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Littérature : culture créole et mondialisation s’opposent dans le dernier Patrick Chamoiseau

L'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau. © Vincent Fournier/JA

Avec son dernier roman « J’ai toujours aimé la nuit », l'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau emmène ses lecteurs dans les bas-fonds de Fort-de-France, entre le monde des bidonvilles et celui des banlieues, à l’heure où culture créole et mondialisation se mêlent et parfois s’opposent.

Sombre. C’est un huis clos plein de tension et de regrets, dans un appartement de Fort-de-France. Pendant toute une nuit, deux hommes se font face, deux hommes pour qui tout a basculé durant les dernières heures.

D’un côté, il y a le commandant de police Éloi Évariste Pilon, qui vit sa dernière nuit de garde après 45 années de carrière… Sa dernière nuit tout court ? Car sous son nez un Sig Sauer SP 2022, semi-automatique et nickelé, est braqué par Hypérion Victimaire, un mystérieux tueur en série.

Un long monologue

Ce long face-à-face n’est en fait qu’un long monologue, celui d’un serial killer qui cherche à comprendre pourquoi cette nuit-là ne s’est pas passée comme les autres. Tenant son adversaire à sa merci, il se dévoile, se raconte, se confesse presque.

Plongée dans la Martinique de la drogue, des règlements de comptes et des adolescents perdus

Le commandant se trouve alors devant LA grande affaire qu’il a espérée toute sa vie, et qui était sous ses yeux et lui a toujours échappé, puisque Hypérion Victimaire sévit depuis des années sans qu’aucune force de police ait même soupçonné l’existence de ses crimes. La si belle carrière pour laquelle le policier a tant sacrifié sur le plan personnel, notamment le temps consacré à sa fille, Caroline, était-elle si réussie quand un tueur pouvait sévir impunément à quelques centaines de mètres de son commissariat ?

Culture créole et mondialisation

Et si la mort venait avant qu’il n’ait le temps de renouer avec Caroline, un objectif qu’il s’était fixé pour sa retraite ? Et même s’il survivait à cette épreuve, n’était-il pas déjà trop tard ? Comme souvent chez Chamoiseau, le moment d’affronter la mort – la sienne ou celle des autres ­– est celui d’un bilan, et ce dernier est ici bien peu reluisant. Même Hypérion Victimaire, tout imprégné de sa « mission purificatrice », n’est-il pas lui aussi passé à côté d’une autre vie ?

Avec J’ai toujours aimé la nuit, le Martiniquais Patrick Chamoiseau (lauréat du prix Goncourt 1992 pour Texaco) amène une fois de plus ses lecteurs dans les bas-fonds de Fort-de-France, dans la Martinique de la drogue, des règlements de comptes et des adolescents perdus. Le monde des bidonvilles et des banlieues à l’heure où culture créole et mondialisation se mêlent et parfois s’opposent.


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Aussi différents qu’ils soient, ces deux personnages ont en commun un même sentiment de vertige devant une génération qu’ils ne comprennent pas et une société qui semble leur échapper. L’auteur les dessine en miroir et leur donne en partage un amour de la culture martiniquaise, de la poésie et des vieilles DS.

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