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Cet article est issu du dossier «RD Congo : un nouveau départ»

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Elections

Accord en RD Congo : qui sont les gagnants et les perdants ?

L'homme d'affaire congolais, député national de la République démocratique du Congo et président du parti d'opposition Engagement pour la Citoyenneté et le Développement, Martin Madidi Fayulu, pose à l’hôtel Faden House à Kinshasa, le 18 septembre 2016.

L'homme d'affaire congolais, député national de la République démocratique du Congo et président du parti d'opposition Engagement pour la Citoyenneté et le Développement, Martin Madidi Fayulu, pose à l’hôtel Faden House à Kinshasa, le 18 septembre 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Si la quasi-totalité des politiques congolais sont tombés d’accord le 31 décembre 2016, tous ne tirent pas les mêmes bénéfices de ce compromis, notamment en vue de la présidentielle.

Martin Fayulu, bien placé dans la course

GAGNANT

Avec Vital Kamerhe, le député de 60 ans s’est longtemps disputé le leadership de la plateforme Dynamique de l’opposition, l’un des principaux regroupements politiques de RD Congo. Mais alors que le premier a boudé le Rassemblement formé autour d’Étienne Tshisekedi et de Moïse Katumbi, lui préférant le dialogue mené par Edem Kodjo jusqu’en octobre, le second a effectué un chemin totalement inverse.

Stratégie gagnante pour le président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé) puisque les résolutions des premières négociations ont fait long feu, au profit de celles issues de « pourparlers directs » entre le camp de Joseph Kabila et le Rassemblement auquel Fayulu appartient.

Son nom est aujourd’hui cité parmi ceux des Premiers ministrables. Et, à défaut, l’élu de Kinshasa garde toutes ses chances de devenir ministre ou membre du Conseil national de suivi de l’accord, chargé notamment de veiller à l’aboutissement du processus électoral.

Candidat : déclaré

Atouts : très engagé sur le terrain, il n’hésite pas à se placer devant le cortège des manifestants anti-Kabila

Faiblesses : son assise électorale est limitée dans la ville-province de Kinshasa

 

Moïse Katumbi y croit

NI GAGNANT, NI PERDANT
BRYAN DENTON/NYT-REDUX-REA

Moise Katumbi, a former governor, departs after his trial at the central courthouse in Lubumbashi, Democratic Republic of Congo, May 11, 2016. Though Katumbi remains immensely popular here, he has been made a virtual enemy of the state for allegedly hiring mercenaries and plotting to overthrow his former ally, President Joseph Kabila. DISSIDENT OPPOSITION DRC ZAIRE MOBUTU SESE SEKO FLAIR LEADERSHIP POWER COPPER MINING CORRUPTION GRAFT RIVALRIES AFRICA AFRICAN © BRYAN DENTON/NYT-REDUX-REA

Bien qu’il n’ait pas bénéficié des mesures de clémence que prévoit l’accord pour d’autres opposants (il est toujours inculpé d’atteinte à la sûreté de l’État dans une rocambolesque affaire de recrutement de mercenaires étrangers et condamné à trois ans de prison sur un dossier concernant des biens immobiliers), l’homme d’affaires de 52 ans a décidé de ne pas bloquer le processus.

L’ex-gouverneur, qui s’est vertement opposé à un éventuel « troisième penalty » de Joseph Kabila, peut se féliciter que ce dernier se soit engagé à ne pas recourir à un référendum pour changer la Constitution et briguer un nouveau mandat.

Autre motif de satisfaction : l’entrée dans le futur gouvernement et au sein du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) des cadres du « G7 » (leaders de sept partis frondeurs de la coalition au pouvoir) et de l’Alternance pour la République (AR), deux plateformes rangées derrière lui. « Pour nous, entrer au gouvernement n’est pas une fin en soi, nous voulons plutôt organiser les élections le plus rapidement possible, d’ici à la fin de 2017, comme prévu », nuance cependant un proche collaborateur de Katumbi.

