Culture

Cinéma : dans « Algérie du possible », la foi du militant Yves Mathieu

Le militant anticolonialiste Yves Mathieu s’engage à l’âge de 18 ans dans la résistance, en Afrique, puis participe aux combats des Alliés en Italie.

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Mis à jour le 7 décembre 2016 à 15:34

« Algérie du possible » retrace le parcours du militant anticolonialiste Yves Mathieu. © Capture d’écran

Militant du parti communiste, il participe activement après la guerre à la lutte contre le colonialisme, ce qui lui vaut d’être emprisonné en Côte d’Ivoire au début des années 1950. On le retrouve en première ligne pour soutenir le FLN au cours de la guerre d’Algérie et pendant les années qui suivent l’indépendance. D’abord comme avocat de combattants indépendantistes, notamment l’un de ceux qui ont incendié en août 1958 les réservoirs pétroliers de Mourepiane, près de Marseille.

Puis en tant qu’homme de droit, comme conseiller du premier gouvernement de l’Algérie sous Ben Bella. Il fut notamment chargé de rédiger les décrets sur les « biens vacants » abandonnés par les pieds-noirs, puis d’aider à la mise en place de la politique d’autogestion dans les campagnes.

« Héros » victime d’un attentat

Idéaliste courageux, militant infatigable, Yves Mathieu n’a jamais remis en question le bien-fondé de ses actions ni les initiatives de ceux auprès desquels il a combattu. Du moins jusqu’à ce que l’élimination de Ben Bella, à la suite du coup d’État de Boumédiène, en 1965, le conduise à s’interroger sur la politique du nouveau pouvoir. Sa mort l’année suivante dans un accident de voiture provoqué par un camion militaire conduira certains à se demander, sans apporter de preuves, s’il ne s’agissait pas d’un attentat.

Le portrait quelque peu hagiographique que propose le film réalisé par la propre fille du « héros » est à l’image du parcours de celui-ci. Il restitue avec chaleur, nombreux témoignages d’anciens amis à l’appui, une vie au service de l’émancipation des peuples colonisés. Sans vraiment s’interroger sur les vicissitudes de cet engagement et ses impasses.

L’avocat Jacques Vergès aurait dit à la réalisatrice : « Votre père était un naïf », avant de nuancer son propos, des années plus tard, devant sa caméra. Il n’est pas certain qu’il ait eu raison de se corriger. Qu’Yves Mathieu, pourtant né à Annaba (alors Bône), n’ait réussi, en dépit de son insistance, à obtenir la nationalité algérienne que post mortem en dit long sur les limites de son entreprise enthousiaste. Reste néanmoins un film qui fournit beaucoup d’éléments de contexte et, malgré quelques approximations, des références historiques souvent précieuses pour comprendre le destin de l’Algérie contemporaine.