Politique

Musulmans de France : croyants peut-être, citoyens assurément !

Le président Emmanuel Macron à son arrivée à la conférence de presse avec son homologue sénégalais Macky Sall, au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2017.

Le président Emmanuel Macron à son arrivée à la conférence de presse avec son homologue sénégalais Macky Sall, au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2017. © Francois Mori/AP/SIPA

Il a été dit – et redit – que les musulmans de France avaient voté pour Emmanuel Macron lors de la dernière présidentielle. L’expression « musulmans de France » renvoie le plus souvent aux militants religieux, aux affiliés du Conseil français du culte musulman (CFCM), aux lobbyistes de la charia, aux fans du voile.

Personnellement, bien que musulmane, je ne me revendique d’aucune de ces catégories. Je récuse le qualificatif religieux qui m’est attribué comme seule étiquette. Je dénonce tout propos médiatique ou faussement savant qui fait de l’islam « la » norme pour tous les immigrés issus de pays musulmans.

Je dis cela, édifiée par la visite d’Emmanuel Macron, le 20 juin dernier, à la Mosquée de Paris pour la rupture du jeûne. Ah, l’empressement des officiels de l’islam autour du président ! Les salamalecs et les mains sur le cœur ! Pour un peu, on aurait pris Emmanuel pour l’émir des fidèles. D’ailleurs, certains auront reconnu dans son discours des accents typiques de souverains musulmans. Le chef règne tout en se faisant passer pour le serviteur de ses sujets. Il se veut juste mais risque à tout moment de devenir tyrannique. Il se dit simple humain mais n’est pas loin de croire qu’il détient les mêmes pouvoirs que Dieu.

Une gifle et un bonbon

Lors de ce dîner Macron a parlé d’intégration et de terrorisme, de respect de la foi et de sécurité. Il a embrassé et menacé. « Une gifle et un bonbon », dit le proverbe arabe. Il s’est cru obligé de parler d’un « islam compatible avec la démocratie ». Mais il s’est refusé à s’aventurer sur le terrain de la laïcité pour ne pas fâcher ses électeurs dits musulmans. D’ailleurs, durant sa campagne, il a évité les polémiques sur ce sujet et sur celui du port du fichu. Le leader d’En marche ! préfère avancer à grands pas vers le libéralisme. Il s’est mis en mode globalisation, qui induit la diversité des us et des costumes, fût-ce aux dépens des femmes.

 

Il a même eu la finesse de nommer au sein de son gouvernement une secrétaire d’État aux « affaires féminines » au physique mi-oriental mi-occidental, séduisante en diable, une vraie graine de Schéhérazade qui passe son temps à affirmer que, non, les « dévoilées » mentent en prétendant se faire harceler dans certains quartiers ou se voir bannies de certains cafés – à preuve, elle a exposé son joli minois sous le nez des machos et des barbus, et ils ne lui ont rien fait ! Cette dame est-elle sérieuse ? Macron et son gouvernement se soucient-ils de la place des femmes dans l’islam de France ? Au dîner de la Mosquée de Paris, toujours, le champion sans conteste de la parité ne semble pas avoir remarqué que l’assistance était quasi masculine. Un islam sans parité, ça n’interpelle pas M. Macron ? Peut-être n’est-ce pas son affaire, mais celle des musulmans ?

il y a des femmes et des hommes qui ne transigent ni sur la laïcité ni sur la parité

Dans ce cas, il y aurait lieu de déplorer une attitude qui équivaudrait à : rendre facultatif pour les musulmans le respect des principes républicains ; considérer que les Français de confession musulmane ne sont pas regardants sur la parité ; mépriser le combat des femmes de culture musulmane pour leur émancipation ; se contredire en dénonçant d’un côté le passé colonial de la France et en se comportant de l’autre comme les ex-administrateurs des colonies, qui s’obligeaient à ne pas se mêler de la religion des indigènes.

Rappelons donc à notre président que, parmi les musulmans, il y a des femmes et des hommes qui ne transigent ni sur la laïcité ni sur la parité. Qu’ils rejettent les thèses culturalistes sous lesquelles se cache le retour du patriarcat. Qu’ils placent les valeurs d’égalité et de liberté républicaines avant toute autre considération. Parmi eux, beaucoup ont voté pour lui. Et ce n’est certainement pas pour se voir flattés dans leur identité communautaire ni se voir infliger un régime spécial.

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