaire, comme elle le fut lors des trois décennies de guerre civile que connut l’Angola. Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, est venu à Luanda en mars réaffirmer ce lien.

Rien d’important sur le plan politique et stratégique ne se fait à Luanda sans l’approbation de Moscou

Pour la chercheuse Paula Cristina Roque, « beaucoup, au sein de l’élite du MPLA, affirment même que rien d’important sur le plan politique et stratégique ne se fait à Luanda sans l’approbation de Moscou ».

Autre allié de poids, Pékin, qui depuis 1983 a consenti entre 40 et 60 milliards de dollars de prêts à l’Angola. Luanda sait ce qu’il doit à l’empire du Milieu, seule puissance à lui être venue en aide sans contrepartie politique en période de vaches maigres.

Problème : la Chine craint que les nombreux pays auxquels elle a prêté de l’argent ne puissent pas la rembourser. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, est resté enthousiaste lors de sa rencontre avec Lourenço à Luanda, en janvier. « Mais, après avoir pendant des années octroyé des prêts souples et non conditionnels, la Chine commence à prendre des mesures fermes pour protéger ses intérêts, et les prêts devront être remboursés », relève Paula Cristina Roque.

Virage diplomatique

Est-ce pour cela que le nouveau président angolais semble vouloir renforcer les liens avec les États-Unis ? Certes, le profil de son épouse, Ana Dias, ex-économiste de la Banque mondiale, a permis d’entrevoir des perspectives de rapprochement. On sait aussi que Washington souhaiterait renforcer sa présence en Angola, notamment dans le secteur pétrolier, et que ce dernier, deuxième producteur de brut sur le continent, a souffert de la chute des cours, ce qui l’a conduit à entamer des pourparlers avec les institutions de Bretton Woods.


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« Cependant, affirme Paula Cristina Roque, les tensions entre les États-Unis et la Russie augmentent, et Luanda risque de subir la pression de ses deux partenaires les plus importants que sont la Russie et la Chine. » Une remontée durable du prix du baril, qui a repassé la barre des 70 dollars (59 euros), pourrait prémunir João Lourenço contre de telles pressions. Mais le virage diplomatique amorcé par Lourenço n’en reste pas moins essentiel, et c’est Alcides Sakala, le porte-parole de l’Unita, principal parti d’opposition en Angola, qui le dit : « Enfermé dans sa logique de pouvoir absolu, dos Santos ne sortait plus beaucoup. Il y a un vrai changement d’attitude. João Lourenço s’est rouvert sur l’Afrique et sur le reste de monde. »

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