Cinéma

Cinéma : « Ouaga girls », ados burkinabè en panne de rêves

Theresa Traoré Dahlberg, réalisatrice du documentaire Ouaga Girls, est née à Stockholm en 1983 et a grandi au Burkina. © DR / Momento films

Dans "Ouaga Girls", Theresa Traoré Dahlberg échoue à prouver l’existence d’un girl power à l’africaine. Mais elle aide à comprendre les rêves et les illusions de la jeunesse burkinabè.

L’affiche l’affirme en rose fluo : « Aucun métier ne devrait être interdit aux femmes ! » On s’attend donc à un documentaire sur l’empowerment au féminin qui prouve une nouvelle fois qu’il n’y a pas de sexe faible. Erreur.

Derrière la caméra, Theresa Traoré Dahlberg, née à Stockholm en 1983, ayant grandi au Burkina et étudié à New York, suit des jeunes filles qui veulent devenir mécanos. Le Centre féminin d’initiation et d’apprentissage aux métiers (CFIAM), où elles étudient, a été créé à l’initiative de l’association ATTous-Yennenga – soutenu par l’ONG Terre des hommes Suisse.

À un garçon un peu circonspect, l’une des élèves explique : « Une femme peut faire n’importe quel métier si elle le veut. » « Mais ce travail réclame de la force », glisse le garçon. « Nous aussi on a de la force ! » rétorque l’adolescente.

Un féminisme lointain

Sauf que cette « force » féminine n’apparaît presque jamais à l’écran. Pendant les cours, les étudiantes en bleu de travail bâillent et ricanent. Dès que leur professeur a le dos tourné, elles parlent de leurs vrais centres d’intérêt : la dernière coiffure de celle-ci, le flirt de celle-là, le repas de la veille, la prochaine soirée à venir.

Le temps semble s’étirer, et l’on ressent comme ces élèves apathiques une grande fatigue, quand ce n’est pas de la gêne. On assiste en effet à des échanges avec une psy où les jeunes filles se confient sur leur intimité : une mère absente, un enfant qu’il faut élever seule… des aveux volés entre larmes et lourds silences dont on se demande ce qu’ils apportent au documentaire et s’ils ne sont pas mis en scène.

Le film dresse un portrait peut-être plus juste, moins idéologique, de la jeunesse burkinabè

La forme de ce film d’une heure vingt, entre documentaire et probable fiction, pose d’ailleurs problème, car elle empêche un peu plus de croire à ce qui est à l’écran. Et de ressentir de l’empathie pour les (trop) nombreux personnages dont on suit le parcours.

Peinture sociale réaliste

Ouaga Girls est pourtant loin d’être inintéressant. Parce que, précisément, échouant à présenter des gamines modèles, des battantes capables de s’insérer dans un monde d’hommes, il dresse un portrait peut-être plus juste, moins idéologique, de la jeunesse burkinabè.

Le rêve de ces filles n’est pas de réaliser des soudures sur de vieilles cylindrées, mais de faire la fête, de gagner de l’argent ou de réussir dans le star-système… comme partout ailleurs. Des aspirations qui, on le sent, s’éteindront rapidement. L’une des élèves se voit « actrice et artiste », mais se révèle incapable de chanter juste en studio.

Réalité Ouagalaise

Paradoxalement, la réalisatrice signe donc un film très sombre sur les girls de la capitale. Et de fait, un rapport de l’OCDE publié en ce début d’année pointe les discriminations persistantes au Burkina, malgré des avancées dans les grandes villes (Ouaga, Bobo-Dioulasso, etc.).

Pour se convaincre que des femmes peuvent bien exercer des métiers « d’hommes » dans le pays, on pourra regarder le reportage de Droit libre TV mis en ligne en décembre : Les Reines des 4 roues.

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