Candidat : déclaré

Atouts : son expérience et un bilan positif après huit années à la tête du Katanga, sa fortune et ses réseaux

Faiblesses : ses ennuis judiciaires qui risquent de retarder son retour au pays

 

Ève Bazaiba, entre résistance et résignation

NI GAGNANTE, NI PERDANTE
Camille Millerand pour JA

Ève Bazaiba, secrétaire générale du Mouvement pour la libération du Congo, également présidente du Front pour le respect de la Constitution. À Jeune Afrique le 24 avril 2015, Paris. © Camille Millerand pour JA

Après plusieurs atermoiements, la secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC) et leader du Front pour le respect de la Constitution (FRC), 50 ans, a finalement signé, le 14 janvier, l’accord conclu à Kinshasa. Et ce, sur instruction de Jean-Pierre Bemba, chef du MLC, actuellement détenu à La Haye. Mais Ève Bazaiba continue de réclamer la direction du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), confiée pour l’heure à Étienne Tshisekedi. « Le Rassemblement ne peut à la fois gérer le gouvernement et suivre le processus : il risque d’être juge et partie », martèle-t-elle.

Le MLC, qui revendique 197 élus provinciaux, peut au moins se féliciter d’avoir bloqué l’une des principales ambitions du Rassemblement à l’égard des provinces : faire nommer de nouveaux gouverneurs, en remplacement de ceux qui ont été élus. Ce qui revenait tout simplement à demander le partage du pouvoir entre les signataires et la majorité, excluant de fait le MLC.

Candidate : potentielle

Atouts : son franc-parler et sa stratégie de non-alignement, qui pourraient en faire la première force d’opposition

Faiblesses : sa difficulté à s’affranchir du candidat Jean-Pierre Bemba, pourtant condamné et emprisonné à La Haye

 

Les Tshisekedi, vainqueurs

GAGNANT
John bompengo/AP/SIPA

Etienne Tshisekedi, à Kinshasa, en juillet 2016. © John bompengo/AP/SIPA

L’opposant « historique », Étienne Tshisekedi, est le grand gagnant du 31 décembre. Assuré de présider le Conseil national de suivi de l’accord, il devrait avoir un droit de regard sur l’action de l’exécutif. Rien ne l’empêche, par ailleurs, de se présenter à la prochaine présidentielle malgré son grand âge, 84 ans.

Aux prises avec la justice, Moïse Katumbi, son allié et néanmoins potentiel concurrent lors de cette future élection, demeure empêché d’y participer à ce stade. Enfin, il n’est pas exclu que Tshisekedi parvienne à placer un membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) à la primature – le nom de son fils, Félix, est fréquemment cité.

Cette situation présente toutefois un risque important : à être aussi impliqué dans cette « cohabitation », il pourrait écorner son blason si elle n’obtenait pas les résultats escomptés.

Candidat : probable

Atout : sa popularité

Faiblesses : il sortira d’une période de quasi-cohabitation. Son âge avancé

 

Samy Badibanga : un petit tour et puis s’en va

PERDANT
Vincent Fournier/JA

Samy Badibanga (République démocratique du Congo - RDC), président du groupe parlementaire UDPS à l'Assemblée nationale congolaise. A Paris, le 4 septembre 2012. © Vincent Fournier/JA

Son passage à la primature aura été de courte durée. Nommé le 17 novembre 2016 – à la surprise quasi générale –, Samy Badibanga a à peine le temps de former son gouvernement qu’il doit préparer ses cartons. L’accord prévoit en effet que son poste revienne à un membre du Rassemblement de l’opposition, dont il ne fait pas partie.

Cet ancien proche d’Étienne Tshisekedi avait fait le choix de participer, en compagnie de Vital Kamerhe, au premier dialogue, conclu en octobre dernier. Or celui-ci, ses accords et ses décisions sont désormais dépassés. Badibanga va devoir se battre pour conserver une place dans le nouveau dispositif.

