Société

Les stratégies du pire

Par

Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Des affrontements entre policiers et protestants lors des élections au Kenya, le 12 août 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

Certains dirigeants africains sont prêts à tout pour conserver leur pouvoir, quitte à tuer des innocents.

C’est un pays bien réel où chaque jour qui s’éteint nous en dit long sur le véritable état d’esprit de ceux dont le seul mérite est de détenir une parcelle de pouvoir. Un pouvoir dont ils abusent en nous transformant à l’envi en chair à canon. Incapables de résoudre les problèmes existentiels auxquels les citoyens sont confrontés au quotidien, croyant être les seuls détenteurs de la vérité, ceux qui ont le contrôle de la force publique érigent la violence d’État en mode de fonctionnement. Mais faucher les vies d’innocents armés seulement de leur parole a-t-il un sens ? Bien sûr que non !

Quand on envoie dans la rue des policiers et des militaires armés jusqu’aux dents, est-ce pour encadrer les manifestations ou les réprimer ? Lorsque, au nom de je ne sais quelle logique, on pense que les citoyens ne sont qu’un troupeau de vaches, de moutons ou de chèvres auxquels on dénie les droits les plus élémentaires, dont celui de dire non, n’y a-t-il pas là une dérive ? Une petite mise en garde à tous les donneurs d’ordres : on ne construit pas la paix et la concorde sur une montagne de ressentiments. La politique du canon, des mensonges gratuits, des gesticulations, des pirouettes et des intimidations est suicidaire. Je m’adresse à tous ceux qui pensent que le peuple n’est rien d’autre que du gibier.

Le cas du Burundi

À l’est de cet authentique pays, depuis quelques jours, le Burundi s’active. Ce petit État, lui aussi bien réel, classé parmi les plus pauvres, déchiré après la décision contestée de son actuel président, Pierre Nkurunziza, de briguer un troisième mandat au mépris de la loi fondamentale, cherche à prouver à la face du monde qu’il peut financer les prochaines élections. La recette est originale : prélèvement de 10 % sur les salaires des fonctionnaires ; cotisation mensuelle des étudiants de l’ordre de 1,90 dollar (1,54 euro), entre autres. Pour rappel, le Burundi a vu tous ses donateurs étrangers fermer les robinets en guise de représailles quand Nkurunziza a brigué un troisième mandat.

L’orgueilleuse mobilisation des fonds décidée par le président burundais appelle un bémol. Ou plutôt deux. Un : il a laissé la porte ouverte à tous les financiers extérieurs qui seraient disposés à lui donner un coup de main. Curieux, non ? Deux : s’il réussit son coup, Nkurunziza pourrait organiser un référendum constitutionnel afin que le mandat présidentiel soit à durée indéterminée. Si j’étais à sa place, j’aurais renoncé à un tel projet en m’inspirant du rejet par les Équatoriens d’une proposition similaire. J’imagine déjà sa réponse : « Le Burundi n’est pas l’Équateur, qui se trouve en Amérique latine. L’Afrique a ses propres réalités. » Bien évidemment !

Irrégularités électorales

À votre avis, à qui faut-il attribuer le trophée de l’homme politique africain le plus clownesque ? J’en connais un qui fera sans doute l’unanimité. Il s’agit d’un septuagénaire kényan appelé Raila Odinga. Souvenez-vous. L’année dernière, ce monsieur avait retenu toute notre attention en démontrant que l’élection présidentielle organisée dans son pays et à laquelle il avait participé comme candidat était entachée de beaucoup d’irrégularités au bénéfice d’Uhuru Kenyatta, déclaré vainqueur.

La Cour suprême de justice du Kenya lui prêta une oreille attentive. Le scrutin fut annulé. Il fallait donc tout recommencer. Une décision rarissime en Afrique. Mais, contre toute attente, Odinga s’était désisté, laissant la voie libre à son rival, qui fut réélu. Comment expliquer alors la « prestation de serment », fin janvier, en tant que « président du peuple » de celui qui avait fui les urnes ?

Raila Odinga au Kenya

Si j’étais Kenyatta, j’aurais simplement éclaté de rire pour le bien-être de mes zygomatiques. Et je n’aurais pas fermé les chaînes de télévision ayant diffusé les images de cette cérémonie ubuesque. Fermer, c’est empêcher les médias de jouer leur rôle, qui reste clair : informer sans parti pris. En quoi la bouffonnerie d’Odinga peut-elle menacer la stabilité du Kenya ? Sachons raison garder.

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