Politique

Législatives en France : tout le monde descend  !

Emmanuel Macron et sa femme qui sortent de l'isoloir, lors des élections législatives, le 11 juin 2017.

Emmanuel Macron et sa femme qui sortent de l'isoloir, lors des élections législatives, le 11 juin 2017. © Christophe Petit-Tesson/AP/SIPA

Désavoués par les électeurs, ils sont restés à quai le 18 juin : le train pour le Palais-Bourbon est parti sans eux. Parviendront-ils à se relancer ou devront-ils faire une croix sur leur carrière politique ?

Certains sont depuis des lustres de petites vedettes politico-médiatiques. D’autres, un peu moins. Ils ont en commun d’être, à un titre ou à un autre, bien connus des lecteurs de Jeune Afrique et d’avoir été balayés par la tornade macroniste lors des élections législatives des 11 et 18 juin.

Un simple au revoir ?

Certains quittent la scène sur la pointe des pieds, sans grand espoir d’y revenir. D’autres, mesurant l’écart entre l’éminente idée qu’ils se font d’eux-mêmes et celle qu’en a leur électorat, s’en indignent et vocifèrent. Certains n’auront aucun mal – quand ça n’est pas déjà fait – à retrouver un emploi à la mesure de leurs capacités. D’autres voient se profiler le spectre du chômage.

Simple au revoir ou adieu sans retour ? Il n’est évidemment pas exclu que les plus jeunes parviennent un jour à rebondir. Les chemins de la politique ne sont-ils pas jalonnés d’improbables come-back ? Mais on sent bien que les plus âgés ont perdu la foi. Qu’ils paraissent libérés d’un fardeau électif désormais trop lourd pour eux. Sans souci d’exhaustivité, voici le profil de ces femmes et de ces hommes politiques pour qui la roue de la fortune vient de tourner dans le mauvais sens.

Leila Aïchi (MoDem) : de nouveau Macron-compatible ?

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Candidate dans la 9e circonscription des Français de l’étranger (Maghreb et Afrique de l’Ouest), cette avocate franco-algérienne de 47 ans a fait les frais de ses prises de position polémiques sur le Sahara occidental, perdant ainsi le soutien de La République en marche (LREM). En tête au premier tour, elle a finalement été battue par le Franco-Marocain M’jid El Guerrab. Passée d’Europe Écologie Les Verts au MoDem, avant de tendre la main à la formation d’Emmanuel Macron, la sénatrice de Paris reste formellement une militante du parti de François Bayrou. Ses compétences en matière d’environnement, ainsi que l’attestent ses résolutions sur la lutte contre les perturbateurs endocriniens ou ses travaux sur le coût économique de la pollution de l’air, restent précieuses. À l’heure où LREM cherche à constituer un groupe au Sénat, elle pourrait apparaître de nouveau « Macron-compatible ».

Kader Arif (PS) : rugbyman plaqué

Kader Arif.

Kader Arif. © LCHAM/SIPA

Sa défaite est cinglante : en Haute-Garonne, qui fut le fief de son mentor Lionel Jospin et dont il est le député sortant, Kader Arif n’obtient que 7,82 % des voix. Sans doute l’ex-ministre délégué aux Anciens combattants, né à Alger il y a cinquante-sept ans, a-t-il payé sa proximité avec François Hollande et fait les frais de la mise en examen de trois de ses proches dans le cadre d’une enquête sur des délits présumés de favoritisme lors de la passation de marchés. Il semble que, désormais dépourvu de tout mandat, il cherche un emploi. Discret depuis sa sortie, l’ancien rugbyman du Castres Olympique n’a pas encore annoncé s’il comptait participer à la renaissance du PS.

Myriam El Khomri (PS) : Paris vaut bien une veste

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À 39 ans, l’ex-secrétaire d’État à la Politique de la ville incarne la jeune génération du Parti socialiste. C’est en sa qualité de ministre du Travail que la benjamine du gouvernement Hollande s’était retrouvée sous le feu des critiques, il y a un an, lorsque « sa » loi travail avait suscité de vives tensions dans la rue… et jusqu’au sein du PS. Elle lui coûte aussi peut-être sa défaite aux législatives dans un bastion parisien de la gauche. Fière de ses origines marocaines et bretonnes, Myriam El Khomri est entrée en politique à 23 ans, comme stagiaire de Claude Bartolone, alors ministre délégué, puis a gravi rapidement les échelons, devenant en 2013 porte-parole d’Anne Hidalgo, l’actuelle maire de Paris, lors de la campagne des municipales. Élue au Conseil de Paris, elle se consacre désormais à ce mandat, qui court jusqu’en 2020.

Seybah Dagoma (PS) : le repos de la guerrière

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« Je sais que la gauche refleurira », a écrit la députée sortante le soir de sa défaite à Paris. À 39 ans, cette infatigable militante socialiste, dont les parents sont originaires du Tchad, concède vouloir se reposer un peu, « le temps de savoir ce [qu’elle] envisage pour la suite ». Une chose est sûre : Seybah Dagoma compte participer à la reconstruction du PS. Avocate d’affaires dans une précédente vie (elle a été chargée du suivi des négociations trans­atlantiques au PS), elle pourrait revenir dans le privé. Et confie s’intéresser de plus en plus aux questions économiques africaines, notamment commerciales et agricoles.

