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Politique

Burkina Faso : Roch Marc Christian Kaboré, Marathon Man

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Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Le président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kaboré à la tribune des Nations Unies à New York le 22 septembre 2016. © Frank Franklin II/AP/SIPA

Le président burkinabè est à mi-parcours d'un mandat entamé fin 2015. Dans un pays confronté à de sérieux handicaps économiques et à la montée du péril terroriste, Roch Marc Christian Kaboré doit désormais mener la seconde partie de son quinquennat de manière plus concrète et plus dynamique.

Édito. Roch Marc Christian Kaboré, 61 ans, aborde la seconde moitié de son mandat comme un coureur de fond qui sait qu’il doit désormais accélérer et que le sprint final déterminera en grande partie l’issue de la course. Il a hérité, fin 2015, d’un champ de ruines sur le plan économique, dans un pays où tout était à reconstruire. Il doit désormais gérer l’impatience de ses compatriotes, assoiffés de changement.

Comme il a dû composer, lors de son arrivée au pouvoir, avec les inévitables périodes de chasse aux sorcières (vis‑à-vis des anciens pro-Compoaré) et les règlements de comptes qui font perdre du temps, la restructuration de l’armée ou des services de renseignements, le manque de confiance initial des investisseurs, les inévitables renvois d’ascenseur qui ne permettent pas toujours d’effectuer de vrais choix, etc.

Plus grave, le Burkina est désormais confronté à ce qui sera probablement l’un des principaux enjeux de son quinquennat : la lutte contre le terrorisme. Pour la troisième fois en deux ans, le 2 mars, Ouaga a été la cible d’une attaque jihadiste venue confirmer que le pays se trouve dans le viseur des groupes armés qui sévissent notamment au Mali.


>>>– A Lire : Attaques de Ouagadougou : des soupçons de complicités dans l’armée


Sur le front économique, les résultats sont plutôt encourageants : 6,4 % de croissance en 2017, plus que prévu. Une inflation maîtrisée (2 % par an) et un système bancaire solide. Mieux, la confiance des partenaires internationaux est enfin une réalité.

En décembre 2016, à Paris, lors de la conférence pour le financement du Plan national de développement économique et social (PNDES), le gouvernement a pu récolter 12,2 milliards d’euros de promesses de dons de la part des bailleurs internationaux et 16 milliards d’euros d’engagements d’investissements du secteur privé. La preuve que le Burkina, malgré tout, est attractif. La preuve aussi d’un potentiel longtemps sous-estimé.


>>>– A Lire : Burkina Faso : le plan Marshall de Kaboré pour le Sahel


Il était évident, après la chute de Blaise Compaoré, que la suite ne serait pas un chemin pavé de roses. Il en va ainsi de toutes les « révolutions ». Il suffit, pour s’en persuader, d’analyser les trajectoires et les situations actuelles, bien que différentes, de la Tunisie, de la Libye ou de l’Égypte.

Trois constantes : une révision de fond en comble du contrat qui lie les dirigeants aux citoyens, d’inéluctables difficultés économiques exacerbant les tensions et des attentes telles que la population aura toujours l’impression qu’elles ne sont guère, ou pas assez vite, assouvies.

Placer l’accélération

Dans le cas du Burkina, malgré tous les obstacles rencontrés, force est de constater que le pays progresse mieux que ceux d’Afrique du Nord. Il n’en demeure pas moins qu’il est indispensable que la seconde partie du quinquennat soit plus concrète et plus dynamique.

Kaboré en a conscience : il a lancé en août, par exemple, le Programme d’urgence pour le Sahel (PUS), doté de 694 millions d’euros et destiné à financer, d’ici à 2020, la construction de centres de santé, de bâtiments administratifs et d’écoles.

La réussite du complexe agro-industriel de Bagré (Centre-Est) et son corollaire – emplois, infrastructures, amélioration des conditions de vie – représentent d’ailleurs la meilleure réponse aux terroristes, qui ont beau jeu d’exploiter misère ou sentiment d’abandon.

Kaboré n’a que peu de goût pour la précipitation. Il est calme, pondéré, préférant toujours convaincre qu’imposer ses oukases. Et il ne changera pas. C’est d’ailleurs ce profil de président « normal » et rassurant, un peu comme Macky Sall au Sénégal, qui avait séduit en 2015. Mais en 2020, son bilan sera examiné à la loupe. S’il entend obtenir un deuxième mandat, et dans l’intérêt des Burkinabè, c’est le moment de placer son accélération…

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