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Société

Burkina Faso : terrorisme, passe ton chemin !

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 19h47

Par  Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Le café Cappuccino après l'attaque du 15 janvier 2016 ayant fait 30 morts au coeur de Ouagadougou.

Le café Cappuccino après l'attaque du 15 janvier 2016 ayant fait 30 morts au coeur de Ouagadougou. © Theo Renaut/AP/SIPA

Malgré les attentats et les attaques que le Burkina Faso subit depuis un an et malgré la tentation du radicalisme, le pays des Hommes intègres prouve sa résilience face aux mouvement extrémistes.

Qu’est-ce que le Burkina Faso a fait au Bon Dieu ? Ou plutôt qu’a-t-il fait aux démons d’un radicalisme prétendument religieux ? Pourquoi, régulièrement dans sa partie septentrionale et plus ponctuellement sur le reste de son territoire, l’affable pays des Hommes intègres est-il la cible des jihadistes ? Est-ce parce que les plus gourmands des théoriciens de l’Azawad revendiquent quelques villes burkinabè pour leur État virtuel ? Est-ce parce que le Faso fournit des militaires à l’opération Barkhane et des zones de repli discrètes aux soldats français ? Est-ce parce que l’ancienne Haute-Volta prône avec succès la cohabitation débonnaire des confessions religieuses ?

Dans la soirée du 15 janvier 2016, un attentat revendiqué par la katiba Al-Mourabitoune faisait 30 morts au cœur de Ouagadougou. Le même jour, Arthur Kenneth Elliott et sa femme, Jocelyn, des Australiens, étaient enlevés dans la ville de Djibo. Depuis, plusieurs attaques terroristes ont frappé le nord du pays, à Tin-Akoff, Intagom, Nassoumbou ou encore Yorsala.

La résilience made in Faso

Certes, les populations du Sahel burkinabè sont légitimement inquiètes. Pourtant, le Burkina Faso n’a pas cédé à la psychose que voulaient susciter les extrémistes. Une résilience certaine est au rendez-vous. Pour Gaetan Santomenna, propriétaire endeuillé du Cappuccino, qui fut la cible principale de l’attentat de Ouagadougou, la réouverture du restaurant, sous le même nom, est « un devoir de mémoire ». Les travaux de réhabilitation ont d’ailleurs débuté le 30 juillet 2016.

Glez

Le collectif créé pour la commémoration du rapt du couple Elliott (même si Jocelyn a entre-temps été libérée) a organisé, entre autres, une marche, des veillées de prières et un débat public sur les réponses à apporter au radicalisme violent. L’otage, toujours retenu, a été naturalisé burkinabè. À l’occasion du dernier remaniement gouvernemental, un ministère a été entièrement consacré à la Sécurité, et un ministre de la Défense a été nommé à ce poste, occupé jusque-là par un président Roch Marc Christian Kaboré au four et au moulin.

Vade retro radicalistes !

Le pays se veut celui de l’intégrité, mais aussi celui de la pondération dans la pratique des croyances. Dans son rapport « Burkina Faso : préserver l’équilibre religieux », publié en septembre 2016, l’ONG International Crisis Group rendait hommage à une singulière « exception de pluralisme religieux et de tolérance ». Le mois suivant, Roch Kaboré était invité au Vatican par le pape François, qui a salué « l’exemple de tolérance religieuse » du peuple burkinabè et le « modèle démocratique » qu’il représentait pour la région.

Sur le terrain, l’Observatoire national des faits religieux et la Commission du dialogue islamo-chrétien interviennent patiemment pour que cette terre ne devienne pas un terreau du radicalisme. Bien sûr, l’environnement cultuel mondial semble démontrer qu’aucune foi n’est absolument incorruptible. En juillet 2016, au Burkina, la mosquée sunnite d’Orodara était saccagée pour une banale affaire d’auvent. Sans doute cette crise locale à cadre religieux est-elle l’exception qui confirme la règle de la cordiale cohabitation.

Des voix murmurent cependant que la religiosité pacifique se muerait, petit à petit, en tentation de radicalisme. Nul ne minimise les tentatives de manipulation des esprits par des prédicateurs burkinabè comme Ibrahim Malam Dicko, fondateur du groupe salafiste Ansarul Islam et initiateur d’une attaque qui fit douze victimes à Nassoumbou.

Mais ces prêcheurs de mauvais augure oublient l’histoire récente du Burkina Faso. Si le peuple a su se dresser contre les fossoyeurs politico-militaires d’une démocratie embryonnaire, son volontarisme profondément croyant et laïc saura réaffirmer un message clair : « Le terrorisme ne passera pas par moi. »

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