Politique

Algérie : pourquoi l’« affaire Audin » a été relancée

Maurice Audin, militant communiste, avait disparu après avoir été arrêté par des parachutistes du général Massu, le 11 juin 1957 à Alger. © JDD/SIPA

Deux députés français ont demandé mi-février que la vérité soit faite sur la disparition de Maurice Audin, militant du Parti communiste algérien mort le 11 juin 1957, dont un nouveau témoignage a récemment remis en cause la responsabilité de l'État dans cette affaire.

Ce 14 février, à Paris, le député communiste Sébastien Jumel est aux côtés du mathématicien Cédric Villani, élu de la majorité présidentielle, président du jury du prix des mathématiques Maurice-Audin et membre du groupe parlementaire d’amitié France-Algérie. Un conseiller de l’ambassade algérienne est également là. Les deux hommes politiques demandent d’une même voix que la vérité soit faite sur la disparition, le 11 juin 1957, de Maurice Audin, assistant à la faculté des sciences d’Alger et militant du Parti communiste algérien, arrêté par des parachutistes de l’armée française en pleine guerre d’indépendance.

Selon la version officielle française, le jeune mathématicien serait décédé lors d’une tentative d’évasion. Mais sa famille, l’historiographie algérienne et plusieurs enquêtes indépendantes affirment qu’il est mort sous la torture. Villani l’a assuré aux proches d’Audin en janvier, puis répété dans les colonnes du journal L’Humanité : le président Emmanuel Macron lui a fait part de son « intime conviction » qu’Audin a été assassiné par l’armée française.

L’action du président [Emmanuel Macron], qui est aussi chef des armées, est donc notre principal espoir », a déclaré le fils de Maurice Audin

« Nous nous en sommes remis à trois reprises aux tribunaux, mais différentes lois d’amnistie empêchent l’ouverture d’une instruction judiciaire. L’action du président, qui est aussi chef des armées, est donc notre principal espoir », a déclaré Pierre Audin, fils de Maurice.

Nouveau témoignage

Ce même 14 février, L’Humanité publie un nouveau témoignage. Un homme de 82 ans affirme avoir enterré le corps d’Audin, calciné à la lampe à souder pour éviter toute identification, sur ordre de Gérard Garcet. Un nom que les familiers de « l’affaire » connaissent bien.

Peu de temps avant sa mort en 2013, Aussaresses avait assuré que l’ordre de tuer Audin avait été donné par le général Jacques Massu lui-même

C’est à lui que le commandant Paul Aussaresses, qui a reconnu avoir eu recours à la torture en Algérie, aurait confié Audin. Peu de temps avant sa mort en 2013, Aussaresses avait assuré que l’ordre de tuer Audin avait été donné par le général Jacques Massu lui-même, au sommet de l’échelle de commandement.


>>> A LIRE – Le général français Paul Aussaresses, défenseur de la torture en Algérie, est mort


L’Élysée à la recherche d’une issue

Le 13 février, devant les journalistes de l’Association de la presse présidentielle, Emmanuel Macron s’était cependant montré prudent, préférant laisser aux historiens le soin d’« établir la vérité ». Le président François Hollande, qui s’était rendu place Maurice-Audin à Alger, en contrebas de l’université, avait déjà rompu, à titre personnel, avec la version officielle, affirmant qu’Audin était « mort durant sa détention ». Hollande avait aussi, en 2012, approuvé l’ouverture d’archives. Un espoir déçu.

Des collaborateurs du président nous ont demandé de rassembler les éléments », confie Pierre Mansat

« Les parachutistes ne consignaient pas tout à l’écrit et se retrouver dans cette masse de documents exige des pistes de recherche, des connaisseurs », explique Pierre Audin. Mais l’Élysée aurait récemment demandé au « conseiller discours et mémoire », Sylvain Fort, de se pencher sur le dossier pour lui trouver une issue. « Des collaborateurs du président nous ont demandé de rassembler les éléments », confie Pierre Mansat, président de l’Association Maurice-Audin et ex-élu communiste.

Pour les Algériens, le mathématicien martyr est un symbole. « Je connais des binationaux qui votent communiste sur la base de l’engagement d’Audin », sourit la Franco-Algérienne Bariza Khiari, ex-sénatrice et supportrice du président Macron.

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