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Cet article est issu du dossier «La Guinée face au choc social»

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Médias

Rachid Ndiaye : en Guinée, « les journalistes ont des droits, mais aussi des devoirs »

Rachid Ndiaye (Guinee), ministre de la Communication, ancien journaliste puis conseiller du president Alpha Conde. A Paris le 18.01.2018. Photo : Vincent Fournier/JA © Vincent FOURNIER/JA/REA

Le ministre de la Communication revient pour Jeune Afrique sur les récentes critiques dont le gouvernement guinéen a été la cible, après la suspension d'une radio privée en novembre, et l'interdiction par le chef de l'État de donner la parole à un leader syndical.

Début novembre, la radio privée Espace FM est suspendue pendant une semaine par la Haute Autorité de la communication (HAC) pour avoir consacré une émission aux forces armées nationales. À la fin du même mois, le chef de l’État menace de fermeture toute radio qui donnerait la parole à Aboubacar Soumah, leader syndical à l’origine de la grève qui a secoué le secteur de l’éducation. Depuis, les relations entre les médias et l’exécutif sont tendues.

Jeune Afrique : Dans une récente interview à JA, Lamine Guirassy, directeur d’Espace FM, estimait que les médias guinéens étaient davantage sous pression aujourd’hui que sous la junte de Dadis Camara…

Rachid Ndiaye : Ce jugement ne correspond en rien à la réalité. Nous avons dépénalisé les délits de presse et disposons d’un cadre légal qui permet aux journalistes d’exercer dans les meilleures conditions. Leur profession repose sur les principes de liberté et de responsabilité. Ils ont des droits, mais ils ont aussi des devoirs.

Comment expliquez-vous la décision prise à l’encontre d’Espace FM ?

La suspension d’une radio ne relève pas du gouvernement, mais d’une institution indépendante, la HAC. Principal organe de régulation des médias, celle-ci est chargée de leur rappeler leurs obligations. Tout ce qui relève de la sécurité de l’État, de la cohésion sociale ou de l’unité nationale mérite d’être pris en compte dans le traitement de l’information.


>>> A LIRE – Lamine Guirassy : « Soit nous continuons de nous défendre, soit c’est la fin des radios privées en Guinée »


Il y aurait donc des sujets dont on n’a pas le droit de parler en Guinée ?

La loi détermine l’exercice de la profession de journaliste et prévoit un certain nombre de règles applicables à toute la presse. Cette loi va-t‑elle trop ou pas assez loin ? C’est un autre débat.

À l’ère des fake news, il est important de rappeler chacun à l’exercice de ses libertés et de ses responsabilités

Un chef d’État respectueux de la liberté de la presse peut-il menacer de fermeture des médias ?

Le président a simplement donné son avis, laissant les groupes de presse prendre leurs responsabilités. L’idée était de leur rappeler l’importance du respect de la loi et des principes de déontologie pour ne pas offrir d’espace médiatique à des acteurs dont les propos pouvaient porter atteinte à la cohésion sociale ou à la paix civile.

En décembre, Sabari et Djigui FM ont été fermées, officiellement pour non-paiement de leur redevance. N’est-ce pas un moyen de faire taire certaines radios trop critiques ?

Il y a des règles à respecter. C’est comme si une entreprise privée d’un autre secteur considérait qu’elle n’avait pas à payer ses impôts. Les radios privées reçoivent une subvention annuelle de l’État et sont assujetties au paiement de redevances pour l’utilisation de leurs fréquences. Finalement, elles se sont acquittées de leurs redevances et ont repris leurs activités.

En tant qu’ancien journaliste, que pensez-vous de la gestion de cette crise ?

Il ne s’agit pas d’une crise, mais de réalités à gérer sur le terrain. À l’ère des fake news, il est important de rappeler chacun à l’exercice de ses libertés et de ses responsabilités en matière de traitement de l’information.

Alpha Condé veut-il contrôler la presse ?

Pas du tout. Nous avons une loi et des institutions chargées de la faire respecter. La règle du jeu est claire. En Guinée, le débat est permanent. Il arrive au président d’exprimer des idées sur un certain nombre de choses, mais il ne prend jamais de décisions visant telle ou telle catégorie socioprofessionnelle.

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