Politique économique

[Tribune] L’Algérie n’est pas la Malaisie !

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h28

Par  Alain Faujas

Alain Faujas est spécialisé en macro-économie.

Le port d'Alger en novembre 2016

Le port d'Alger en novembre 2016 © Anis Belghoul/AP/SIPA

En refusant le libéralisme au profit d’un budget en expansion, l’Algérie se rapproche de la stratégie adoptée par le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, qui s’était opposé aux préconisations du FMI. Mais l’Algérie de Bouteflika n’a rien à voir avec la Malaisie de Mahathir…

L’équation qui s’impose au gouvernement algérien est complexe. En attendant une remontée durable des cours du pétrole, dont la chute a sévèrement dégradé ses comptes depuis 2014, il lui faut contenir ses déficits, soutenir une croissance molle et un dinar vacillant sans exaspérer une population biberonnée aux subventions et à l’intervention étatique.

Fonds monétaire international (FMI) et Banque mondiale lui conseillaient rigueur budgétaire et développement des exportations. Il a pris la direction opposée : le budget complémentaire publié le 2 mai prévoit une rallonge de 500 milliards de dinars (3,6 milliards d’euros) pour cinq ministères et une « taxe supplémentaire provisoire préventive » sur les importations de produits finis.


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La relance sera financée par la « planche à billets ». Le protectionnisme vise à limiter l’hémorragie de devises, à réserver aux entrepreneurs nationaux le marché domestique et à forcer les importateurs étrangers à fabriquer leurs produits en Algérie.

Certains applaudiront un tel refus du libéralisme, rappelant celui qu’avait opposé au FMI le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, qui avait choisi, lui aussi, protectionnisme et budget en expansion en 2001.

L’Algérie de Bouteflika face à la Malaisie de Mahathir

En fait, l’Algérie de Bouteflika n’a rien à voir avec la Malaisie de Mahathir. La première s’est de longue date recroquevillée sur elle-même et n’exporte que du pétrole quand la seconde était immergée dans la mondialisation et se portait comme un charme jusqu’à l’éclatement de la crise asiatique de 1997.

La Malaisie de Mahathir était victime d’une crise importée, née de la panique des marchés face à la chute de ses exportations

La première souffre d’une crise récurrente, alors que la seconde était victime d’une crise importée née de la panique des marchés face à la chute de ses exportations, notamment électroniques, vers des États-Unis en cours de ralentissement.

De façon cohérente, Mahathir avait institué un contrôle des capitaux pour tarir la spéculation qui déstabilisait sa monnaie. Il avait aussi encouragé une relance de la consommation pour compenser la chute des recettes d’exportation et la montée du chômage. Le rapide redressement de son économie lui a donné raison.

Sauve-qui-peut

En revanche, la voie choisie par Alger ressemble à un sauve-qui-peut. Face à la crise pétrolière, il faudrait que les autres secteurs de l’économie compensent par un surcroît de ventes à l’étranger l’effondrement des recettes d’exportation qui en est résulté.

Hélas, l’Algérie n’a pas grand-chose à vendre à part des hydrocarbures. Abritées derrière le protectionnisme ambiant, ses entreprises ont pour la plupart adopté une attitude rentière. Pourquoi se démener pour vendre en Europe ou dans le reste de l’Afrique quand il est plus facile d’approvisionner un marché intérieur protégé, fût-ce au prix de petits arrangements avec les pouvoirs ?

Conséquence de cette atonie : quatrième producteur mondial de dattes, l’Algérie en exporte pour une quarantaine de millions de dollars par an, mais importe pour cinq fois plus mayonnaise, ketchup et autres condiments.

Malgré les serments d’amour officiels, la très dirigiste Algérie se défie de l’entreprise. Le manque de crédits, l’instabilité des réglementations fiscales et douanières, le bon plaisir des dirigeants rendent la vie difficile au secteur privé. Le président lui-même redoute qu’un entrepreneur trop en vue se prenne pour Berlusconi et tente de prendre sa place.

Reste à souhaiter aux dirigeants algériens que le prix du baril se maintienne à plus de 80 dollars pour leur permettre de survivre

L’ombrageuse Algérie n’aime pas les investisseurs étrangers. La règle des « 49/51 » interdit à une entreprise étrangère de détenir la majorité du capital d’une société algérienne. La technostructure a tué dans l’œuf toutes les tentatives pour l’assouplir. La même technostructure fera tout pour avorter la seule mesure « libérale » de la loi de finances complémentaire, qui prévoit que des investisseurs étrangers pourraient se voir concéder des terres dans un pays où 3 millions d’hectares sont en jachère.

Pauvre Algérie qui va connaître le fort regain d’une inflation déjà à plus de 5 % par an et qui n’a ni la volonté de sortir du tout-pétrole ni les moyens d’offrir des emplois dignes de ce nom à sa jeunesse !

Il reste à souhaiter à ses dirigeants que le prix du baril se maintienne à plus de 80 dollars (environ 67 euros) pour leur permettre de survivre. Jusqu’à la prochaine crise et jusqu’à l’ultime goutte d’or noir.

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