Médias

Audiovisuel : TV5Monde mise plus que jamais sur le continent africain

Les présentatrices N'Fanteh Minteh et Dominique Tchimbakala. © CL2P/Christophe Lartige

Alors que son directeur général, Yves Bigot, vient d’être reconduit à sa tête pour cinq ans, la chaîne poursuit son africanisation dans l’espoir de faire face à une concurrence en pleine recrudescence.

N’Fanteh Minteh et Dominique Tchimbakala à la présentation du journal Afrique, Amobé Mévégué, Lise-Laure Étia et Christian Éboulé aux manettes d’Africanités, Juliette Ba au volant de Ça roule… « La chaîne culturelle francophone mondiale » mise désormais (presque) tout sur le continent. Et ce n’est qu’un début.

Reconduit le 27 novembre au poste de directeur général de TV5Monde, Yves Bigot, revendique clairement ce choix : « Notre stratégie, c’est d’être chaque jour plus africain. Que ce soit nos émissions, nos séries, nos films ou nos documentaires. Aujourd’hui, cela représente 15 % de nos programmes, et notre ambition est que cette proportion augmente encore. »

Premier média francophone à l’échelle de la planète

Fondée en 1984, distribuée dans plus de 200 pays et territoires, TV5Monde est par l’audience cumulée de ses 11 chaînes (9 régionales et 2 thématiques) le premier média francophone à l’échelle de la planète (55 millions de téléspectateurs par semaine). Et la francophonie, plus que jamais, c’est l’Afrique, avec 55 % des locuteurs dans le monde, et d’ici à 2050, près de 85 %. « Nos trois plus fortes audiences sont en Afrique, fait valoir Denise Epoté, animatrice et directrice Afrique. En tête, la RD Congo, puis le Mali et la Côte d’Ivoire. » En matière de revenus publicitaires, le constat est le même : « Sur les 3,9 millions d’euros récoltés en 2016, 44 % provenaient de TV5Monde Afrique », poursuit-elle.

Depuis quelques années, le paysage audiovisuel du continent est en ébullition. Entre grands groupes internationaux insatiables (Al-Jazira, Canal+, StarTimes…) et médias locaux qui bourgeonnent, une guerre de position est à l’œuvre. Avec 116 millions d’euros de budget en 2017, la chaîne francophone n’a certes pas les moyens dont disposent les bouquets satellites payants, mais ce que craint avant tout son DG, « ce sont les nouvelles chaînes locales ».

Stratégie d’africanisation

En Côte d’Ivoire, hormis RTI, la concurrence gratuite est limitée, mais avec l’avènement de la TNT, ce sont à terme 10 ou 15 nouvelles chaînes qui pourraient voir le jour. « C’est mécanique, constate le DG, plus il y a d’enfants et plus les parts de gâteau se réduisent. » Là encore, la stratégie d’africanisation prend tout son sens, surtout accompagnée d’une montée en gamme. Le producteur Jean‑Hubert Nankam a pu le constater lui-même : « Depuis quatre ou cinq ans, ce sont des partenaires plus exigeants. Avant, ils achetaient les programmes en aval. Maintenant, ils font du pré-achat et coproduisent. Ils nous accompagnent et apportent une aide technique dans l’écriture comme dans la réalisation. »

Pour le cinéma, son savoir-faire n’est plus à prouver (Félicité, Timbuktu), mais la qualité des séries laissait parfois à désirer. Avec 2 millions d’euros d’investissements et 15 séries en cours de production, Yves Bigot veut croire que ce temps est révolu. « Regardez la 3e saison de Brouteurs. com, vous verrez la différence. J’ai même bon espoir que l’on diffuse bientôt ces séries sur nos autres chaînes partout dans le monde. »

Notre objectif est de reporter sur le numérique notre grande notoriété en Afrique pour toucher encore plus de monde

Pour ses 25 ans, la chaîne a décidé d’enfoncer le clou. Le 30 octobre, elle lançait une nouvelle offre numérique, avec un site internet (afrique.tv5monde.com) et une application mobile qui permettront d’accéder gratuitement à une large partie de son catalogue vidéo, en particulier les séries (40 % de l’offre).

« C’est un axe stratégique, explique David Gueye, directeur adjoint du numérique. Notre objectif est de reporter sur le numérique notre grande notoriété en Afrique pour toucher encore plus de monde. » Comme pour le reste, son succès ne sera jugé qu’à une seule aune : celle de l’augmentation de la diffusion de la culture francophone.

Une gouvernance bientôt clarifiée ?

« France Télévisions majoritaire dans TV5Monde ? Pas une mauvaise idée… » Yves Bigot n’est pas du sérail, mais sait manier la diplomatie. L’ancien journaliste musical, passé par Europe 1 et Canal+ connaît la complexité de son média : deux niveaux de gouvernance (États-fondateurs et chaînes) et pas d’actionnaire majoritaire.

En s’éloignant un peu plus de France Médias Monde (dont la participation est passée de 49,06 % à 12,64 % en 2013), déjà propriétaire de France 24 et de RFI, pour devenir filiale de France Télévisions, il ferait même d’une pierre deux coups : plus de clarté et une identité réaffirmée.

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