Politique

Macron, une autre vision de l’Afrique ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:01
Marwane Ben Yahmed

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

Le président du conseil présidentiel libyen Fayez al-Sarraj (g.) et le commandant de l’armée nationale libyenne Khalifa Haftar, se serrent la main sous le regard d’Emmanuel Macron, président français, à l’issue de la rencontre de ce mardi 25 juillet près de Paris. © Michel Euler/AP/SIPA

Ils sont onze, nommés par Emmanuel Macron : Jean-Marc Adjovi-Boco, Jules-Armand Aniambossou, Diane Binder, Yves-Justice Djimi, Liz Gomis, Jérémy Hadjenberg, Yvonne Mburu, Vanessa Moungar, Nomaza Nongqunga, Karim Sy et Sarah Toumi.

Ils composent, depuis le 29 août, le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA). Leur mission : nourrir la réflexion du chef de l’État français autour de l’évolution de la politique africaine de l’Élysée. L’initiative ne manque pas d’intérêt, car elle dénote une véritable volonté de repenser enfin la relation entre Paris et le continent sur de nouvelles bases, loin des seuls prismes sécuritaire ou migratoire.

On peut y déceler l’empreinte de Lionel Zinsou et de Jean-Michel Severino, chantres d’une vision optimiste de l’Afrique et ardents défenseurs, auprès de Macron, d’une remise à plat axée sur les nombreuses opportunités d’affaires, l’innovation, l’environnement, la mobilité. Le casting du CPA l’atteste : les six femmes et cinq hommes qui le composent – en attendant de probables futures recrues – sont majoritairement jeunes (la moyenne d’âge est de 40 ans, et sept sont trentenaires) et issus du secteur privé, de la société civile et de la diaspora. Tous échappent aux circuits classiques et à l’univers politique, ce qui est à relever.

Le chantier est immense, à la mesure de la perte d’influence d’une France qui n’a pas su s’adapter à l’évolution récente du continent, dont la jeunesse a fini par regarder ailleurs, vers l’Amérique et l’Asie notamment. Une France qui s’est aussi trop longtemps reposée sur ses lauriers, désormais fanés.

À quand l’aggiornamento ?

À chaque élection, on nous promet l’aggiornamento que tout le monde appelle de ses vœux. En vain. N’en déplaise aux plus sceptiques, l’Afrique est à terme un marché colossal. Un milliard d’âmes, dont le tiers représente une classe moyenne qui consomme, se déplace, investit, se divertit.

Des matières premières à foison, des terres cultivables, de l’eau à profusion, une population jeune et dynamique, qui s’est emparée de la révolution numérique en un tournemain. Et une croissance économique moyenne de plus de 5 % par an depuis le début du nouveau millénaire.

C’est à la France de reconquérir les cœurs. Dans son propre intérêt. Elle a, pour peu qu’elle se réveille enfin et regarde la réalité en face, de nombreux atouts dans sa manche. Une langue en partage avec près de la moitié des pays du continent ; une véritable connaissance du terrain, des acteurs et des usages ; des entreprises qui peuvent répondre aux multiples besoins exprimés, de Tunis au Cap ; enfin, une population d’origine africaine importante. Les liens comme les intérêts communs crèvent les yeux.

À la recherche du temps perdu

Emmanuel Macron pourra-t-il rattraper le temps perdu et reconstruire une relation saine, débarrassée du carcan de la colonisation, de la condescendance de certaines élites françaises et des parasites de la Françafrique ? Il en montre en tout cas l’envie, notamment à travers la création de ce CPA, dont les membres, bénévoles et jusqu’ici très enthousiastes, sont déjà à la tâche.

Prochaine étape : le discours de politique africaine que le chef de l’État français doit prononcer en novembre prochain à Ouagadougou. Nous en saurons alors un peu plus sur sa vision. Mais, au-delà des paroles, c’est aux actes posés que nous pourrons juger de la réalité de cette refondation.