Dans ce dossier
« Si je devais choisir une époque pour vivre en Algérie, ce serait certainement les années 1970. C’est étrange, étant donné que je suis né en 1991 et que je ne connais cette période qu’à travers les films, les documentaires, les cartes postales ou les images. Il y a une sorte de douceur qui se dégage de ce que nos aînés décrivent comme l’âge d’or de l’Algérie indépendante.
Retour en arrière
Il y avait une vie artistique et intellectuelle intense et riche. Ce qui me frappe le plus ? La présence de touristes étrangers dans les films algériens des années 1970. S’ils venaient passer leurs vacances dans notre pays, c’était parce qu’il y faisait bon vivre.
Je n’arrive pas à voir mon pays en couleurs. Nos regards et nos rêves sont plutôt grisâtres
Je ne suis pas étonné que le film le plus populaire reste Les Vacances de l’inspecteur Tahar. La télévision nationale a dû le rediffuser des dizaines de fois. Depuis sa sortie, en 1973, plusieurs séquences ont été coupées au montage pour ne pas montrer des gens en train de boire une bière à la terrasse d’un hôtel ou des femmes légèrement dénudées.
Je suis persuadé qu’on ne peut plus tourner pareil film en Algérie parce que nous avons perdu cette insouciance et cette joie de vivre. Et que la société algérienne est devenue plus conservatrice.
Morosité quotidienne
Nous sommes de grands nostalgiques parce que nous ne sommes pas satisfaits de notre qualité de vie. Je n’arrive pas à voir mon pays en couleurs. Pourtant, le soleil, les lumières et les paysages contrastés ne manquent pas. L’Algérie, je la vois en noir et blanc. C’est sans doute le symbole d’une réalité sombre que je documente à travers mes reportages aux quatre coins du pays.
Beaucoup de photographes de ma génération travaillent en noir et blanc. Au-delà du choix esthétique, j’y vois une certaine vision noire, mélancolique et pessimiste de notre quotidien. C’est triste de l’avouer, mais nos regards et nos rêves ne sont pas en couleur mais plutôt grisâtres.
Le choix de l’expatriation
Je n’avais jamais songé à quitter mon pays. J’y vivais bien et, matériellement, je ne manquais de rien. En septembre dernier, j’ai décidé de sauter le pas en m’inscrivant dans une école de photographie du nord de la France. Il est encore trop tôt pour dire si je vais y rester ou retourner au pays.
Une chose est sûre : je ressens une grande différence entre hier et aujourd’hui. J’ai fait cinq années d’études en architecture à Alger. Ce fut une vraie galère tant les conditions de travail étaient déplorables. Maintenant, je me rends compte que je peux progresser, m’épanouir dans mon activité et envisager plus sereinement l’avenir. »