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Politique

RD Congo : un nouveau départ ?

Joseph Kabila, le président de la RDC, le 4 août 2014 à Washington.

Joseph Kabila, le président de la RDC, le 4 août 2014 à Washington. © J. Scott Applewhite/AP/SIPA

Le président Joseph Kabila et les principaux leaders de l’opposition sont parvenus à un accord inédit, mais fragile, pour organiser les élections d’ici à la fin de 2017. Qui ne résout pas tous les problèmes, tant s’en faut.

Annoncé par les évêques catholiques congolais dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, « l’accord politique global et inclusif » a été accueilli comme une divine surprise, permettant d’espérer une sortie de crise dans l’année. Le soulagement était tel, après des semaines de tensions, que certains ont voulu y voir, un peu vite, « un miracle de la Saint-Sylvestre ».

Il est vrai que cette bonne nouvelle est la première depuis des mois en RD Congo. Même s’il y a encore des réticences, la quasi-totalité de la classe politique a trouvé un compromis pour organiser la présidentielle, qui doit marquer, d’ici à la fin de l’année 2017, la première transition pacifique de l’histoire du pays.

Acalmie

Premier effet bénéfique : l’apaisement des esprits. Depuis que le report de l’élection, initialement prévue en novembre 2016, est devenu inévitable, manifestations, troubles dans les provinces et répression policière allaient crescendo. Les 19 et 20 décembre 2016, date à laquelle expirait le dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila, les heurts avaient encore fait plus de 40 morts selon l’ONU. De quoi susciter la crainte, notamment chez les Occidentaux et dans les pays voisins, que la situation ne dégénère au point d’échapper à tout contrôle.

On ne peut donc que se réjouir des terrains d’entente définis le 31 décembre. Outre la tenue d’un scrutin d’ici à la fin de l’année, le pouvoir s’est engagé à ne pas réviser la Constitution.

Par ailleurs, un partage du pouvoir a été instauré : le Rassemblement de l’opposition, la principale coalition de cette dernière, doit accéder à la primature, mais aussi diriger le Conseil national de suivi de l’accord (CSNA) afin de vérifier la mise en œuvre des engagements – même si ses contours et pouvoirs réels restent à définir. Celui-ci devrait être présidé par l’opposant historique Étienne Tshisekedi, 84 ans.

Un pouvoir stablement installé

Faut-il y voir une victoire de l’opposition ? C’est loin d’être aussi simple. D’abord, la présidence a réussi à traverser la délicate fin de l’année 2016 en restant en place. Ensuite, elle a ainsi fait retomber la pression venue de l’étranger. Les États-Unis et l’Union européenne avaient pris des sanctions progressives contre des cadres du régime ces derniers mois.

Maintenant que le pouvoir semble prêt à donner une chance au processus, Bruxelles et Washington maintiendront-ils leurs positions coercitives ? Enfin, la présidence congolaise garde la main sur des institutions clés, comme les régies financières et l’armée. De quoi lui laisser des arguments dans le rapport de force à venir avec l’opposition.

Car cette cohabitation inédite entre l’ombrageux Tshisekedi et le mystérieux Kabila promet d’être tendue : les deux hommes se sont toujours méprisés. Et l’on se souvient que, dans les années 1990, les tentatives de cohabitation entre Tshisekedi et un régime Mobutu qui n’en finissait pas de s’éteindre ont toujours fait long feu…

Quelques questions brulantes

En outre, l’accord du 31 décembre a laissé en suspens de nombreux sujets hautement inflammables. Il ne tranche pas, par exemple, sur l’avenir de Moïse Katumbi. Depuis son exil, cet opposant populaire, opportunément condamné à trois ans de prison dans une étrange affaire immobilière, a tenté d’obtenir l’annulation de sa peine.

Face au refus de la majorité – qui en a fait une ligne rouge –, il a finalement accepté de remettre son sort entre les mains des médiateurs de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) pour permettre la signature de l’accord. Mais la présidence acceptera-t-elle, demain, ce qu’elle vient de refuser radicalement ?

Viendra alors le dossier le plus périlleux peut-être : l’organisation du vote lui-même. Dans ce vaste pays presque dépourvu d’infrastructures, un scrutin représente toujours un casse-tête logistique – que le couplage avec les élections provinciales (compris dans l’accord) va encore compliquer. Et puis il y a leur coût exorbitant, qui les rend quasi impossibles à organiser sans soutien international. Lequel n’est toujours pas garanti.

Si les cartes sont donc rebattues dans la majorité comme dans l’opposition, ainsi que nous le montrons dans les pages suivantes, le 31 décembre n’a pas signé un aboutissement, mais le coup d’envoi d’un nouveau marathon semé d’embûches.

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