Communication & Médias

Télévision – David Mignot : « Nous avons dépassé les 2,5 millions d’abonnés actifs »

MIGNOT David © Xavier Lahache/Canal+

Le patron du groupe audiovisuel projette que d’ici à 2020 la moitié des foyers électrifiés africains se connecteront à ses bouquets de chaînes, et un quart à la fibre optique.

David Mignot a pris les rênes de la filiale africaine de Canal+ mi-2013 en incarnant une nouvelle politique, plus offensive. En trois ans et demi, il a presque triplé son portefeuille d’abonnés. Poussé par les ambitions de Vincent Bolloré, président de Vivendi – la maison mère de Canal+ – il se lance aujourd’hui dans la fourniture d’internet. Pour JA, cet ingénieur converti au marketing fait le point sur sa stratégie à tiroirs.

Jeune Afrique : Fin 2015, vous annonciez 2 millions d’abonnés à vos offres de télévision payante en Afrique. Combien en comptez-vous aujourd’hui ?

David Mignot : Notre objectif était de dépasser 2,5 millions d’abonnés actifs fin décembre, soit un gain de 500 000 abonnés sur douze mois. Nous l’avons largement atteint.

Le contexte économique plus morose cette année n’a-t-il pas ralenti la progression de votre parc d’abonnés ?

Au Tchad, au Congo, mais aussi au Bénin, touché par la situation du Nigeria, nous sentons que les temps ne sont pas faciles. La Côte d’Ivoire, Madagascar et le Mali retrouvent au contraire une bonne dynamique. Tous nos pays ont une croissance à deux chiffres.

En Côte d’Ivoire, les autorités viennent de vous accorder une fréquence pour un bouquet TNT. Pour cet appel d’offres, vous vous êtes associés à Orange. Pourquoi ?

Les deux sociétés étaient intéressées par cet appel d’offres. Or, Orange est actionnaire de Canal+ en Côte d’Ivoire, et son directeur général est l’un des administrateurs de notre filiale locale. De plus, le groupe Orange connaît bien la télévision payante. Nous avions tout à gagner à nous associer.

Si tout se passe bien, le dispositif pourra être répliqué ailleurs. En revanche, cela ne préfigure en rien le rapprochement capitalistique évoqué en France entre les deux groupes.

Le modèle économique de la TNT n’est-il pas fragile ?

Nous ne vendons pas de la TNT, mais du divertissement à travers des chaînes de télévision. Au départ c’était via la télévision analogique hertzienne, puis par l’intermédiaire du satellite.

Aujourd’hui, nous en sommes à la TNT. Mais cette technologie est déjà en décroissance dans les pays développés. Donc dans les modèles économiques mis en place pour la financer en Afrique, il faut être prudent. On peut imaginer que, dans dix ou quinze ans, le médium principal de réception d’un bouquet aura basculé vers des réseaux à très haut débit.

Est-ce que les pouvoirs publics font la même analyse ?

C’est assez variable. Dans certains pays, les pouvoirs publics ne veulent pas investir dans la TNT et préfèrent développer des réseaux de transport en fibre optique. C’est le cas du Rwanda, qui a fini sa migration sans financer de décodeurs. C’est selon moi le bon modèle.

Tous les pays n’ont pas cette approche…

Il y a eu beaucoup de protocoles signés, en RD Congo, au Congo ou encore au Cameroun, notamment avec le groupe chinois StarTimes, qui reposaient sur un modèle d’endettement des États – jusqu’à 160 millions de dollars [153 millions d’euros] ! Heureusement, ils n’ont pas abouti. A contrario, Canal+ ne demande rien, ni défiscalisation ni subvention.

Comment financez-vous alors vos investissements ?

Par le flux de trésorerie que génère Canal+ en Afrique. Nous comptons doubler le parc de clients entre 2016 et 2020, pour abonner un foyer électrifié sur deux à nos bouquets. Vincent Bolloré, qui connaît bien le continent, nous a dit : « Ce dont Vivendi a besoin, c’est n’est pas de cash, mais de projets, avec une vision du développement à long terme, qui structurent des filières dans les métiers du groupe. »

D’où un festival d’initiatives, depuis dix-huit mois : la création de chaînes de télévision, des investissements dans la production, dans la musique, dans la fibre optique.

Votre prise de participation, fin 2015, au capital de la société Iroko est-elle déjà un pari gagnant ?

Le premier métier d’Iroko consiste à exporter les meilleurs films de Nollywood, c’est une sorte de Studio Canal nigérian. Entrer dans son capital correspond donc tout à fait à nos visées stratégiques.

Nous avons également préacheté des contenus auprès d’Iroko afin d’assurer l’approvisionnement de nos chaînes pour plusieurs années. Enfin, nous avons lancé en février Iroko+, une plateforme de vidéo à la demande (SVOD) pour les pays francophones.

Le grand public est-il prêt pour ce mode de consommation ?

Iroko+ a été d’abord lancé en mode gratuit, de février à juillet 2016, avant de devenir un service payant à 1 000 F CFA (environ 1,50 euro) par mois. Aujourd’hui, l’application a été téléchargée des centaines de milliers de fois, mais le succès reste modeste, avec quelques dizaines de milliers d’utilisateurs payants.

Je pense qu’il y a deux freins au développement des plateformes SVOD : l’absence d’internet généralisé à très haut débit et le manque de solutions de paiement en ligne de type PayPal. Mais nous pensons que ces deux obstacles vont être levés. L’objectif de Canal+ est de ne pas se laisser surprendre sur ce nouveau marché.

Le groupe se positionne aussi dans les télécommunications…

Nous avons la conviction que la connexion des particuliers à internet via la fibre optique (FTTH) va se développer. La question est de savoir qui va prendre le risque d’un investissement massif et de très long terme. Vivendi est actionnaire de Telecom Italia, qui a le plus gros projet de FTTH en Europe. Notre groupe peut mobiliser des experts sur ce sujet et maîtrise la distribution de produits par abonnement.

Nous comptons permettre aux particuliers de se connecter via la fibre optique dans les 20 pays où nous sommes présents

Le projet avait débuté à Cotonou, mais les autorités béninoises l’ont stoppé en septembre, vous reprochant d’avoir déployé la fibre sans autorisation. Elles souhaitent en fait que vous partagiez votre futur réseau. Où en est-on ?

Le déploiement n’a pas repris, mais les discussions continuent. Nous devons réexpliquer que notre projet n’est pas de construire une infrastructure assimilable à un réseau de transport, mais un réseau d’accès. Au Brésil, on trouve jusqu’à cinq réseaux de ce type fixés sur les lignes électriques. Sans compter que d’autres technologies existent pour donner accès au haut débit. Et si notre infrastructure devient un jour essentielle, on s’engage à la partager.

Quelles sont vos ambitions ?

Nous comptons permettre aux particuliers de se connecter via la fibre optique dans les 20 pays où nous sommes présents. Pour rendre un tel projet viable, il faudra attirer un quart des foyers raccordés à l’électricité.

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