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Littérature : il est comment le dernier Pepetela ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 19h55
Prédateurs, de Pepetela, Éditions du Panthéon, 416 pages, 21,90 euros

Prédateurs, de Pepetela, Éditions du Panthéon, 416 pages, 21,90 euros © Editions du Panthéon

Si vous cherchez un roman dans le but de vous réconcilier avec la nature humaine, passez votre chemin. Vladimiro Caposso, le héros de Prédateurs, est l’archétype du self-made-man à qui tout réussit… grâce à son degré zéro de moralité. Le livre commence d’ailleurs par une scène de meurtre, ce qui pose d’emblée le décor.

Prédateurs, c’est l’histoire d’un fils d’infirmier qui ne recule devant rien et finit par se hisser d’un petit bourg perdu dans la brousse, près du fleuve Cuanza, jusqu’aux plus hautes sphères de Lagos… Sans oublier de remplir au passage de nombreux comptes bancaires dans les paradis fiscaux.

De l’indépendance de l’Angola en 1975, aux années 2000, Caposso louvoie avec adresse entre guerres civiles et turbulences politico-économiques, avec sa réussite personnelle comme seule ambition. Fervent capitaliste avant même d’apprendre l’existence du mot, il gravit pourtant les échelons du Parti communiste au pouvoir, avant de se consacrer à ses affaires lorsque le vent tourne et que les héros de la veille sont dénoncés comme ennemis du peuple. Vladimiro, lui, s’en tire toujours : il suffit de connaître la bonne personne et de lui proposer au bon moment le marché capable de l’amadouer…

Un roman cynique et sans concession

Autour de ce héros en costume-cravate gravite toute une galerie de personnages secondaires. Qu’ils soient ministres, politiciens, boutiquiers ou hommes de main, Caposso ne voit en eux que des auxiliaires d’un temps ou des ennemis à abattre. Il y a Mireille, sa fille adorée, la seule qui ait quelque influence sur lui, Bebiana, sa femme, qui lui est reconnaissante pour le confort matériel qu’il lui apporte et ferme volontiers les yeux sur le reste, Karim, le commerçant pakistanais venu tenter sa chance en Angola, ou encore Ivan, le fils raté, tout juste bon à faire des bêtises. Eux aussi poursuivent leurs propres objectifs et n’hésiteront pas, le moment venu, à agir en conséquence, dussent-ils blesser leur père ou leur ancien bienfaiteur. Seuls Nacib, un gamin du musseque, le bidonville angolais, et Sebastião, le militant au service du peuple, semblent trouver grâce aux yeux de Pepetela et conservent tout au long de cette fresque une certaine fidélité à eux-mêmes.

L’auteur angolais signe ici un roman cynique et sans concession, au réalisme confondant. Est-ce pour aider ses lecteurs à prendre de la distance que le narrateur fait de temps à autre intrusion dans son propre récit, les prenant à témoin dans des apartés – qu’on apprécie ou non le procédé ? Mais Prédateurs n’est pas qu’un roman noir, Pepetela ne manquant pas d’instiller çà et là des touches d’un humour toujours mordant.

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