Diplomatie

Réquisition de Veolia : le Gabon se veut rassurant face à un Pierre Gattaz préoccupé par les intérêts français

Site de la SEEG (filiale de Veolia réquisitionnée par l'État gabonais) au barrage de Tchimbele (Gabon), le 12 juillet 2014 © Photothèque Veolia/Christophe Majani d'Inguimbert

Après la réquisition de Veolia par l'État gabonais, et alors que la presse locale se fait l'écho des ambitions russes sur le secteur de l'eau et de l'énergie, Libreville s'efforce de rassurer ses partenaires de l'Hexagone. Le successeur de Veolia « pourrait très bien être un français », assure le ministre de tutelle.

Le 26 février, Pierre Gattaz, le président du Medef (patronat français) a écrit à Emmanuel Issoze-Ngondet, le Premier ministre gabonais, pour lui faire part de son « vif étonnement » face à « l’action d’expropriation » visant Veolia, après que Libreville a pris le contrôle, le 16 février, de la Société d’énergie et d’eau du Gabon, filiale à 51 % de ce groupe.


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Il assure suivre « ces évolutions avec attention, tout comme [il] suivr[a], après les récentes affaires Bouygues et Sodexo, la santé des entreprises françaises implantées au Gabon ».

Le chef du gouvernement n’a pas encore réagi à ce courrier, mais les responsables gabonais assurent que les intérêts français ne sont nullement menacés. Et ce, en dépit du désengagement de groupes emblématiques, comme Total et Bouygues, et du départ probable d’Egis en juin.

De nouveaux opérateurs français s’installent : Eiffage reconstruira l’aile de l’Assemblée nationale qui avait été incendiée en septembre 2016, tandis que Cofely Airport & Services, une branche du français Engie, pourrait s’associer au singapourien Olam pour la construction du nouvel aéroport de Libreville dont le coût est estimé à 400 millions d’euros.

Une annonce russe démentie par le gouvernement

C’est dans ce contexte que l’ambassadeur russe à Libreville, Dmitri Kourakov, a organisé, le 2 mars, une conférence de presse dans la capitale gabonaise. Durant cette rencontre fortement relayée par la presse nationale, il aurait indiqué l’arrivée prochaine du groupe russe RusHydro pour assurer la fourniture en eau et électricité dans le pays.

Une information que Jeune Afrique n’a pu confirmer auprès de l’ambassade russe, ce mardi, mais que Patrick Eyogo Edzang, ministre gabonais de l’Eau et de l’Énergie, dément formellement : « En ce moment, les entreprises se bousculent au portillon pour emporter les contrats de gestion de l’eau et de l’électricité, mais j’ai été le premier surpris par cette annonce », assure-t-il.

S’il certifie que le gouvernement cherche « d’abord à prendre le temps de modéliser son projet » avant de se lancer à la recherche de partenaires, le ministre n’hésite pas à glisser que le pays « est quand même relativement proche des différents acteurs francophones », sous-entendant que le successeur de Veolia « pourrait très bien être un français ». Mais avec les Russes, « nous n’avons pas vraiment ce genre de discussion ».

Accusations de pollution

Rassurant vis-à-vis des intérêts français, Patrick Eyogo Edzang n’en est pas moins déterminé à faire passer Veolia à la caisse, Libreville accusant l’ancien gestionnaire d’avoir occasionné d’importants dégâts environnementaux.

« Nous avons des preuves accablantes, notamment des photos d’un lac pollué par les hydrocarbures », assure-t-il, se montrant « déterminé à faire appliquer le principe pollueur-payeur », au cours de négociations comme, le cas échéant, devant les juridictions internationales.

De son côté, l’entreprise avait réagi à ces accusations le jour même de sa mise en cause par le ministre de la Communication du Gabon, Alain-Claude Bilie By Nze, le 27 février. « L’eau produite et distribuée par la SEEG est toujours potable et traitée une fois prélevée et avant d’être distribuée […]. Quant aux allégations de pollution, il est surprenant que toutes les instances de contrôle des autorités publiques […] n’aient jamais mis en lumière de dégâts environnementaux », avait indiqué l’entreprise dans un communiqué, évoquant plus d’une dizaine d’audits dépêchés par les autorités gabonaises ces dix dernières années.

Veolia évoque cependant des cas de « pollution accidentelle par exemple à Oyem », au cours de ses vingt années d’exploitation. « La SEEG a pris immédiatement  ses responsabilités et la zone concernée a été dépolluée, avec diligence, par des professionnels internationaux de la remédiation et du traitement des sols pollués », précise l’entreprise.

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