Politique

Israël-Palestine : donner d’une main et reprendre de l’autre

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Par - à Jérusalem
Mis à jour le 24 décembre 2016 à 11:03

Logements en construction dans la colonie de Maale Adumim, le 4 juillet 2016 en Israël. © AFP

En échange de l’évacuation d’une petite colonie de Cisjordanie, l’extrême droite tente de faire voter une loi facilitant l’annexion de territoires palestiniens. Au risque d’exposer le pays à des sanctions de l’ONU.

Perchée sur une colline à quelques encablures de Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne, Amona a tout d’un village d’irréductibles. Une quarantaine de familles y vivent retranchées dans des caravanes, dans l’attente pieuse que le Tout-Puissant leur permette un jour d’en partir pour rejoindre des maisonnettes coiffées d’un toit de tuiles rouges, comme dans la plupart des implantations juives de Cisjordanie. Sauf qu’Amona, fondé en 1996, est resté un avant-poste. Autrement dit un embryon de colonie.

Ses habitants en ont été même violemment délogés une décennie plus tard avant de s’y réinstaller à la faveur d’un imbroglio juridique, à l’issue duquel il sera finalement établi que la localité avait été construite sur des terres palestiniennes volées grâce à de faux documents de propriété. Les colons n’en faisant qu’à leur tête, « Amona est un échec de l’État de A à Z », déclarait l’été dernier le général Ilan Paz, commandant sortant de l’administration civile israélienne en Cisjordanie.

Un avenir incertain

En 2014, la Cour suprême avait donné deux ans au gouvernement pour démanteler cette localité illégale et a même rejeté, en novembre, une ultime demande de report. Mais c’est depuis que le sort d’Amona est scellé qu’il n’a jamais semblé aussi incertain. D’un côté, les colons les plus radicaux se mobilisent massivement et promettent une résistance musclée aux policiers israéliens. De l’autre, leurs soutiens politiques tentent un audacieux coup de force pour faire capoter le verdict de la Cour suprême, institution qu’ils méprisent.

Leurs efforts se portent vers la Knesset, où la droite nationaliste est majoritaire. La loi dite « de régulation » qu’ils promeuvent est défendue bec et ongles par le chef de file du Foyer juif, Naftali Bennett, ministre de l’Éducation dans la coalition de Benyamin Netanyahou. L’objectif est de faire reconnaître rétroactivement l’ensemble des avant-postes créés en Cisjordanie et, au passage, plusieurs colonies litigieuses totalisant près de 4 000 habitations.

Le projet de loi, qui de facto faciliterait l’annexion future de territoires palestiniens, constitue aussi une grave atteinte à l’État de droit. « Nous ne pouvons accepter des solutions hors du cadre légal ni une législation qui contredit les décisions de la Haute Cour », s’indigne Avichai Mandelblit, conseiller juridique du gouvernement. L’opposition s’alarme du risque de voir l’État hébreu sanctionné par le Conseil de sécurité de l’ONU, où les Palestiniens pressent déjà les États-Unis de ne pas mettre leur veto à une nouvelle résolution. Pis : du propre aveu de Netanyahou, certains membres du gouvernement pourraient avoir à rendre des comptes devant la Cour pénale internationale (CPI).

« Coup de bluff »

L’ultradroite fait mine d’ignorer ces retombées. « Une nation ne peut être occupante sur sa terre », répond Bennett pour balayer les critiques. L’approbation du texte en première lecture le 7 décembre – par 58 voix contre 51 – a constitué une première victoire pour lui et ses partisans. Dans sa dernière mouture, négociée au forceps par les ténors du gouvernement, Amona ne sera pas « sauvé », mais ses habitants toucheront des indemnités allant jusqu’à 500 000 shekels (101 000 euros) et seront relogés… dans une colonie voisine. « La loi de la régulation est un accomplissement historique extraordinaire, s’enflamme Ayelet Shaked, ministre israélienne de la Justice. Les familles d’Amona paient un lourd tribut, mais ce n’est pas pour rien. »

Pourtant, certains observateurs croient dur comme fer à un coup de bluff, car, dans les faits, le projet de loi a peu de chances d’aboutir ; s’il passe les deux prochaines lectures à la Knesset, il devra encore être approuvé par le contrôleur de l’État, ultime garde-fou de la démocratie israélienne. En tout état de cause, cette affaire confirme la montée en puissance du lobby des colons. « Notre leadership tremble, et c’est ce qui a favorisé cette loi qui constitue un détournement de l’Histoire », écrit l’éditorialiste Amnon Abramovich dans le Yediot Aharonot.