Élisabeth Guigou (PS) : Maroc forever

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« Je ne suis pas amère », commente Élisabeth Guigou, 70 ans, éliminée dès le premier tour dans sa circonscription de la région parisienne. « Après quinze ans à l’Assemblée, je pars sans nostalgie, j’ai même un sentiment de liberté », ajoute la native de Marrakech, qui se consacrera désormais au dialogue entre les deux rives de la Méditerranée.

En juillet 2014, révèle-t-elle à JA, au plus fort de la crise franco-marocaine et alors qu’elle présidait la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, elle s’est rendue secrètement au Maroc à la demande de François Hollande. Reçue longuement par Mohammed VI dans sa résidence privée de Rabat, l’ex-garde des Sceaux a négocié avec lui les bases d’une convention de coopération judiciaire qui a permis, huit mois plus tard, la réconciliation entre le Maroc et la France. Aujourd’hui, à la tête de la Fondation Anna Lindh pour le dialogue des cultures euro-méditerranéennes, Élisabeth Guigou prépare le sommet Afrique-UE de novembre à Abidjan. Son objectif ? « Tourner le dos à la Françafrique dans une logique de coproduction euro-africaine où l’Allemagne tiendra toute sa place… et ne s’intéressera pas seulement aux pays riches d’Afrique. »

Najat Vallaud-Belkacem (PS) : la défaite en chantant

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« J’aime beaucoup JA, mais je fais une petite diète médiatique », glisse l’ex-ministre de l’Éducation. Najat Vallaud-Belkacem, 39 ans, assume sa rude défaite dans le Rhône. Pas question pour la Franco-Marocaine, opposée au président Macron, qu’elle a fréquenté au gouvernement et dont elle dit qu’il « n’a pas été loyal », de mettre un terme à son combat. « Je ne fais pas partie des intermittents de la politique qui ont besoin d’un mandat pour s’engager », a-t-elle écrit le soir des résultats. Son époux, qu’elle a rencontré à Sciences-Po, a, lui, été élu dans les Landes, où le couple et ses deux enfants pourraient s’installer quelque temps. La jeune femme en profitera sans doute pour écrire des chansons, son « exutoire ». Les militants socialistes ne l’entendent pas de cette oreille : ils voient « Najat » jouer un rôle de premier plan dans la recomposition du parti. N’a-t-elle pas signé un appel à « réinventer la gauche » ? De là à imaginer qu’elle briguera le poste (vacant) de premier secrétaire du PS…

Alain Marsaud (LR) : retour au business

 

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L’ex-juge antiterroriste, 68 ans, s’était signalé lors de son dernier mandat de député des Français de l’étranger par quelques propos iconoclastes : « Je suis pour un désengagement total de la France d’Irak et de Syrie » ; « La partition entre le nord et le sud du Mali est inéluctable »… Sa défaite le laisse amer : « J’ai géré tous les problèmes quotidiens de mes électeurs, les plus médiocres comme les plus nobles, et je suis très déçu par ceux qui ont tout oublié. » Aujourd’hui, il dit : « Fini la politique. Je reviens au business, dans le secteur de la banque et de la grande distribution » – sans plus de précisions. Depuis une quinzaine d’années, Marsaud est le conseiller du PDG du groupe Casino, Jean-Charles Naouri, le tycoon des supermarchés – qui est né le même jour que lui.

Rama Yade (La France qui ose) : rendez-vous en 2022

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C’était il y a huit ans… Une éternité en politique. Rama Yade, au sommet de sa carrière, était élue femme politique préférée des Français. À l’époque, ses prises de position contre le gouvernement Fillon faisaient les choux gras de la presse. Depuis, l’ex-secrétaire d’État de Nicolas Sarkozy (aux Droits de l’homme, puis aux Sports) est passée par le Parti radical et l’UDI avant de fonder La France qui ose. Et, depuis sa défaite aux législatives dans le Loir-et-Cher, la Franco-Sénégalaise, 40 ans, se consacre à la société de conseil en audiovisuel qu’elle a fondée en 2013, tout en espérant revenir rapidement sur la scène politique : « Je veux être une force d’opposition à Macron, rassembler autour de mon mouvement. Pour cela, j’irai voir Xavier Bertrand ou Manuel Valls », explique celle qui s’imagine déjà candidate à la présidentielle de 2022.

Henri Guaino (LR)  Du goudron et une plume !

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À 60 ans, Henri Guaino se lâche. Après son échec cuisant à Paris (4,5 % des voix), il s’en est carrément pris aux électeurs de sa circonscription : « Un électorat à vomir. » Pourquoi tant de franchise ? L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy annonce qu’il arrête la vie politique. En fait, Guaino est fâché avec l’opinion depuis ce jour de juillet 2007 où il a fait dire au chef de l’État, lors de son discours de Dakar : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. » En dix ans, il n’a jamais eu l’humilité de reconnaître qu’il était complètement à côté de la plaque. « Des gens ont parlé de racisme. Tout cela est ridicule, c’est un procès absurde », a-t-il répliqué. En réalité, la « plume » du président a été dépassée par une polémique dans laquelle elle est restée engluée.

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