Politique économique

Contestation du classement « Doing Business » : un mauvais procès

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h17

Par  Frédéric Maury

Frédéric Maury est directeur éditorial à Jeune Afrique Media Group. Auparavant rédacteur en chef du pôle économie de Jeune Afrique, il pilote les programmes et contenus éditoriaux du pôle conférences, notamment ceux du Africa CEO Forum.

(@fredmaury)

Paul Romer en 2010.

Paul Romer en 2010. © Virginia Mayo/AP/SIPA

En remettant en cause la validité du classement « Doing Business », l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale Paul Romer a créé une onde de choc qui s’est propagée jusque sur le continent africain. Pour Frédéric Maury, directeur éditorial du Africa CEO-Forum, c’est un procès à la fois faux, et dangereux.

Cest Paul Romer, qui a jeté lui-même le pavé dans la mare. Questionnant dans le Wall Street Journal du 12 janvier l’intégrité du classement « Doing Business », celui qui a depuis démissionné de son poste d’économiste en chef de la Banque mondiale a semblé mettre en cause les changements méthodologiques instaurés ces dernières années. Avant de s’excuser notamment auprès du Chili, qui a perdu plus de vingt places depuis 2014.

À Santiago, où la présidente actuelle cédera sa poste en mars 2018, la polémique a été immédiate. Et elle n’a pas vraiment été calmée par le communiqué du même Paul Romer, assurant qu’en aucun cas il n’avait voulu donner l’impression de « suspecter une manipulation politique ou un biais », et que les changements faits l’avaient été pour de solides raisons.


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Ne pas ajouter de l’huile sur le feu

Le feu ayant pris, les politiques africains – qui n’ont pas manqué ces dernières années de contester leurs classements « Doing Business » – devraient toutefois se garder d’y ajouter encore de l’huile.

D’abord, parce que ce document annuel, élaboré après des mois de sondages et d’interviews, reste le meilleur indicateur du climat des affaires en général et de nombreux autres points en particulier (la facilité pour créer une entreprise, l’accès aux crédits, le respect des contrats, etc.).

Ensuite, parce que, en dépit des progrès très nets réalisés par quelques États et du maintien de certains autres tout en haut (Maurice et l’Afrique du Sud ou, dans une moindre mesure, le Botswana et le Kenya), 34 pays du continent figurent toujours parmi les 50 derniers en matière de climat des affaires. Il faut encore soixante jours au Tchad pour créer son entreprise ou cent soixante-neuf au Burkina pour accéder à l’électricité.


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Le passage du Rwanda en dix ans du 150e rang au 41e, celui du Maroc du 129e au 69e ne doivent pas faire oublier la quasi-stagnation d’une immense partie du continent dans ce palmarès (dont la totalité de l’Afrique subsaharienne francophone), voire le recul de certains pays comme l’Algérie, passée du 125e rang au 166e, ou le Ghana (passé du 87e au 120e rang).

Ce bilan piteux, dressé sur une période longue, en dit beaucoup sur ce qui reste l’un des grands échecs de la décennie de croissance connue par l’Afrique : l’absence d’amélioration du climat des affaires.

Dans une note publiée ces derniers jours, la Banque mondiale l’a d’ailleurs involontairement souligné : si les changements méthodologiques introduits au cours des dernières années dans le « Doing Business » ont eu des conséquences assez marquées pour certaines régions, elles n’en ont eu quasiment aucune pour une seule. Devinez laquelle ?

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