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Cet article est issu du dossier «Emmanuel Macron et l'Afrique»

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Diplomatie

France – Maghreb : ravivons la flamme !

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 19h48

Par  Hakim Ben Hammouda

Ex-ministre tunisien de l'Economie et des Finances

Une rue de Montmartre à Paris, le 8 août 2014.

Une rue de Montmartre à Paris, le 8 août 2014. © Jeanne Menjoulet/CC/Flickr

Depuis des semaines, nous sommes des millions en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Mauritanie, et même en Libye, et, finalement, dans toute l’Afrique, à suivre la campagne présidentielle.

Avant 2011 et les printemps arabes, en suivant les élections françaises, le Maghreb vivait par procuration la démocratie que des années d’autoritarisme nous avaient interdite, nous faisant croire à une pseudo-exception orientale et nous coupant du monde des libertés et des droits de l’homme.

Depuis, les transitions nous ont permis d’entrer dans le monde encore « enchanté » de la démocratie et de découvrir les joutes électorales. Cela n’a pas empêché la région de continuer à suivre les présidentielles françaises. Certains partis ont même appelé les binationaux à voter pour tel ou tel candidat. Cet intérêt montre bien la profondeur des liens qui unissent le continent et l’Hexagone. Une relation forte construite à travers les siècles et une histoire complexe, faite d’attirance, de séduction, parfois de ressentiment et d’animosité, mais marquée par la quête d’une destinée commune.

Un avenir commun est toujours possible

La France a eu une influence sur nos pays à travers la confiance et la foi en l’avenir qu’elle a toujours portés. Sa vision et son projet pour l’humain, des Lumières et des droits de l’homme jusqu’aux révoltes de la jeunesse à la fin des années 1960 contre les sociétés patriarcales, ont toujours eu un écho dans nos contrées. La France sans haine, la France métissée, de l’universel, de la pluralité et de l’ouverture a nourri nos rêves.

Pourtant, la réalité n’a pas toujours été à la hauteur de cette utopie. Nos relations ont été marquées par les peurs et les appréhensions. Il faut dire que les crises, la montée des violences et le terrorisme n’ont pas favorisé les échanges apaisés.

Postmodernité réfractaire

Les frontières érigées, la xénophobie et le rejet de l’autre deviennent les référents d’une postmodernité pourtant réfractaire à l’idéologie. Les résultats du premier tour de la présidentielle illustrent bien la montée des inquiétudes et des angoisses face aux turbulences du monde.

Nous pensons qu’un avenir commun est toujours possible. Un avenir qui respecte nos différences et nos expériences historiques. Nous croyons que la quête d’une aventure commune entre les deux rives pourrait chasser les obsessions et les hantises en ouvrant une nouvelle ère où le vivre-ensemble et l’acceptation des différences seraient les valeurs d’un nouveau projet. Il pourrait s’articuler autour de quatre grands axes.

Vivre-ensemble en 4 grands axes

Le premier serait politique. Il devrait s’atteler au renforcement de la démocratie et au développement de la culture des droits de l’homme et de la liberté. Le rejet de l’autoritarisme dans nos pays et les avancées des transitions démocratiques garantiront le respect des libertés fondamentales, la transparence et la lutte contre la corruption.

Le deuxième axe de ce contrat est d’ordre économique et doit mettre fin à cette « croissance molle » qui renforce les crises et fait perdurer le désespoir. Nous devons en finir avec les politiques d’austérité et inscrire nos économies dans de grandes initiatives que certains n’ont pas hésité à nommer « plan Marshall ».

Le troisième axe est social et concerne le développement de nos échanges dans différents domaines : l’éducation, la santé et une certaine liberté de mouvement. Cela permettra de mieux préparer l’avenir et de jeter des ponts entre nous.

Le quatrième axe est culturel et nous donnera la possibilité de revisiter nos histoires culturelles communes. Nous pourrons aussi encourager des expressions artistiques nouvelles et imaginer nos rêves de demain.

Le choix de l’audace

Je pense qu’une action concertée, déterminée et audacieuse qui rompt avec les « bonnes intentions » d’antan restées lettre morte pourrait changer la face des relations entre nos pays et la France. Entre la peur et l’effroi, ou la gestion résignée du présent, un autre choix est possible. C’est celui de l’audace et de la détermination.

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