Politique

Le match de la semaine : Bruno Tshibala face à Félix Tshisekedi en RDC

© Jeune Afrique

Jadis proches, le Premier ministre et le fils d’Étienne Tshisekedi se livre une bataille afin d'obtenir la tête de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qui se décidera lors du congrès de février. Si l'un est accusé de trahison pour avoir rallié le président Kabila, l'autre est jugé illégitime car moins expérimenté.

L’un est Premier ministre, l’autre préside la principale coalition de l’opposition. Pourtant, Bruno Tshibala et Félix Tshisekedi se disputent le leadership d’un même parti : l’incontournable Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), d’Étienne Tshisekedi, décédé il y a tout juste un an.


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Au début de décembre 2017, Bruno Tshibala, qui fut l’un des plus proches conseillers du « Vieux », a organisé un « congrès extraordinaire de l’UDPS » au cours duquel il a été élu « président ». Mais pour Félix Tshisekedi, le fils du défunt, cet événement est nul et non avenu.

Dans cette bataille, il peut compter sur le « secrétaire général » Jean-Marc Kabund, plus haute autorité du parti au moment de la mort d’Étienne. « Le président Joseph Kabila tente de prendre le contrôle de notre formation et utilise Tshibala à cette fin, accuse-t-il. Le seul vrai congrès de l’UDPS est celui que nous allons organiser en février. » Et il n’y a guère de doute qu’il élira Félix.

Le président Joseph Kabila tente de prendre le contrôle de notre formation et utilise Tshibala à cette fin

Entre ce dernier et Bruno Tshibala, la haine est d’autant plus tenace que les deux hommes se connaissent intimement. Avant la mort d’Étienne, ils se croisaient encore à son domicile, dans la commune de Limete, à Kinshasa. La famille avait alors écarté la plupart des conseillers du patriarche affaibli. Mais Tshibala, le secrétaire général adjoint, faisait exception.

Après plus de trente années dans l’entourage du Vieux, cet homme originaire du Kasaï – comme son mentor – était quasiment devenu un membre du clan. Parallèlement, Félix gravissait les échelons. Jusqu’à être nommé lui aussi secrétaire général adjoint, en 2016. Mais jamais Étienne Tshisekedi n’adoubera de successeur…

Entre le fils du « Vieux » et celui qui fut son bras droit, c’est la guerre !

Après son décès à Bruxelles, le 1er février 2017, un climat de méfiance s’insinue entre Bruno et Félix. En principe, un congrès doit être organisé dans les trente jours pour désigner un successeur. Mais nul ne veut risquer la discorde en cette période de deuil : l’événement est reporté sine die.

Depuis son exil bruxellois, Moïse Katumbi a pourtant déjà fait son choix. Depuis la mort d’Étienne Tshisekedi, l’ancien gouverneur du Katanga est le principal chef du Rassemblement de l’opposition, la coalition anti-Kabila. Sa présidence est confiée à Félix. Tshibala conteste et revendique le leadership de la plateforme. La scission est inévitable.


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Le président Joseph Kabila saisit cette occasion : Tshibala devient son Premier ministre, le 7 avril suivant. Pour Félix, c’est un « traître ». « Félix n’aurait jamais été désigné comme son dauphin par son père », riposte Tshibala. Le 1er février, à Kinshasa, les deux factions ont organisé des cérémonies distinctes à la mémoire d’Étienne Tshisekedi.

Charisme et courage

C’est désormais devant les tribunaux que se poursuit la querelle. « Tshibala a fait légaliser les statuts de l’UDPS en violation de la loi, après des pressions sur un notaire, accuse Me Peter Kazadi, l’avocat de Félix. Nous allons porter plainte au pénal. » Mais Tshibala a désormais accès aux leviers de l’État… « Notre objectif est de remporter les élections législatives de décembre 2018 », assure son bras droit, Tharcisse Loseke.

À Kinshasa, la popularité de Félix Tshisekedi n’est toutefois pas évidente


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Dans les rues de Kinshasa, sa popularité n’est toutefois pas évidente. Félix Tshisekedi n’a certes pas prouvé qu’il avait hérité du charisme et du courage de son père, mais ses partisans occupent toujours le siège du mouvement, à Limete. C’est en ce lieu symbolique qu’il devrait être couronné en février. À la tête d’un parti affaibli.

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