Religion

Apostasie et peine de mort : chapeau, messieurs les oulémas !

Par

Fouad Laroui est écrivain.

Prière à la mosquée Hassan II à Casablanca, au Maroc, en janvier 2014.

Prière à la mosquée Hassan II à Casablanca, au Maroc, en janvier 2014. © mustapha ennaimi/Flickr

Il y a parfois des fatwas qui passent inaperçues et c’est bien dommage. Non, il ne s’agit pas de ces décrets cocasses ou ubuesques qui font de leurs auteurs la risée de l’univers et, pour une fois, nous n’allons pas faire du mauvais esprit.

Nous pourrions évoquer le cheikh Mohammad Saleh Al Munadjid, qui a interdit les bonshommes de neige (en Arabie saoudite !) comme contraires à l’islam mais non : aujourd’hui nous sommes sérieux.

L’apostasie, c’est la mort

Il s’agit de l’apostasie, c’est-à-dire du fait, pour un musulman, de changer de foi, de se faire chrétien par exemple, ou de devenir carrément athée ou agnostique. Quel châtiment mérite-t-il ? Vous pouvez poser la question autour de vous, la plupart des gens vous répondront : la mort.

Il existe en effet un hadith allant dans ce sens. Même les muftis (soi-disant) modernistes, même ceux qui semblent se vêtir chez Armani et se faire tailler la barbe chez le plus chic et le plus cher des barbiers, tous répètent – parfois l’air désolé (« On n’y peut rien, hélas… ») – que l’apostasie se paie au prix fort.

Petit progrès au Maroc

C’est pourquoi il faut saluer, une fois n’est pas coutume, le Conseil supérieur des oulémas du Maroc pour l’énorme progrès qu’il vient d’accomplir de la plus subtile des façons. Sans remettre en cause le hadith évoqué, le Conseil s’est focalisé sur la notion d’apostat ou de renégat qu’il a « contextualisée », comme on dit. Le renégat n’est plus celui qui change de religion mais celui qui trahit la collectivité. Et nos braves oulémas de conclure qu’il s’agit donc de haute trahison et qu’on n’a pas besoin de texte religieux pour punir ce crime : il est prévu dans le code pénal de tous les pays du monde.

Dans la plupart des cas, une peine de prison suffit. Et quand c’est la peine de mort qui figure dans le code, on peut faire deux observations : d’abord elle peut être commuée en détention par les plus hautes autorités et d’autre part l’exécution de la peine est du ressort de l’État et non des citoyens. Un individu lambda ne peut donc prétendre occire Salman Rushdie, par exemple, au motif que ce dernier serait apostat.

Conséquences positives en Afrique

Et le Conseil de conclure que l’apostat sera puni au Ciel et non sur Terre. Ici-bas, il ne peut y avoir que haute trahison, ce qui n’a rien à voir avec la religion.

C’est réellement un progrès qui rend caducs tous les appels au meurtre d’intellectuels par des pseudo-imams fanatisés. Et quand on sait que le Maroc est en train d’exporter sa vision de l’islam dans toute l’Afrique par divers canaux, la fatwa proclamée à Rabat pourrait avoir des conséquences positives un peu partout sur le continent. On n’est pas loin d’une reconnaissance de la liberté de conscience par la plus haute autorité religieuse du pays. Encore un effort, messieurs les oulémas…

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