Société

Livres : « Du yéti au calamar géant », vérités sur les animaux mystérieux et les légendes vivantes

Le koulou kamba, le mokélé-mbembé, le mourou-ngou existent-ils vraiment ? Les experts en cryptozoologie tentent de répondre dans « Du yéti au calamar géant », un livre fascinant.

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Mis à jour le 20 janvier 2017 à 19:01

Une pieuvre géante dans l’aquarium de Géorgie à Atlanta, aux États-Unis, en juin 2013. © Jaime Henry-White/AP/SIPA

Les éditions françaises Delachaux et Niestlé sont bien connues des naturalistes, en herbe comme professionnels. Quiconque veut identifier un oiseau, un poisson, un arbre ou un mammifère peut se référer sans risque d’erreur aux nombreux guides qu’elles publient. Pour l’Afrique, on citera des ouvrages comme le Guide photo des grands mammifères d’Afrique, Oiseaux de l’Afrique de l’Ouest, Serpents d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient…Nous arpentons là un terrain connu, balisé par la recherche scientifique.

Mais avons-nous exploré les recoins les plus extrêmes de la planète ? Connaissons-nous vraiment toutes les espèces qui l’habitent ? L’affirmer serait bien péremptoire ! Il reste, en ce bas monde, bien des mystères à explorer, dans la mer et sous la terre comme au ciel. Avec Du yéti au calmar géant. Le bestiaire énigmatique de la cryptozoologie, le biologiste Benoît Grison nous entraîne aux frontières du savoir et de l’inconnu, où des témoins sont persuadés d’avoir vu, où des scientifiques chevronnés tentent de croiser des données parcellaires…

Imagination et science

Discipline souffrant d’une mauvaise réputation imméritée, la cryptozoologie est tout sauf une pratique de charlatans. « Dans la perspective cryptozoologique, chaque cas d’espèce problématique est analysé avec méthode et amène l’investigateur à avancer l’existence probable de l’animal, à l’identifier avec des espèces déjà recensées, parfois mythifiées, ou à conclure au contraire à l’illusion perpétuelle ou la mystification », écrit Grison dans son introduction.

Érudit, bourré d’humour, son livre fourmille donc d’animaux étranges mais réels – l’oryctérope, l’ornithorynque, le ratel, le cœlacanthe, le brochet crocodile, le régalec… – et d’animaux étranges mais pas forcément réels – le yéti, le monstre du loch Ness, le mokélé-mbembé, le Léviathan… Pour s’y retrouver, l’auteur est un guide parfait qui sait, pour séparer le vrai du faux, mêler l’histoire et la science, l’anthropologie et la biologie, l’imaginaire et le réel. Richement illustré (photos, dessins, gravures, peintures…), Du yéti au calmar géant est un voyage à travers les différents écosystèmes de notre monde, qui ne fait pas l’économie de rencontres hautes en couleur avec des hommes passionnés, plus ou moins illuminés, plus ou moins sérieux, chercheurs de monstres, traqueurs de créatures étranges…

Frontières étroites entre les espèces

Bien entendu, l’Afrique n’est pas oubliée dans ce vaste panorama, et, outre l’incontournable mokélé-mbembé, Grison nous invite à découvrir la sittelle kabyle, l’ours de l’Atlas et l’ours nandi, les crocodiles du désert, le chalicothère, le mourou-ngou (« panthère d’eau ») ou encore le serpent des Bijagos. Il y a là de quoi y perdre son latin, mais l’auteur navigue avec aisance entre pseudo-preuves, hypothèses baroques et vérités établies. Même quand il aborde la question toujours délicate des grands singes, dans le chapitre intitulé « “Hommes sauvages” et primates énigmatiques d’Afrique, un imbroglio cryptozoologique ». Qu’est-ce que le koulou kamba, « chimpanzé-gorille » d’Afrique centrale ? Le singe Oliver pourrait-il être issu d’un croisement entre un humain et un chimpanzé ? À quelle espèce appartiennent les grands primates de Bili, dans le nord de la RD Congo ?

Contant avec verve les théories les plus farfelues, Grison remet les pendules à l’heure, à l’aide de tests ADN s’il le faut. Et poursuit sa marche : « Nous allons nous attarder encore quelque peu en région congolaise, où pas moins de quatre hominoïdes problématiques attendent une place dans le système naturel, ou tout au moins une explication… Ces “fab four” ont pour nom kikomba, kakundakari, yombé et salamé, les deux premiers étant localisés en RDC, les deux autres en République du Congo. » La cryptozoologie, on l’aura compris, n’est pas qu’une science de l’enquête naturaliste, c’est aussi une façon de s’interroger sur notre rapport à la nature, à l’inconnu, à l’inexpliqué, bref à tout ce qui n’est pas humain mais nous renvoie à la question même de notre humanité.