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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : la présidentielle de 2020, c'est déjà demain»

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Politique

Côte d’Ivoire : faut-il libérer Gbagbo ?

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Vincent Duhem est journaliste à Jeune Afrique depuis 2012. Spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et centrale, il couvre en particulier l’actualité du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et de la Centrafrique.

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Laurent Gbagbo, lors de l'ouverture de son procès devant la Cour pénale internationale à La Haye le 19 février 2013.

Laurent Gbagbo, lors de l'ouverture de son procès devant la Cour pénale internationale à La Haye le 19 février 2013. © Michael Kooren/AP/SIPA

En Côte d’Ivoire, deux camps s’opposent sur l’affaire Laurent Gbagbo. D’un côté, certains pensent qu’il faut libérer l’ex-président ivoirien, alors que d’autres estiment que sa place est à la prison de Cour pénale internationale à la Haye.

En Côte d’Ivoire, il y a des phrases qu’il vaut mieux ne pas prononcer, comme si elles demeuraient taboues. Le jeune Richard Kouassi Koffi en a fait l’amère expérience, lui qui fut condamné à quinze jours de prison pour avoir, entre autres, brandi une banderole « Libérez Gbagbo » lors du match de football Côte d’Ivoire-Maroc le 11 novembre dernier.

Cela fait six ans que l’ex-président est enfermé dans sa cellule de Scheveningen, la prison de la Cour pénale internationale (CPI). Six ans qu’Abidjan bruisse des moindres rumeurs évoquant son possible retour au pays.

Faut-il libérer Gbagbo ? La Côte d’Ivoire se déchire autour de la question. La réponse des autorités, portée notamment par les avocats français de l’État ivoirien, est sans équivoque. Sa place est à La Haye.

« Le procès de Laurent Gbagbo doit se dérouler normalement à la CPI sans tentative de pressions ou d’instrumentalisation de quelque nature qu’elle soit », déclarait à JA Me Jean-Paul Benoit, l’un des deux conseils de la Côte d’Ivoire. À Abidjan, de nombreux proches du président Ouattara sont persuadés que le camp Gbagbo ne rêve que de ce fameux « match retour ».

Réconciliation

Pour eux, toute amélioration du sort de l’ancien président donnerait du grain à moudre aux plus extrêmes. Les années passent, les rancœurs demeurent, une partie de la Côte d’Ivoire faisant toujours de sa sortie de prison un gage de réconciliation.

D’autres voix s’élèvent alors, rappelant qu’on ne peut brimer un camp, porter en triomphe un autre et espérer réconcilier les âmes. « Si Laurent Gbagbo bénéficiait d’une remise en liberté provisoire, cela ferait bouger les lignes, résume l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny. Chaque fois que je regarde une retransmission de son procès, je ne peux m’ôter de l’esprit que c’est mon pays qui est jugé. »

Sans minimiser l’importance d’un tel événement, faut-il pour autant penser que le processus de réconciliation ne dépend que du sort d’un homme ? Les comptes de la crise en seront-ils pour autant soldés ?

Les procès achevés comme ceux en cours semblent montrer le contraire et n’ont pas, pour le moment, permis aux Ivoiriens d’apaiser totalement leurs rancœurs, d’écrire une histoire commune de ce long et tragique épisode. Encore aujourd’hui, les témoignages livrés à La Haye sont retranscrits dans la presse de manière radicalement différente selon les camps. Deux versions de la crise pour une seule et même histoire.

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