 

Les mouvements citoyens font du surplace

PERDANT
Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Carbone Beni, 25 ans, coordinateur national, en charge de la mobilisation, du mouvement de jeunes citoyens congolais Filimbi (« coup de sifflet » en Swahili), pose dans l'un des bureau clandestin du mouvement à Kinshasa, le 26 septembre 2016. / Carbone Beni, 25 years old, national coordinator, in charge of the mobilization, of the movement of young Congolese citizens Filimbi ( "whistle" in Swahili), is posing in one of the clandestine office of the movement in Kinshasa, on September 26th, 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

À la différence des partis politiques, Filimbi et la Lucha (Lutte pour le changement) ont refusé tout accord les associant au pouvoir. Cette stratégie de résistance sans concession face à un pouvoir perçu comme illégitime les isole désormais. La majeure partie de la classe politique a, en effet, fait un choix différent. « Ils ont entériné un putsch de Joseph Kabila », se désole Floribert Anzuluni, le coordonnateur de Filimbi.

Par ailleurs, certaines de ses figures emblématiques, comme Carbone Beni, militant à Kinshasa, sont toujours détenues. Seule concession du compromis trouvé le 31 décembre : l’arrêt des poursuites contre Anzuluni, qui avait dû s’exiler en Europe. Ce dernier, qui reste prudent, souhaite à terme rentrer à Kinshasa et poursuivre son militantisme sur le terrain.

 

Léon Kengo wa Dondo, perdant à tous les coups ?

PERDANT
Vincent Fournier/JA

Léon Kengo wa Dondo (République Démocratique du Congo, RDC), Président du Sénat, le 15 mai 2008. © Vincent Fournier/JA

En actant le maintien au pouvoir de Joseph Kabila jusqu’à la présidentielle, l’accord du 31 décembre écarte, a priori, un scénario qui verrait le président du Sénat et dauphin constitutionnel, Léon Kengo wa Dondo, prendre le pouvoir le temps d’une transition. De plus, la programmation des élections provinciales et législatives au même moment doit aboutir au renouvellement des membres du Sénat, dont son président.

Néanmoins, sa plateforme, l’Opposition républicaine, a signé l’accord. « Nous voulions donner une chance à une transition démocratique et pacifique », explique l’un de ses cadres, Franck Mwe di Malila, par ailleurs gendre de Kengo. Lequel reste en fonction et n’a pas dit son dernier mot : en cas de blocage, il pourrait faire figure de recours et il n’exclut pas de se présenter à la présidentielle. P.B.

Candidat : probable

Atouts : son excellente connaissance de la classe politique congolaise, son expérience et sa position de numéro deux de l’État

Faiblesses : son grand âge, 81 ans, et son manque de popularité (il avait remporté 4,95 % des voix selon les résultats officiels des élections de 2011).

 

Vital Kamerhe, prêt à rebondir

NI GAGNANT, NI PERDANT
Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Vital Kamerhe, ancien président de l'Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, devant la Citée de l'OUA à Kinshasa, le 17 septembre 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Comodérateur de l’opposition lors des pourparlers de la Cité de l’OUA conclus en octobre, le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), 57 ans, se voyait déjà Premier ministre. Mais Joseph Kabila a confié à la mi-novembre 2016 le poste à Samy Badibanga, alors chef du groupe parlementaire Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et alliés.

L’ancien président de l’Assemblée nationale (2006-2009) a encaissé. Et dans son entourage, désormais, on positive : « Avec du recul, cette désillusion passe plutôt bien. Imaginez un seul instant Kamerhe à la place de Badibanga aujourd’hui, un chef du gouvernement nouvellement investi mais dont l’éviction est déjà programmée : il aurait été politiquement affecté pour longtemps ! »

Si ses alliés de l’opposition signataire de l’accord du 18 octobre boudent encore le compromis de la Conférence épiscopale nationale du Congo, lequel consacre principalement le partage du pouvoir entre le camp de Kabila et le Rassemblement, Kamerhe, revanchard, y adhère sans réserve, dans l’espoir de rebondir et de faire oublier sa mésaventure.

Candidat : probable

Atouts : sa popularité dans son fief du Sud-Kivu, son expérience, ses qualités d’orateur et de polyglotte (il parle les quatre langues nationales, entre autres)

Faiblesses : ses positions politiques sont parfois volatiles, et ses moyens financiers sont insuffisants pour couvrir tout le territoire

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