Environnement

[Tribune] L’intégration des chiffonniers, défis des sociétés africaines

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Professeur des universités et membre correspondant de l'Académie nationale de pharmacie, à Paris.

Des sauveteurs tentent de secourir les victimes de l'éboulement survenu le 12 mars en périphérie d'Addis Abeba, la capitale éthiopienne. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Le peuple des chiffonniers, récupérateurs et autres trieurs des montagnes de déchets issues des nouveaux modes de consommation peut être un acteur majeur dans la lutte pour la préservation de l'environnement. Mais pour cela, il faut assurer leur intégration économique et sociale.

En Afrique, mais aussi en Amérique latine, des milliers de chiffonniers s’activent dans des décharges publiques à ciel ouvert. La prolifération toute récente des déchets ménagers, due à de nouveaux modes de consommation, n’est pas accompagnée de décisions publiques de recyclage à la mesure du phénomène.

Les initiatives personnelles, elles, ne manquent pas. Nous avons tous en tête le travail remarquable de sœur Emmanuelle dans l’un des bidonvilles du Caire avec « les zabalines » (« ceux qui ramassent les ordures »).

Les chiffonniers du Caire, un modèle d’intégration

Elle avait amélioré les conditions de vie des chiffonniers par la protection de la santé et la mise en œuvre de projets éducatifs, et leur travail avait surpassé celui des PME auxquelles l’État fait appel pour le ramassage des ordures. Grâce à leur réseau, les zabalines connaissent les bidonvilles, y ramassent les ordures maison par maison, ce qu’aucune PME ne s’était engagée à faire.

De fouilleurs de poubelles, ils sont devenus des agents écologiques

Les chiffonniers du Caire sont un modèle d’intégration : de fouilleurs de poubelles, ils sont devenus des agents écologiques. En Éthiopie, c’est bien cela qui a manqué. Le 11 mars 2017, lors de travaux de terrassement dans une décharge de plus de 30 hectares située dans le sud-ouest d’Addis-Abeba, au moins 113 chiffonniers sont morts. Cette opération a aussi mis fin à une économie informelle qui faisait vivre des familles entières. Peut-on réhabiliter un aussi vaste terrain sans se soucier de qui l’occupe et de comment il est occupé ?

A Meknès, un centre modèle

Lors de la COP22, qui s’est tenue à Marrakech en novembre 2016, les autorités marocaines se sont engagées à parvenir à un taux de recyclage de 20 % des déchets ménagers dans trois ans, avec l’aide de la Banque mondiale. Au Maroc, ces déchets sont d’origine organique à 70 % et causent 18 % des émissions totales de gaz à effet de serre du pays.

À Meknès, le Centre d’élimination et de valorisation des déchets, créé il y a deux ans, fut présenté comme un modèle pour la protection de l’environnement, incluant un volet social : les chiffonniers y sont regroupés en coopérative et vivent de la collecte de leurs produits.

Le tri des ordures est une pratique très courante dans les grandes villes du Maroc. Ce travail, informel, du chiffonnier, appelé aujourd’hui « trieur » ou « récupérateur », est très organisé. Il y a ceux qui s’occupent des bouteilles d’eau de cinq litres, qu’ils accrochent à leur corps telles des installations artistiques vivantes ; ceux qui nettoient les rues des emballages cartonnés.

Puis il y a ceux qui récupèrent les objets électroniques et électriques, tous les produits susceptibles d’être réparés. L’intégration économique et sociale des chiffonniers est un des grands défis des sociétés africaines.

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