Arts

Style : les joailliers africains s’imposent sur le marché du luxe

Création de Vania Leles. © DR

De plus en plus d’entrepreneurs s’imposent sur le marché du luxe. Notamment dans la haute joaillerie, qui n’est plus réservée aux grandes maisons européennes. Rencontres.

  • Sandra Bérété (France)

Aux côtés des grandes maisons de haute joaillerie logées place Vendôme (Paris), la créatrice Sandra Bérété a réussi à imposer son atelier employant une dizaine de personnes. Depuis dix ans, cette Parisienne, née d’un père guinéen et d’une mère guadeloupéenne, y développe la marque qui porte son nom. Ses créations mélangent art africain, art déco et glamour hollywoodien des années 1950. « Je suis une créatrice de haute joaillerie artistique », affirme la quadragénaire. Fascinée par le cristal, grâce auquel elle a découvert les pierres fines et précieuses, elle a étudié la gemmologie, avant de se lancer en 2008.

Philippe Schlienger

Ses fournisseurs sont des marchands spécialisés qui organisent des ventes lors de salons en Europe. Aujourd’hui, Sandra Bérété compte parmi ces créateurs qui produisent de véritables pièces de design. Ses clients viennent d’abord des États-Unis, « un marché de designers plutôt que de grandes marques ». Elle évoque également les pays russophones et l’Italie. L’Afrique ? « La clientèle africaine s’attache aux marques, mais je commence à me faire connaître sur le continent grâce à la jeunesse dorée nigériane de Londres. Dans la profession, on les appelle “les Russes de l’Afrique” parce qu’ils ont les mêmes goûts. Ils aiment les grosses pierres, de très bonne qualité, les couleurs vives et le design. » Prix des pièces de Sandra Bérété : à partir de 30 000 euros.

  • Vania Leles et Satta Matturi (Royaume Uni)

Ces deux joaillières revendiquent chacune leurs racines africaines à travers leurs créations. Vania Leles, née en Guinée-Bissau, a fait ses études au Portugal avant d’embrasser une carrière de mannequin. Passionnée de joaillerie, elle s’est reconvertie et a intégré, au cours des années 2000, le Gemological Institute of America (GIA), à New York, où elle s’est initiée à l’étude des pierres précieuses. Elle a ensuite été employée comme gemmologue au sein de la maison britannique Graff Diamonds, puis chez De Beers. Un temps chargée de clientèle chez Sotheby’s, elle a fondé VanLeles Diamonds, en 2011.

DR

« Mon rêve était de créer des bijoux qui reflètent nos valeurs et nos cultures. Les pierres précieuses qui font tourner l’industrie viennent d’Afrique, mais elles ne servent pas les communautés du continent. » Philanthrope, elle lève régulièrement des fonds pour l’organisation humanitaire Women for Women International (WfWi) en faveur des femmes victimes de guerre. Elle soutient également que l’Afrique devrait avoir ses propres comptoirs diamantaires. Vania Leles achète ses diamants au Bostwana et en Afrique du Sud, des rubis au Mozambique, des émeraudes en Zambie et des saphirs du Sri Lanka via le comptoir diamantaire d’Anvers.

Pour ses collections, elle soutient s’inspirer de bijoux royaux ancestraux. Prix ? Entre 2 800 et 170 000 euros. Enfin, pour du sur-mesure, compter plutôt entre 20 000 et quelques millions d’euros. « Legends Of Africa, Sahara, Dancing Butterfly… Mes collections sont mes enfants. Je leur donne naissance deux fois par an », dit-elle. Si le siège social de VanLeles Diamonds est situé à Londres, son atelier est en Italie. La joaillière juge sa clientèle en Afrique encore peu importante mais cite le Nigeria, l’Angola et le Ghana comme probables débouchés.

