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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : un quart de siècle après, que reste-t-il d'Houphouët ?»

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Politique

Frédéric Grah Mel : « Liquider le PDCI-RDA, c’est vouloir liquider Houphouët ! »

Frédéric Grah Mel dans son bureau d'Abidjan. Auteur d'une biographie du premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny en trois volumes, ancien journaliste, récemment professeur de l'Ecole normale supérieure d'Abidjan, il est aujourd'hui chercheur à la Fondation Félix Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire.© Xavier SCHWEBEL

Frédéric Grah Mel dans son bureau d'Abidjan. Auteur d'une biographie du premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny en trois volumes, ancien journaliste, récemment professeur de l'Ecole normale supérieure d'Abidjan, il est aujourd'hui chercheur à la Fondation Félix Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire.© Xavier SCHWEBEL © Xavier SCHWEBEL pour JA

Frédéric Grah Mel, auteur d’une biographie sur Felix Houphouët (édition Cerap/Kharthala), revient sur la marque qu’a laisse Félix Houphouët-Boigny sur la vie politique ivoirienne.

Jeune Afrique : Aucun des enfants d’Houphouët-Boigny ne s’est pas lancé en politique. Ne souhaitait-il pas transmettre le flambeau à un membre de famille ?

Frédéric Grah Mel : Il disait avoir fait de la politique pour trois générations d’Houphouët. Mais je pense que si l’un d’eux avait vraiment manifesté de l’intérêt pour la chose, il ne s’y serait pas opposé. Houphouët ne se concevait pas comme Dieu le père, avec un plan que devaient suivre ses fils. Il faut s’en réjouir, surtout lorsque l’on voit le nombre de successions dynastiques en Afrique.

Finalement, Houphouët voulait-il un héritier politique ?

En 1985, devant des journalistes, il a fait dire à la tradition baoulée que le chef ne devait pas connaître son héritier de son vivant. C’est faux, et je pense qu’il le savait. En fait, il a appliqué à la lettre une formule de Philippe Yacé qui disait : « En politique, c’est comme au football, on ne fait pas la passe à l’adversaire. » Le président ivoirien n’avait l’intention de faire la passe à personne, ni à ses enfants ni à ses collaborateurs. Il a toujours veillé à ce que son pouvoir soit incontesté et il l’a exercé sans partage.

À la fin de sa vie, il avait mis en place un tandem, avec Bédié à l’Assemblée et Ouattara à la primature

Est-ce notamment pour cela qu’après sa mort, en 1993, sa famille et son pays se sont déchirés ?

Il a bien sûr une responsabilité dans la crise qu’a traversée la Côte d’Ivoire après lui, mais je pense que les principaux responsables sont ceux qui lui ont succédé. Houphouët avait organisé la suite : il avait modifié la Constitution pour faire du président de l’Assemblée nationale son dauphin constitutionnel. C’était celui-ci qui devait prendre le relais, mais il ne devait pas le faire seul.

Chaque fois que la question lui avait été posée, Houphouët avait répondu qu’il souhaitait que sa succession soit l’affaire d’une équipe issue de sa formation politique.

À la fin de sa vie, il avait mis en place un tandem, avec Bédié à l’Assemblée et Ouattara à la primature. Ce tandem devait lui survivre et conduire le pays, au moins jusqu’au bout de son mandat, en 1995. Malheureusement, les deux hommes (et beaucoup d’Ivoiriens qui les soutenaient) ne l’ont pas entendu ainsi.

Quel héritage laisse-t-il selon vous ?

Le PDCI-RDA [Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain]. Ce mouvement d’émancipation, comme il le disait, qui a conduit le pays à l’indépendance. À sa mort, le PDCI-RDA avait la maturité, l’expérience et les hommes pour pouvoir s’organiser et perdurer. C’était lui, le réel héritier du président.

Tous ceux qui, sous prétexte de parti unifié, veulent aujourd’hui liquider le PDCI-RDA s’exposent à trahir l’héritage politique d’Houphouët. Liquider le PDCI-RDA, c’est vouloir liquider Houphouët !

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