Politique

L’après-Castro : « Non, Cuba ne va pas devenir une démocratie à l’occidentale ! »

Avec le départ annoncé de Raúl Castro, en avril prochain, il n’y aura plus un Castro à la tête du pays. De quoi changer la donne, selon Christophe Ventura, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), à Paris.

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:15

Raul Castro, le président cubain,, le 15 décembre 2017. © Ernesto Mastrascusa/EFE/SIPA

Cuba est sur le point de tourner une page de son histoire. Raúl Castro, président de l’île depuis 2008, lorsqu’il a pris la succession de son frère Fidel Castro, quittera sa fonction en avril prochain. Son départ mettra fin à six décennies de pouvoir des frères Castro.

Jeune Afrique : Raúl Castro est censé quitter le pouvoir en avril. Que va-t-il se passer à Cuba ?

Christophe Ventura : Il ne faut pas s’attendre à des changements radicaux. Certes, Raúl renoncera à la présidence du gouvernement, et, pour la première fois depuis 1959, il n’y aura plus un Castro à la tête du pays. Une génération qui n’a pas fait la révolution accédera au pouvoir. C’est une étape historique, mais ce processus prendra du temps. La plupart des postes clés resteront détenus par des hommes de confiance de Raúl, et lui-même demeurera secrétaire du Parti communiste. Il gardera la haute main sur l’armée et la sécurité.

Il ne faut pas s’attendre à ce que Cuba devienne une démocratie à l’occidentale

Qui va lui succéder ?

On n’est jamais sûr à 100 %, mais cela fait longtemps que Miguel Díaz-Canel, l’actuel vice-président, semble le mieux placé. Il possède deux atouts : il est compétent et il a été choisi par les frères Castro. Il n’a pas, en revanche, leur charisme et leur autorité naturelle.

Cette absence de charisme pourrait-elle favoriser l’essor de l’opposition ?

Peut-être, mais il ne faut pas s’attendre à ce que Cuba devienne une démocratie à l’occidentale. Notons cependant que, même en l’absence de pluralisme politique, il existe plusieurs tendances au sein du Parti communiste. Et puis les droits politiques des Cubains dépendent directement de l’évolution des relations avec les États-Unis. Plus l’étau américain se desserre, plus le pouvoir fait des gestes envers les prisonniers politiques.

Donald Trump met à mal le processus de normalisation entre les deux pays

L’actuel regain de tension avec Washington a-t‑il un impact sur la politique intérieure cubaine ?

Donald Trump met à mal le processus de normalisation entre les deux pays, ce qui freine la démocratisation de l’île. De plus, Cuba est confrontée à de graves problèmes économiques. Le tourisme pâtit particulièrement des mesures de restriction américaines.

Justement, quel avenir économique pour Cuba ?

Depuis trois ou quatre ans, l’île mise sur son potentiel touristique pour alimenter son activité économique, et des milliers de touristes américains débarquent à La Havane avec leurs dollars. Ce flux est en train de se tarir. Or Cuba comptait dessus…