SMFJ/Simon Martner

Satta Matturi est, elle, originaire de la Sierra Leone. Cette créatrice de 41 ans a lancé sa griffe il y a cinq ans après avoir travaillé pendant quinze ans pour De Beers en tant qu’experte évaluatrice en diamants. « Je nourris une véritable passion pour les pays du continent que je raconte à travers mes collections, de Bissap à BouBou en passant par Fleur Mansa », explique la créatrice, qui vit entre le Botswana et le Royaume-Uni. Sa clientèle est internationale, mais en Afrique, elle vend au Botswana, en Afrique du Sud et au Nigeria. S’offrir du Satta Matturi revient à débourser de 3 000 à 30 000 dollars, voire plus. La créatrice ne propose qu’une trentaine de pièces par an au maximum et organise uniquement des ventes privées.

  • Rita Chraibi et Aziz El Hajouji (Maroc)

Basée entre Dubaï et Casablanca, où elle a ouvert son showroom il y a un mois, Rita Chraibi a fondé Taj Joaillerie en 2012. La jeune femme de 33 ans a étudié la gemmologie au GIA de Dubaï, puis s’est formée auprès de maîtres joailliers de la ville émiratie et de Beyrouth. Elle vit aujourd’hui entre Dubaï et Casablanca et fournit une clientèle exclusivement marocaine et féminine.

Fadi Nashar/Taj

« Tous les bijoux Taj ont une base d’or 18 carats ou de platine, sertie de diamant ou d’autres pierres précieuses. » Chez Taj, la fourchette de prix est comprise entre 400 et 10 000 euros. Les diamants proviennent principalement de Belgique et d’Inde. « Les autres pierres précieuses nous viennent de Zambie, de Tanzanie, d’Inde. Nous rencontrons régulièrement nos fournisseurs à l’occasion de foires internationales. » Rita Chraibi affirme que le diamant est sa pierre de prédilection. « J’aime aussi travailler l’émeraude pour son côté intemporel et majestueux. »

Fadi Nashar/Taj

Gageons que ce sont ces mêmes caractéristiques qui font aussi de l’émeraude la pierre favorite d’Aziz El Hajouji, joaillier de 63 ans, à la tête de la fameuse maison marocaine Rafinity depuis 1995. Son chiffre d’affaires annuel s’élève à 45 milliards de dirhams, soit près de 4 milliards d’euros (il est le seul à bien vouloir le communiquer). Autodidacte, Aziz El Hajouji, élevé dans une famille d’esthètes, rêvait de sa propre marque depuis l’âge de 14 ans.

DR

Rafinity compte aujourd’hui des boutiques dans tout le royaume chérifien et propose trois gammes de bijoux : haute joaillerie, haute joaillerie traditionnelle (créations en diamant, rubis et émeraude) et fashion (bijoux tendance en pierres semi-précieuses). Si les bijoux fashion sont plutôt abordables, les prix en haute joaillerie sont compris entre 20 000 et plusieurs millions d’euros. Les ateliers de Rafinity, au sein desquels travaillent 700 artisans-bijoutiers, sont situés à Sidi Maârouf, quartier d’affaires de Casablanca. La clientèle de Rafinity compte un lot de personnalités marocaines et étrangères de haut vol. Un gage de qualité sans égal sur le continent africain où le monde de la haute joaillerie semble encore plus cloisonné qu’ailleurs.


Gemmologie, vous dites ?

La gemmologie est la science qui se rapporte à l’étude des gemmes, à savoir les pierres précieuses, fines et ornementales utilisées en bijouterie et joaillerie. Il existe quatre types de pierre précieuse : le diamant, l’émeraude, le rubis et le saphir. Les pierres fines sont bien plus nombreuses (topaze, améthyste, opales, aigue-marine, pierre de lune, rubellite, etc.)

En France, il existe plusieurs centres de formation à la gemmologie dont l’Institut national de gemmologie de Paris. L’établissement le plus réputé en la matière reste le GIA (Gemological Institute of America), fondé en 1931 à New York, et dont on trouve des annexes à Londres, Dubaï, Gaborone, Bangkok, Hong Kong, Mumbai et Taipei.

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