Politique

Qu’attendre de 2018 ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:15
Béchir Ben Yahmed

Par Béchir Ben Yahmed

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Donald Trump à Palm Beach, aux États-Unis, le 31 décembre 2017, juste avant la soirée de Nouvel An. © Evan Vucci/AP/SIPA

« Prévoir est très difficile. Surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir. » On attribue cette saillie à l’humoriste et réalisateur américain Woody Allen. Elle me revient en mémoire alors que débute l’année 2018. Que nous réserve celle-ci ?

Essayons d’en avoir une idée en gardant à l’esprit que les événements les plus importants, ceux qui ont changé le monde, n’ont jamais été prévus par personne. Qui aurait cru que le mur de Berlin tomberait soudainement un jour de 1989, entraînant la dislocation de l’URSS l’année suivante ? Qui aurait pensé que le plus spectaculaire des actes terroristes, celui du 11 septembre 2001, frapperait New York et Washington, secouant l’Amérique et influant sur son comportement jusqu’aujourd’hui ?

Trump, l’usurpateur dangereux

Le président américain Donald Trump lors d’un déjeuner avec des dirigeants africains à New York, le 20 septembre 2017.

Le président américain Donald Trump lors d’un déjeuner avec des dirigeants africains à New York, le 20 septembre 2017. © Evan Vucci/AP/SIPA

A-t-on jamais vu, dans l’histoire contemporaine, des chefs d’État s’apostropher de manière aussi puérile ?

Cette année commence mal, et c’est encore Donald Trump, inénarrable président des États-Unis depuis près d’un an, qui la traîne dans le caniveau. Au dictateur de la Corée du Nord, Kim Jong-un, qui se glorifiait d’avoir sur son bureau un bouton atomique qu’il pouvait actionner à tout moment pour défendre son régime, le président de la plus grande démocratie d’Occident a cru pouvoir rétorquer : « Moi aussi, j’ai un bouton atomique. Et beaucoup plus gros que le tien. »

A-t-on jamais vu, dans l’histoire contemporaine, des chefs d’État s’apostropher de manière aussi puérile ? Simultanément et publiquement, le même Donald Trump a claironné qu’il coupait l’aide financière au Pakistan « parce qu’il ne fait pas tout ce que les États-Unis lui demandent de faire ». Et, plus brutalement encore, il en fera de même avec la Palestine parce qu’elle rechigne à s’incliner devant la volonté du tandem Netanyahou-Trump.

Troisième sortie de la semaine, cette fois contre son ancien bras droit et stratège en chef, Steve Bannon, qui n’a quitté cette haute fonction à la Maison-Blanche qu’en août dernier : « Steve Bannon n’a rien à voir avec moi ou ma présidence. Lorsque je l’ai renvoyé, il a perdu non seulement son job, mais aussi sa raison. »

L’auteur de ces insultes et de ces menaces a, en un an, montré qu’il n’est pas digne de la fonction à laquelle il a été élu. Narcissique, faible devant les flagorneurs, il ne sera, pour le temps qui lui reste à passer à la Maison-Blanche, que l’usurpateur dangereux du poste qu’il occupe.

Cinquantenaire du traité de non-prolifération

Le 6 août 2017, à Hiroshima. Cérémonie à la mémoire des 140 000 victimes de la bombe larguée sur la ville japonaise par les États-Unis en 1945.

Le 6 août 2017, à Hiroshima. Cérémonie à la mémoire des 140 000 victimes de la bombe larguée sur la ville japonaise par les États-Unis en 1945. © Ryosuke Ozawa/AP/SIPA

L’année 2018 marquera le cinquantenaire du traité de non-prolifération (TNP) des armes nucléaires. Il en sera beaucoup question pour rappeler que tous les pays du monde l’ont signé bon gré mal gré. Tous sauf trois : l’Inde, le Pakistan et Israël, qui voulaient être des puissances dotées de la bombe, et le sont devenues.

Son régime se sentant menacé, la Corée du Nord a quitté le TNP pour se déclarer, dès qu’elle l’a pu, membre du club des puissances nucléaires.

Cinq grandes nations sont « membres de droit » de ce club : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France ; quatre autres sont des outsiders : Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord. L’Iran a renoncé, en 2015, à porter à cinq le nombre des outsiders. On peut craindre que la coalition États-Unis - Arabie saoudite - Israël, qui rêve de renverser le régime iranien, ne contraigne ce dernier à se protéger par l’acquisition de l’arme nucléaire.

« Scandale géologique » et gouvernance en RDC

Vue de la mine de cuivre Frontier à Sakania (Sud-Est de la RDC), propriété du luxembourgeois Eurasian Ressources Group, le 3 mars 2015.

Vue de la mine de cuivre Frontier à Sakania (Sud-Est de la RDC), propriété du luxembourgeois Eurasian Ressources Group, le 3 mars 2015. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non.

En Afrique, deux grands pays dont le sous-sol est très riche – on a parlé de « scandale géologique » – vont défrayer la chronique en 2018 : la République démocratique du Congo (86 millions d’habitants) et l’Afrique du Sud (56 millions).

Comparables par la démographie, elles totalisent à elles deux plus de 10 % de la population du continent, mais se distinguent l’une de l’autre par leur PIB (344 milliards de dollars seulement pour l’une, la moins peuplée, 40 milliards pour l’autre) et par le revenu par habitant : celui de l’Afrique du Sud, 6 000 dollars par an, est treize fois supérieur à celui de la RD Congo, qui n’est que de 466 dollars.

Inférieure à la croissance démographique, l’anémique croissance économique de la RD Congo a fait reculer ce pays mal gouverné et a appauvri ses citoyens.

L’énorme différence entre ces deux nations va- t-elle s’atténuer ? La RD Congo a-t-elle une chance de se développer ? Tout indique que non, car ses institutions fonctionnent mal, et sa Constitution n’est ni respectée ni appliquée.

La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non. Mais elle a besoin d’aide pour s’en sortir et appelle au secours.

Et les dirigeants ?

Infographie : Jeune Afrique

Infographie : Jeune Afrique © Infographie : Jeune Afrique

Ils sont donc quatorze à avoir été renversés et, pour certains, tués, en dix ans, soit un à deux par an

L’Afrique du Sud, dont les institutions fonctionnent assez bien, est en revanche sur le chemin du redressement. Mais il lui faut écourter le mandat de son président actuel, Jacob Zuma, qui aura dévoyé la fonction, et transmettre au plus vite le relais à Cyril Ramaphosa, dont on attend beaucoup. Vu ce que l’on sait de lui et ce que lui prêtent ceux qui l’ont vu et entendu, l’espoir est permis.

Passons aux dirigeants. La fonction de chef d’État est désirée par ceux et celles qui l’assument, enviée par ceux et celles qui regardent ou subissent ces derniers.

Depuis l’assassinat de John F. Kennedy, il y a cinquante-quatre ans, ses homologues dans les pays où la démocratie est installée quittent le pouvoir à la date impartie et terminent leur vie paisiblement, dans leur pays.

Mais quid des chefs d’État des nations dites sous-développées ou émergentes ? Leur sort est plus incertain, comme le montre le tableau ci-contre.

Ils sont donc quatorze à avoir été renversés et, pour certains, tués, en dix ans, soit un à deux par an.

Au cours de 2018, quels chefs d’État du Tiers Monde seront forcés au départ, victimes de vouloir s’éterniser dans une fonction à haut risque ?