Dossier

Cet article est issu du dossier «Afrique du Sud : guerre de succession à la tête de l'ANC»

Voir tout le sommaire
Politique

Afrique du Sud : Jacob Zuma ira-t-il au bout de son mandat ?

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h13
Le président sud-africain Jacob Zuma à Pretoria lors du 40e anniversaire de la mort du militant anti-apartheid Steve Biko, le 12 septembre 2017.

Le président sud-africain Jacob Zuma à Pretoria lors du 40e anniversaire de la mort du militant anti-apartheid Steve Biko, le 12 septembre 2017. © AP/SIPA

Pour éviter une rivalité au sein de la majorité, Jacob Zuma quittera-t-il la présidence de la République d’Afrique du Sud ? Avec la pléthore d’affaires qui l’attendent devant la justice, rien n’est moins sûr.

Le 20 décembre, à l’issue de la conférence du Congrès national africain (ANC), Jacob Zuma quittera ses fonctions à la tête de ce parti, après l’avoir dirigé pendant une décennie. Formellement, il lui restera encore un peu plus d’un an à la tête de l’État. Néanmoins, il perdra, dès lors, une grande partie de son pouvoir. Et il n’est pas exclu qu’il démissionne pour permettre à la nouvelle équipe de se mettre en place au plus vite.

C’est ce qu’avait fait son prédécesseur à la tête de l’ANC, Thabo Mbeki, après avoir échoué à briguer un nouveau mandat à la tête du parti lors de la conférence de Polokwane, en 2007. À l’époque, l’ANC avait estimé qu’il ne pouvait y avoir deux centres de pouvoir différents au sein de la majorité. Mbeki s’était plié à cette clarification, et c’est Kgalema Motlanthe qui l’avait remplacé à la tête de l’État.

783 chefs d’accusation pour corruption et fraudes

Zuma appliquera-t-il la même doctrine en cédant sa place ? C’est loin d’être certain. D’abord, sa situation est différente de celle de Mbeki à l’époque. Contrairement à lui, Jacob Zuma ne brigue pas de nouveau mandant à la tête du parti. Quelle que soit l’issue de la conférence, il aura beau jeu de dire qu’il n’a pas été personnellement désavoué.

Il a ensuite un enjeu personnel que n’avait pas Mbeki : les 783 chefs d’accusation pour corruption, fraude, et autres, qui l’attendent devant la justice. Même si la Constitution sud-africaine ne confère pas d’immunité au président en exercice, ses pouvoirs, notamment la nomination du chef de l’Autorité nationale des poursuites (NPA, l’équivalent du parquet), l’ont aidé, jusqu’à présent, à repousser le moment de comparaître devant les tribunaux.

La plus symbolique de ces affaires, celle du « arms deal » (des pots-de-vin versés dans le cadre d’un contrat d’armement datant de 1999), l’a ainsi poursuivi pendant près de dix ans, sans conséquence pour l’instant. On lui reproche aussi la réfection de sa résidence privée à Nkandla aux frais du contribuable pour 246 millions de rands (15 millions d’euros) ou encore ses relations incestueuses avec les Gupta, fratrie de milliardaires indiens qui, selon un rapport d’enquête de la médiatrice publique, Thuli Madonsela, serait parvenue, par son intermédiaire, à « capturer l’État » sud-africain.

Zuma a intérêt à ce que le nouveau président ou la nouvelle présidente soit bienveillant(e)

Pour toutes ces raisons, Zuma pourrait vouloir rester en poste jusqu’au terme de son mandat, à la mi-2019. Il aura alors 77 ans. Néanmoins, il devra tenir compte du rapport de force. Si elle lui est hostile, la nouvelle direction de l’ANC peut exiger de lui qu’il démissionne, voire le démettre de ses fonctions par l’intermédiaire de ses députés au Parlement. Il s’agirait là d’une fin humiliante pour le chef de l’État, que tout le monde voudra probablement éviter.

Dans tous les cas, Zuma a intérêt à ce que le nouveau président ou la nouvelle présidente soit bienveillant(e). Il pourra continuer à freiner les procureurs. Et, en dernier recours, le nouveau chef de l’État pourra faire usage de son pouvoir de grâce, susceptible d’éviter à Zuma une peine – de prison, par exemple.

Jacob vote Nkosazana (Zuma)

Même si, pendant la campagne, Nkosazana Dlamini-Zuma a fait son possible pour prendre ses distances vis-à-vis de lui, elle aura probablement à cœur d’éviter au père de ses quatre enfants une retraite derrière les barreaux.

A contrario, Cyril Ramaphosa fait campagne sur le thème de la lutte contre la corruption et a promis de reprendre « les milliards volés qui appartiennent au peuple ». L’histoire ne dit pas si Zuma l’a pris pour lui. Mais il ne fait pas mystère de son choix : il vote pour Nkosazana.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3100_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte