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Cet article est issu du dossier «Élections : l'Afrique progresse-t-elle ?»

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Élections – Olivier Charlanes : « Il est trop facile d’accuser les fournisseurs de technologie »

Olivier Charlanes, le Vice-président d'Idemia © John WESSELS/AFP

Vice-président d’Idemia, numéro un mondial de la sécurité numérique et de la biométrie, Olivier Charlanes répond aux critiques dont sa société fait l’objet dans le cadre des élections en Afrique.

Entreprise française née de la fusion de Safran, Morpho et Oberthur Technologies, Idemia revendique la première place mondiale dans le secteur de la sécurité numérique et de la biométrie. Au Kenya, lors de la présidentielle d’août 2017, il a été accusé de complicité de trucage par l’opposant Raila Odinga. Olivier Charlanes, son vice-président chargé de l’Afrique, s’en explique.

Jeune Afrique : L’État français est actionnaire de votre société. N’est-ce pas incompatible avec la neutralité que vous êtes censés observer dans les élections africaines ?

Olivier Charlanes : La participation de l’État dans le capital d’Idemia n’est que de quelques pour cent. Il n’a aucun pouvoir de décision. Notre société vend de la sécurité, donc de la confiance. Cela nous oblige à ne laisser aucune place à la suspicion et à observer une neutralité absolue. Certains pays, comme la Belgique et l’Allemagne, ont une politique de soutien plus agressive.

Au Kenya, les marchés ont été à deux reprises attribués de gré à gré…

Il y a eu un appel d’offres début 2017. Mais en mars l’État a pris conscience que l’élection ne pourrait jamais avoir lieu comme prévu au mois d’août en suivant les procédures habituelles. Il a donc eu recours à des procédures d’exception sous le contrôle d’une commission des marchés publics. Il a alors souhaité ouvrir des négociations avec nous et obtenu que nous nous alignions sur l’offre financière la moins-disante.

Nous sommes en mesure de garantir qu’un électeur est bien la personne qu’il prétend être et qu’il ne votera qu’une seule fois

Le contribuable kényan n’a pas été lésé. La même procédure d’urgence a été retenue pour le second contrat, l’État n’ayant que quelques semaines pour organiser un nouveau scrutin, en octobre. Tout cela est parfaitement légal et encadré. Mais il est permis de se demander si les commissions électorales prennent assez tôt la mesure de l’ampleur des tâches.

L’objectif d’un fichier biométrique est de garantir l’application du principe « un citoyen, un vote ». Le problème des doublons ne semble pourtant pas avoir été résolu…

Évitons les amalgames. Quand nous élaborons un fichier électoral via un recensement biométrique, la probabilité qu’il subsiste des doublons est extrêmement faible, voire nulle. Le système fonctionne, il est capable de détecter les doublons et de les éliminer. Cela arrive constamment, soit parce que, de bonne foi, des personnes ont participé à deux reprises à un recensement, soit parce qu’il y a eu tentative de fraude.

Nous sommes en mesure de garantir qu’un électeur est bien la personne qu’il prétend être et qu’il ne votera qu’une seule fois. Mais, bien sûr, ce qui se passe ensuite dans l’isoloir et lors du dépouillement des bulletins papier est une autre histoire qui est de la responsabilité exclusive de l’État. Nous ne fournissons pas de système de vote électronique.

Vous fournissez en revanche des solutions pour la transmission des résultats. Et c’est bien ça qui a posé problème au Kenya…

Lorsque nous sommes sollicités pour gérer ce processus de transmission, nous garantissons une sécurité de bout en bout. Si on prend l’exemple du Kenya, chaque tablette fournie à un bureau de vote disposait d’un certificat de sécurité unique, d’une carte SIM unique et authentifiée, et d’un système sécurisé de connexion avec un serveur central gouvernemental de qualité…

 « Laissez-nous faire notre travail de fournisseur de technologie et cessez de nous instrumentaliser ! »

De la puce au serveur, la sécurité était de très haut niveau. Elle a été testée pendant une semaine par des hackers employés par de grandes sociétés spécialisées. Or aucune faille n’a été décelée.

Sur les onze scrutins présidentiels qui ont eu lieu de 2015 à 2017 utilisant la biométrie, cinq ont donné lieu à des contestations. Est-ce un constat d’échec ?

Pas pour nous, nous n’avons aucun déficit de transparence ou de sécurité. Nous fournissons de la technologie de premier plan, que nous cherchons en permanence à améliorer. Il est trop facile d’accuser les fournisseurs de technologie ! Lorsqu’il arrive que nous soyons pris dans une tourmente politique et que les critiques fusent, nous sommes simplement tentés de répondre : « Laissez-nous faire notre travail de fournisseur de technologie et cessez de nous instrumentaliser ! »

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