Culture

Musique : et il est comment le dernier Tony Allen ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:01

Tony Allen, à Paris, le 31 mars 2015. © Vincent Fournier/J.A.

À la découverte du nouvel album de Tony Allen, « The Source », dont la sortie est prévue le 8 septembre.

Tony Allen a-t-il encore quelque chose à prouver ? Prêter une oreille attentive au flamboyant The Source, son douzième album, permet de répondre, d’emblée, par la négative. Disputant à Fela le surnom de « père de l’afrobeat », le batteur de 77 ans ne semble pas las de se lancer des défis. Il n’y a qu’à se pencher sur l’orientation que prend sa musique, désormais marquée du sceau Blue Note, emblématique label de jazz.

En mai dernier, comme en guise de prélude, le Nigérian réunissait sur un EP, A Tribute to Art Blakey and the Jazz Messengers, des expérimentations salvatrices autour de l’œuvre de l’une de ses idoles américaines, l’un des prophètes du hard bop. Et puis arrive ce disque hybride, multidimensionnel, à la fois sombre et lumineux. The Source doit sa superbe à une rigoureuse orchestration, portée par la rythmique de l’impeccable coloriste qu’est Tony Allen, mais aussi par une salutaire fusion d’influences. On notera une prestigieuse équipée de cuivres chez les onze musiciens qui accompagnent le batteur.

Tony Allen, The Source, Blue Note, sortie le 8 septembre

Des musiciens hors pair

Citons d’abord Yann Jankielewicz au saxophone alto, son compère depuis plus d’une décennie, qui cosigne la production du disque. Tony Allen s’entoure également d’une belle brochette de musiciens français, pontes de la scène jazz hexagonale actuelle, parmi lesquels Daniel Zimmerman au trombone ou encore, au ténor, Jean-Jacques Elangué, fondateur franco-camerounais du quintet Los Africanos. Un autre de ses compères, Damon Albarn, se fait entendre en qualité de pianiste sur le très funky « Cool Cats », qui s’inscrit dans la droite ligne de la musique de leur groupe Rocket Juice and the Moon.

C’est que, au cœur de ce disque, il y a le jazz, et plus précisément le bop, comme une fontaine qui irriguerait d’innombrables genres musicaux

L’album s’ouvre sur « Moody Boy » : gravité soufflante en guise d’incipit puis jeu constant entre bop et afrobeat (à croire que Tony Allen souhaite déjà brouiller les pistes). Sur « Bad Roads », quelques salves de blues mêlées à une sorte de riddim reggae. Sur « On Fire », le hard bop s’illustre, auréolé du jeu chatoyant du pianiste antillais Jean-Philippe Dary. Le morceau précède de subtiles plongées dans le funk ou dans la musique populaire nigériane juju, dérivée des rythmiques yoroubas (« Tony’s Blues », « Ewajo »).

Ainsi, Tony Allen lance des flèches qui, via des trajectoires distinctes, touchent toutes le même centre de cible. C’est que, au cœur de ce disque, il y a le jazz, et plus précisément le bop, comme une fontaine qui irriguerait d’innombrables genres musicaux. On comprend alors pourquoi Tony Allen voit en The Source « le disque de [sa] vie ». Les influences brassées au cours d’une carrière de plus de cinquante ans se greffent naturellement à ce qui fait sa musique : l’afrobeat, au sein duquel bat le jazz.