Politique

Le prochain chantier de Donald Trump : l’ONU

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 19h43

Par  Béchir Ben Yahmed

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Nikki Haley a été nommée fin janvier ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU.

Nikki Haley a été nommée fin janvier ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU. © UN Photo/Manuel Elias

Vous n’avez probablement pas lu la proclamation suivante. Le ton est martial, les mots sont menaçants…

« Vous allez voir des changements dans la façon dont nous opérons… Nous allons montrer notre force, élever la voix, soutenir nos alliés et nous assurer qu’ils nous soutiennent eux aussi… Ceux qui ne nous soutiennent pas, nous noterons leurs noms… Nous ferons en sorte de leur répondre comme il se doit. C’est un nouveau jour pour la relation entre les États-Unis et les Nations unies. »

L’auteure de cette envolée est une femme, et son nouveau métier, la diplomatie, aurait dû l’inciter à s’exprimer avec plus de mesure.

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C’est Nikki Haley, 45 ans, nommée dès le 24 janvier ambassadrice des États-Unis à l’ONU par le président Donald Trump, qui venait de faire une entrée tonitruante à la Maison-Blanche.

Fille d’immigrants indiens, elle a accédé au poste de gouverneur du petit État américain de la Caroline du Sud et s’est prononcée à la primaire du Parti républicain pour l’un des rivaux de Donald Trump, encore plus à droite que lui.

Mais Trump voulait une femme, et si possible issue de la diversité ; il l’a donc choisie.

Nikki Haley est « la voix de son maître », lequel ne tardera pas à ouvrir le chantier des relations de son pays, les États-Unis, avec l’ONU et ses agences.

Le nouveau secrétaire général de l’organisation mondiale, António Guterres, sera très bientôt confronté aux griefs de Donald Trump : l’ONU prend des positions et vote des résolutions qui déplaisent au nouveau président des États-Unis et à ses proches. Mais ces derniers reprochent surtout à l’institution de coûter beaucoup trop cher à l’Amérique.

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Les chiffres ne leur donnent pas tort, et, une fois de plus, Trump veut réformer une situation qui a besoin de l’être. Son problème est qu’il s’y prend avec brutalité, ce qui ne facilite pas la satisfaction de ses demandes.

Le tableau ci-dessous, établi par le service de documentation de Jeune Afrique, montre, en effet, que les États-Unis financent les opérations les plus coûteuses de l’ONU à hauteur d’environ 23 %, voire, pour certaines d’entre elles, de 30 % et même au-delà.

Le coût annuel des missions de l'ONU pour les Etats-Unis.

Le coût annuel des missions de l'ONU pour les Etats-Unis. © Jeune Afrique

Le coût annuel des missions de l’ONU avoisine 32 milliards de dollars (plus de 30 milliards d’euros), dont plus de 7 milliards pris en charge par les États-Unis. Il convient d’y ajouter les budgets de trois agences autonomes : l’Unesco, la FAO et l’OMS.

Au fil des ans, l’ONU est devenue une machine hypertrophiée et coûteuse dans laquelle les États-Unis payent une quote-part trop importante.

Rappelons cependant que cette autre manière de maintenir le monde en paix (relative) représente pour la première puissance mondiale moins de 1,5 % de son budget défense, qui s’élève à quelque 600 milliards de dollars par an !

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Quelle est la meilleure manière de résoudre ce problème, que Trump va, sans aucun doute, soumettre à António Guterres ?

Il s’agit, comme vous pouvez le voir en étudiant le tableau ci-dessus, de diminuer sensiblement la charge que supportent les États-Unis et que Trump juge démesurée. L’équité voudrait qu’elle se situe, dès l’année prochaine, aux environs de 5 milliards de dollars par an, contre 7,3 milliards aujourd’hui, qu’elle soit donc amputée du tiers environ.

Les 2,3 milliards annuels qu’économiserait ainsi Washington pourraient, à mon avis, être ventilés entre les 19 autres membres qui constituent, avec les États-Unis, le G20, le groupe des vingt nations les plus riches de la planète (1).

L’Union européenne, le Japon, la Russie, la Chine, l’Inde et les autres pays émergents qui ont bénéficié de la mondialisation devraient avoir la sagesse d’accepter de payer plus pour que les États-Unis, dont le PIB annuel ne représente plus qu’environ 20 % de celui de l’ensemble du monde (contre 30 % en 2000), puissent réduire leur contribution.

En contrepartie, les Américains seraient invités à renoncer aux avantages dont ils bénéficient depuis soixante ans : droit de veto sur les décisions du FMI, présidence de la Banque mondiale, etc.

Une telle révision pourrait être opérée en douceur en évitant les récriminations, les mots et les gestes blessants, en agissant rapidement avant que les États-Unis ne décident publiquement, à la Trump, de diminuer d’autorité leur participation aux budgets de l’ONU et de ses agences.

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Quand doit-on s’attaquer à ce problème ?

Le plus tôt sera le mieux, me semble-t-il. António Guterres est à la fois le mieux placé pour en décider et le plus intéressé à ce que l’ONU et son système fonctionnent sans « à-coups ».

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