Politique

Présidentielle au Ghana, le remake de 2012

Comme en 2012, John Dramani Mahama, le président sortant, a Nana Akufo-Addo comme principal challenger, le 7 décembre. D’après les sondages, les deux candidats sont au coude-à-coude.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 7 décembre 2016 à 16:02

Le patron du NPC, principal parti d’opposition, tente sa chance pour la 3e fois. © CRISTINA ALDEHUELA/AFP

Qui sera le prochain président du Ghana à l’issue de l’élection du 7 décembre ? Difficile à dire. Seule certitude pour l’instant : c’est un remake de celle de 2012, du moins en ce qui concerne les protagonistes. Comme il y a quatre ans, ce scrutin à deux tours oppose surtout le président John Dramani Mahama (National Democratic Convention – NDC) au leader du New Patriotic Party (NPP – principal parti d’opposition), Nana Akufo-Addo. L’un brigue un second mandat, l’autre tente sa chance pour la troisième fois.

Un choc de ténors, donc, même si cinq autres candidats sont en lice. Parmi eux, l’ex-première dame Nana Konadu Agyeman-Rawlings (National Democratic Party – NDP), l’avocat handicapé moteur Ivor Kobina Greenstreet, tombeur de Samia Nkrumah lors des primaires du Convention People’s Party (CPP), ou encore le candidat indépendant Jacob Osei Yeboah.

Le président sortant en mauvaise posture

Certains Ghanéens l’assurent, le scrutin est joué d’avance : depuis le début de la IVe République, en 1993, chaque fois qu’un républicain remporte l’élection présidentielle américaine, le NPP en fait autant au Ghana. Traduction : Akufo-Addo pourrait remplacer Mahama à la Flagstaff House. Une théorie finalement pas si farfelue au regard des sondages qui placent les deux hommes au coude-à-coude.

Certes, John Dramani Mahama bénéficie de l’avantage du sortant, mais difficile de regagner la confiance des électeurs en pleine crise d’austérité. Tout au long de la campagne, il a feint de ne pas s’en inquiéter, mettant en avant les mesures prises par son gouvernement pour le paiement des salaires malgré le déficit budgétaire record et la baisse des cours des matières premières qui ont écorné la réputation du Ghana.

L’opposition entend bien surfer sur la vague de mécontentement née de la crise énergétique et des scandales de corruption qui ont ébranlé le pouvoir

Mahama, qui estime que sa politique a fait ses preuves, accuse son principal challenger de jouer les apprentis sorciers : « Nous ne sommes pas à l’ère des expérimentations et des essais hasardeux », a-t-il soutenu tout au long de la campagne.

En embuscade, l’opposition entend bien surfer sur la vague de mécontentement née de la crise énergétique et des scandales de corruption qui ont ébranlé le pouvoir. Battu de peu par Mahama en 2012, Nana Akufo-Addo a changé de stratégie en choisissant de faire campagne en priorité dans les petites localités et les zones rurales, les grandes villes lui étant traditionnellement acquises.

Le vote du Nord

Pour séduire le Nord partiellement pro-Mahama, il a choisi comme vice-président un économiste de la région, Mahamudu Bawumia, réputé humble et brillant. Selon ses partisans, seules des fraudes pourraient lui barrer la route.

Et l’hypothèse d’un troisième candidat que l’on n’attendrait pas ? Dans le camp de Nana Konadu Agyeman-Rawlings, on veut y croire. Même si la postulante, dont la candidature n’a été validée qu’après un recours devant la Cour suprême, ne peut compter sur le soutien de la Volta : la région d’origine de son mari vote toujours majoritairement pour le NDC, et l’aura de Rawlings n’est plus ce qu’elle était.

Elle ne peut non plus espérer voir sa propre région natale – celle des Ashantis – rallier sa candidature : le NPP et le NDC y sont bien implantés. Autre handicap pour l’ex-première dame, la participation de sa fille aînée, Ezenator Agyeman-Rawlings, aux législatives, sous la bannière du parti au pouvoir.

Pour le chercheur Philippe Hugon, spécialiste de l’Afrique à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), le scrutin promet dans tous les cas d’être passionnant et exemplaire.

« Le Ghana connaît une vie politique intense, dans un climat de libre parole, mais dans un contexte social dégradé. Il se déroule dans un pays qui se caractérise par une culture démocratique, où l’alternance n’est pas un vain mot, où l’armée reste à l’écart du jeu politique, où les médias jouent leur rôle et où les ONG témoignent du dynamisme de la société civile. »