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Politique économique

Gabon : et maintenant, au travail !

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 19h54

Par  Georges Dougueli

Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement d’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne pour les Grands reportages et les coulisses de la politique.

(@GDougueli)

Une manifestation à Libreville en 2012.

Une manifestation à Libreville en 2012. © Joel Bouopda Tatou/AP/SIPA

Du Gabon, on peut dire tout et son contraire. Qu’il a la beauté du diable. Que sa puissance est inversement proportionnelle à la taille de sa population. Que sa richesse est à la fois une bénédiction et une malédiction. Que son or noir lui cause bien des nuits blanches.

Que les caisses de l’État sont souvent aussi pleines que la bourse des ménages est vide. Que les églises éveillées y sont ferventes mais la quête obsessionnelle de l’argent reste le quiétisme le mieux partagé… On peut aligner les exemples à l’infini sans épuiser les paradoxes qui singularisent l’identité de ce pays.

Pour faire fonctionner cet ensemble hétéroclite, certains fondamentaux n’admettent pourtant aucune contradiction. Le premier d’entre eux est la stabilité. Cet équilibre constitue le socle sur lequel repose l’architecture institutionnelle qui fait tenir l’édifice lorsque les passions menacent d’en détruire les fondations.

Pour autant, cette stabilité est régulièrement mise à l’épreuve lorsque vient l’heure de la remise en jeu des mandats électoraux. Ainsi de la dernière parenthèse électorale, qui tarde à se refermer tant les controverses sont vives, les oppositions frontales, les opinions tranchées et les esprits des uns peu enclins à accepter la critique des autres…

Une conscience nationale

L’autre pilier du Gabon demeure l’étonnante conscience nationale qui habite les hommes et femmes de ce peuple. Cette fierté d’appartenir à un pays est souvent le garde-fou qui empêche d’aller trop loin. Fierté pourtant fortement bousculée par les démagogues qui, pendant la campagne électorale, ont construit leur candidature en cherchant à expulser leurs concurrents de la communauté nationale et, partant, de la confrontation électorale.

Un autre pilier, lié au vivre-ensemble, est le recours à la sagesse africaine dans la résolution des conflits. Une sagesse matérialisée dans la recherche du consensus par le dialogue. Mais alors pourquoi les partisans de l’opposition, mus par la colère ou la frustration d’avoir été déclarés perdants, sont-ils descendus dans la rue pour s’en prendre aux édifices publics et aux biens de la population ?

Les forces de l’ordre leur ont opposé une réaction jugée disproportionnée et ayant entraîné plusieurs morts. Assez pour radicaliser les activistes pro-Ping expatriés qui, après avoir jeté toute urbanité dans l’Ogooué, ont tenté d’inverser le cours de l’Histoire par la violence verbale, et même parfois physique, contre les membres du gouvernement en visite à l’étranger.

Preuve de la confusion, la Cour pénale internationale a été saisie à la fois par le gouvernement et par l’opposition, qui s’accusent mutuellement des pires exactions.

Un dialogue nécessaire

Pourtant, depuis l’avènement du multipartisme dans les années 1990, les acteurs politiques gabonais se sont toujours retrouvés pour dialoguer de l’avenir du pays et, éventuellement, se partager le pouvoir. Comme cela a été le cas lors des accords de Paris négociés en 1994, à la suite du différend électoral résultant des conditions d’organisation et de la proclamation des résultats du scrutin présidentiel du 5 décembre 1993.

Aujourd’hui, cette pratique est quelque peu galvaudée, Jean Ping, le principal challenger du chef de l’État, Ali Bongo Ondimba, ayant refusé de dialoguer avec le pouvoir. Il va pourtant bien falloir revenir à ces fondamentaux qui ont permis au Gabon de préserver son unité.

D’autant que le pays est entré dans une période de dégrisement économique après plusieurs décennies de prospérité pétrolière. S’il veut réussir la nécessaire diversification qui lui permettra de sortir de sa dépendance à l’or noir, alors le pays se doit de surmonter ses contradictions, pour vite se remettre au travail.

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