Sécurité

Abdelhak Khiame : « Le Maroc est toujours en alerte maximale »

Abdelhak Khiame, Directeur du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ). Sale, Maroc - 06 mars 2018. © Nabila el hadad pour JA

Situation dans le Sahel, collaboration avec l’Algérie, retour des combattants de Daesh, coordination avec les services étrangers… Le patron du BCIJ se met à table.

Il est le visage de la lutte antiterroriste au Maroc, et il l’était avant même la création du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ). Abdelhak Khiame, 58 ans, qui menait, en tant que patron de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), les enquêtes les plus importantes (y compris celles liées au terrorisme), a l’habitude de communiquer avec les médias. Ce qui revient, quand on est un haut cadre sécuritaire, à ne pas en dire trop. Entretien.

Jeune Afrique : Une présumée cellule terroriste démantelée en moyenne toutes les trois semaines depuis la création du BCIJ. Ne faites-vous pas dans l’effet d’annonce ?

Abdelhak Khiame : Notre stratégie a toujours reposé sur l’anticipation et la prévention, et elle a porté ses fruits. Les années 2015 et 2016 ont été marquées par la recrudescence du phénomène terroriste partout dans le monde. Nous sommes passés de 21 cellules démantelées en 2015 à 19 en 2016 et à seulement 9 en 2017.

Il y a une autre organisation que je considère comme terroriste : le Polisario

Le risque terroriste est toujours omniprésent au Maroc. Estimez-vous que le danger se rapproche avec le redéploiement des combattants de Daesh dans la région du Sahel ?

Tout à fait ! L’étau s’est resserré sur Daesh en Irak et en Syrie. Ses cadres ont alors opté pour le Maghreb. Le groupe terroriste compte déjà une branche très active en Libye, où le conflit politique lui facilite les choses. Dans cette région du Sahel, il y a une autre organisation que je considère comme terroriste : le Polisario. Nous avons recensé plus d’une centaine de ses membres opérant au sein d’Aqmi, avec laquelle ils ont été impliqués dans des attaques menées dans le nord de la Mauritanie. Et si on ajoute à cela l’absence de collaboration des services algériens, cela rend le climat dans la région propice au développement du terrorisme.

Ce manque de collaboration avec l’Algérie peut-il être dépassé ? En quoi se répercute-t-il sur le Maroc ?

Une collaboration avec les services algériens reste bien entendu souhaitée et envisageable. Il suffit que nos voisins acceptent de dissocier les questions politiques des enjeux sécuritaires. D’autant que ce manque de collaboration est préjudiciable pour les deux pays. Il nous impose par exemple de redoubler d’efforts pour contrôler nos frontières.

Nous avons identifié de manière catégorique 1 668 Marocains qui ont rejoint Daesh

Doit-on comprendre que le Maroc renforce davantage la surveillance de ses frontières avec l’Algérie ou encore celles des provinces du Sud ?

Nos services de sécurité restent vigilants à tous nos points frontaliers. Il n’y a pas de distinction entre le Nord ou le Sud, l’Est ou l’Ouest. Comme nous n’avons pas différents niveaux d’alerte, nous sommes tout le temps en alerte maximale.

Combien de Marocains ont combattu pour Daesh ? Connaît-on leur sort ? Sont-ils précisément localisés ?

Nous avons identifié de manière catégorique 1 668 Marocains qui ont rejoint Daesh. Certains ont dû être tués au combat contre les forces de la coalition, mais nous n’avons pas, pour l’instant, les moyens de connaître leur nombre. En revanche, tous ces individus sont connus de nos services et seront arrêtés s’ils tentent de rentrer au pays. C’est le cas d’une centaine d’entre eux, que nous avons interceptés et présentés devant la justice.

Au Maroc, il n’y a pas de cloisonnement entre les services

Le succès du BCIJ auprès des services de renseignements étrangers n’attise-t-il pas la jalousie des autres services, notamment la Direction générale des études et de la documentation (DGED), chargée du renseignement extérieur ?

La DGED fait son travail. Et quand elle a des informations utiles pour la sûreté du pays, elle les communique à la DGST. Et vice versa. Au Maroc, il n’y a pas de cloisonnement entre les services. Tous travaillent main dans la main, car c’est la sécurité des citoyens qui prime.

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