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Cet article est issu du dossier «Le Gabon d'après»

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Politique

Un autre Gabon ?

Par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Immeubles de Libreville

Immeubles de Libreville © Tiphaine Saint-Criq pour Jeune Afrique

La crise postélectorale de 2016 a laissé des traces au Gabon. Mais, malgré des tensions qui persistent, le pays sort de sa paralysie.

Édito. Et si, finalement, la crise postélectorale de 2016 avait été un mal pour un bien ? Bien sûr, les scènes de violence auxquelles nous avons assisté au lendemain de ce détestable scrutin doivent être fermement condamnées, et la mémoire des victimes saluée. Mais depuis la présidentielle, malgré d’évidentes tensions qui ne sont pas encore toutes dissipées, le Gabon sort peu à peu de la paralysie. Comme s’il avait fallu toucher le fond pour parvenir à rebondir.

Sur le plan politique, déjà, les différents acteurs se préparent à des législatives cruciales. Une partie de l’opposition se met en ordre de bataille pour prendre sa revanche dans les urnes quand l’autre, autour de Jean Ping, ne veut pas entendre parler d’autre chose que de boycott. Malgré tout, les fils du dialogue sont peu à peu renoués.


>>> À LIRE – Gabon : pouvoir et opposition se préparent au choc des législatives


Du côté du Parti démocratique gabonais, les leçons des errements de 2016 semblent avoir été tirées. Lors du congrès tenu par la formation en décembre, nous avons assisté à un vaste renouvellement des cadres, par ailleurs considérablement rajeunis. Les militants ont été remis au centre des priorités tandis que la plupart des anciens caciques, qui n’ont guère brillé lors de la présidentielle, ont été écartés.

Évolutions politiques et économiques

Un rajeunissement qui concerne également la plupart des nominations au sein des institutions, du cabinet du chef de l’État Ali Bongo Ondimba comme des grandes entreprises publiques. La direction des impôts, celles du budget, des douanes ou de la dette, la Caisse des dépôts et consignations, l’Office des ports et rades du Gabon, l’agence du tourisme, la Société équatoriale des mines ou la Société nationale du logement social ont, par exemple, tous changé de tête. Cela ne garantit pas de meilleurs résultats, mais c’est déjà un premier pas et la marque d’une volonté réelle de changement.

Sur le plan économique également, les choses bougent enfin. Règlement d’une grande partie de la dette intérieure – ce qui devrait permettre de redonner confiance aux chefs d’entreprise du pays, de relancer la croissance et la création d’emplois, rationalisation des dépenses publiques, développement de l’agriculture, transformation locale accélérée, nouveau port d’Owendo, projet de futur aéroport à Libreville : le patient gabonais reprend des couleurs, aidé dans sa convalescence par une meilleure tenue des cours des matières premières, notamment le pétrole et le manganèse. Attention cependant, tout cela reste bien fragile.

Rien d’insurmontable

Incrusté dans une Afrique centrale qui ne brille guère par son dynamisme, le Gabon a toutes les cartes en main pour devenir un véritable hub et une nation prospère. Il pourrait, par exemple, miser sur les nouvelles technologies et le numérique. Devenir une destination touristique prisée, tant son potentiel, notamment dans l’écotourisme, est évident.

Cet écrin de verdure, niché au cœur du bassin du Congo, le deuxième poumon de la planète après l’Amazonie, constellé de fleuves et de rivières, qui abrite une faune et une flore relativement préservées, est quasiment sans équivalent sur la planète. Il pourrait également accélérer la transformation – et donc la diversification – de son économie, encore trop dépendante des hydrocarbures. Ou mettre en place une vraie stratégie d’industrialisation.

La liste des chantiers à ouvrir pour devenir un pays de cocagne, dont il n’a il est vrai pour l’instant que l’apparence, est longue, mais elle n’a rien d’insurmontable. À condition que les politiques gabonais de tous bords parviennent à mettre leurs ego de côté pour se consacrer à l’essentiel…

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