Sécurité

À nos parrains de gauche

L'Assemblée nationale française aux couleurs de la France, une semaine après les attentats de Paris, le 22 novembre  2015.

L'Assemblée nationale française aux couleurs de la France, une semaine après les attentats de Paris, le 22 novembre 2015. © Francois Mori/AP/SIPA

C’est un exercice facile que de se porter au secours des musulmans, en France. De les désigner comme victimes, quels que soient leurs torts ou leurs mérites.

C’est le boulot à temps plein d’une certaine gauche française qui porte son histoire et sa « blancheur » comme des croix. Qui dit parler au nom d’un humanisme – dont elle serait la seule dépositaire – et contre le racisme, le néocolonialisme, l’indigénisme, etc. Cette gauche qui fait de l’évangélisme sans le savoir et nous noie sous sa compassion. Que de larmes, en effet, que de pitié à notre endroit, nous pauvres musulmans, êtres purs et innocents, nouveaux damnés de l’Occident, objets de haine, laissés-pour-compte de la République !

Et cet aréopage d’intellectuels, d’élus, de journalistes et de féministes de souche de défendre le voile, de serrer la main de barbus – sincères ou violeurs présumés –, de trouver des excuses au machisme dans les cités, de souscrire aux souffrances de gamins partis au jihad, d’être persuadé que « Charlie Hebdo déteste les musulmans ». Tous les musulmans, car, il va de soi, nous ne pouvons être qu’une masse informe réfugiée sous la bannière de la foi !

Pauvres mahométans

Mais qu’est-ce qui fait donc courir nos avocats commis d’office ? L’envie de défendre les valeurs pour lesquelles ils sont élus, admirés ou rétribués, certes. Celle aussi de gagner leurs galons universalistes. Trouver un motif de combat, tout bêtement. Imaginez le vide dans lequel ils seraient sans la cause des immigrés que nous sommes ! Ils n’ont d’yeux que pour les pauvres mahométans censés subir tous les malheurs infligés par la France, qu’on traque dans la rue alors qu’ils ne font que prier, qu’on déleste de leurs traditions ; ces Fatima qu’on nous montre dans les films baragouinant : « S’il vous pli, ji sui pas voleuse, ji sui pas menteuse, je fais du ménage. »

Et alors ? Combien de femmes de toutes origines et de toutes confessions font le ménage en France sans qu’on éprouve le besoin de pleurer sur elles ? Sauf que c’est la seule image de la bonne musulmane qui filtre et dont on fait l’éloge ici. À croire que, en France, toutes les mamans de beurettes sont condamnées au même sort. Misérabilisme, quand tu nous tiens… Quand tu deviens la fatalité dans laquelle nous piège cette gauche qui n’arrive pas à nous imaginer autrement que comme ses « protégés » ; autrement qu’une communauté inapte à s’en sortir par elle-même.

Des citoyens, non des croyants

À ces militants – honorables par ailleurs –, nous demandons la seule relation égalitaire qui vaille : de nous considérer comme des citoyens et non comme des croyants ; de reconnaître la diversité de nos origines, de nos parcours et de nos idées ; de nous concéder d’avoir une âme, des défauts et la responsabilité de nos actes ; de nous laisser un peu de cette place qu’elle occupe aussi. Car la vraie islamophilie existera le jour où cette gauche nous laissera une place – sa propre place – dans les hautes sphères qui font l’opinion et qui, du haut des perchoirs, fabriquent les lois.

Le jour où nous, immigrés musulmans, aurons des postes importants parce que c’est normal, parce que nous en sommes capables et que nous avons les diplômes requis. C’est lorsque les médias de gauche cesseront de donner à nos jeunes de petits boulots de techniciens, de pigistes, de correspondants, jamais de patrons ou de décideurs des lignes éditoriales. Lisez donc tous ces magazines féminins français qui vivent sur le malheur des musulmanes. Combien de journalistes issues de cette confession comptent-ils dans leurs rédactions ?

Bref. Nous attendons de cette gauche non pas de pleurer sur notre sort ni de faire de nous les otages de débats minés par sa peur de l’islamophobie. De nous regarder avec admiration et non avec pitié. De faire céder le mur de ses oligarchies qui s’ignorent. De nous considérer sans tropisme. Comme le reste des Français. Point.

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