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Télécoms : en absorbant Alcatel, Nokia espère revenir dans la course en Afrique

Michel Combes, ancien DG d’Alcatel, et Rajeev Suri, patron de Nokia, lors de l’annonce de la fusion, à Paris, en avril 2015. © Thomas Samson / AFP

La complémentarité entre les deux groupes est évidente. Sur le plan géographique, par exemple, l’équipementier finlandais récupère une firme bien introduite sur les marchés francophones.

Début novembre, Ovum, entreprise britannique spécialisée dans l’analyse stratégique, a publié un rapport consacré aux télécoms en Afrique. Elle y recense notamment les plus gros contrats obtenus par les équipementiers sur le continent au cours des neuf premiers mois de 2016…

Et Nokia n’y apparaît qu’une fois, à propos d’un marché obtenu en Égypte, où il a déployé une plateforme de gestion de la relation client pour le compte de l’opérateur français Orange (qui y sert près de 30 millions d’utilisateurs). Pas de doute : l’équipementier finlandais n’occupe plus les premiers rôles en Afrique. D’Alger au Cap, il est distancé par ses rivaux chinois ZTE et Huawei et par le suédois Ericsson.

Plus de marchés et de produits pour Nokia

Mais à la faveur de l’absorption du français Alcatel-Lucent, bouclée il y a quelques semaines avec la prise de contrôle de 100 % de son capital, Nokia espère revenir dans la course. De l’avis de tous les observateurs, l’acquisition d’Alcatel – dont la marque est appelée à terme à disparaître – pour 15,6 milliards d’euros a été, du moins sur le papier, une bonne idée. Qu’il s’agisse de leurs gammes de produits ou de leurs principaux marchés, la complémentarité des deux groupes est évidente, y compris en Afrique.

Si Nokia est reconnu pour son savoir-faire dans le domaine des réseaux de téléphonie mobile, Alcatel est une référence en matière de réseaux fixes, IP, de câbles sous-marins et d’analyse de données. Cette fusion « double mon portefeuille de produits et donc mon chiffre d’affaires », explique un responsable commercial de Nokia pour l’Afrique du Sud. Sur le plan géographique, Nokia et Alcatel vont en outre pouvoir additionner leurs forces. Traditionnellement présent au Moyen-Orient, en Afrique de l’Est et en Afrique du Sud via des contrats avec Ooredoo, Vodacom, Airtel et Safaricom, le groupe finlandais récupère une firme bien introduite dans les pays francophones.

Remonter la pente

« Restera à faire l’amalgame entre ces deux cultures très différentes. Les Français sont plus latins dans leur approche commerciale et les Finlandais beaucoup plus cliniques. Cela va prendre du temps », estime un fournisseur d’accès à internet ouest-africain. Il faudra sans doute au moins une année de transition pour trouver la bonne formule, comme l’indiquent les premiers résultats financiers. Trois trimestres après le début de la fusion, Nokia n’atteint pas encore, au niveau mondial, le montant réalisé par l’addition des revenus des deux groupes à la même période en 2015 (en recul de 7 %). « Mais nous nous améliorons constamment », se défend Joachim Wuilmet, responsable marketing de Nokia pour l’Afrique et le Moyen-Orient.

Au troisième trimestre 2016, le chiffre d’affaires dans cette zone était de 469 millions d’euros, dont environ 50 % sur le continent. Rajeev Suri, le PDG de Nokia, table sur une stabilisation de cette performance en 2017, mais, fin 2018, l’état-major de l’équipementier finlandais espère profiter, au niveau mondial, de 1,2 milliard d’euros d’économies sur les coûts fixes supportés par Nokia et Alcatel avant la fusion. Plus de 10 000 emplois pourraient être supprimés dans le monde, sur un total de 105 000 salariés.

Pour sa future croissance, Nokia mise bien sûr sur les opérateurs, qui représentent 90 % de son chiffre d’affaires. En Afrique, il vient de remporter un contrat avec Tunisie Télécom pour un réseau haut débit où interviendra également l’américain Adtran. Outre Vodafone et MTN (avec lequel il souhaite monter en puissance), Nokia essaiera également de nouer des accords avec Millicom et de vendre ses solutions de téléphonie mobile aux clients d’Alcatel, notamment en Afrique de l’Ouest.

« Nous sommes aussi attentifs aux besoins des États, des villes et des grandes entreprises, pour lesquels nous proposons des solutions ad hoc », détaille Joachim Wuilmet. En 2015, Alcatel avait ainsi gagné un contrat avec la ville du Cap pour le déploiement d’un réseau IP. Actuellement, le groupe travaille sur un projet de cloud informatique au Burkina Faso. Cette stratégie est également à l’œuvre au Moyen-Orient, où il a signé un contrat pour un réseau dévolu aux pouvoirs publics à Dubaï.

Une diminution des investissements

Ces infrastructures sont amenées à être couplées avec de plus en plus d’objets connectés (des compteurs intelligents, par exemple), pour lesquels l’équipementier cherche à allonger la durée de vie des batteries. Autant de marchés qui deviennent stratégiques dans la perspective de la décroissance des investissements dans les réseaux 4G hors du continent. Selon l’entreprise d’intelligence économique IHS, ceux-ci pourraient passer, au niveau mondial, de 48 milliards de dollars en 2015 (environ 44 milliards d’euros) à 25 milliards en 2020. Et Nokia, comme ses concurrents, devra sans doute patienter encore plusieurs années avant de voir la technologie 5G réellement introduite.

Les analystes spécialistes des télécoms réservent cependant leur diagnostic sur le succès de la fusion. Ces dix dernières années, le groupe a beaucoup tâtonné, sans trouver la bonne formule. En 2007, il a tenté une alliance avec l’équipementier allemand Siemens à travers une coentreprise : celle-ci a été liquidée en 2014. Puis, en 2010, il a acheté les activités réseaux de Motorola, avant de se rapprocher de Microsoft pour finalement lui vendre sa division mobile en 2014.

Mais ces coups d’essai n’ont pas sapé le moral des dirigeants de Nokia. « L’avantage d’une acquisition, contrairement à une coentreprise, c’est qu’il n’y a pas de zone de flou concernant la gouvernance. Les décisions sont actées beaucoup plus rapidement. La prise de contrôle d’Alcatel devait être achevée au cours du premier trimestre, mais les opérations combinées ont débuté dès janvier », explique Joachim Wuilmet.

Fondé en 1865, Nokia – dont le nom évoque une petite rivière du sud de la Finlande – a, il est vrai, plusieurs fois montré sa capacité à se réinventer, passant au cours de son histoire de la production de papier à celle de pneus et de téléviseurs. Pendant la dernière décennie, il était devenu le numéro un mondial de la fabrication de téléphones portables, avant de se recentrer sur la fourniture d’équipements et de services aux opérateurs de télécoms.


Smartphones, le retour

L’année 2017 verra le retour de Nokia sur le marché des smartphones. À l’issue d’un double accord signé avec le groupe finlandais et l’américain Microsoft, propriétaire de la marque depuis 2014, la société HMD (elle aussi finlandaise) va commercialiser au premier semestre des téléphones Nokia utilisant le système d’exploitation Android. Les terminaux seront fabriqués par le taïwanais Foxconn, également assembleur d’Apple et de Samsung.

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