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Cet article est issu du dossier «Sénégal : objectif 2017»

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Entreprises & marchés

Sénégal : pas de prospérité sans PME

L’un des principaux freins à l’investissement privé reste le déficit en électricité (ici, un générateur de la Senelec, à Dakar). © YOURI LENQUETTE POUR JA

Au-delà des programmes publics et des grands groupes, les petites et moyennes entreprises doivent contribuer plus largement au développement économique.

Le Sénégal semble avoir renoué avec une croissance stable et soutenue, avec un taux de 6,5 % en 2015, 6,6 % attendus pour cette année et plus de 6,8 % prévus pour 2017, selon les projections du FMI. Ces deux dernières années, l’économie du pays a profité d’investissements publics réguliers dans les infrastructures urbaines et rurales, et a tiré parti de la chute des cours mondiaux des hydrocarbures, dont la facture pèse lourd dans les dépenses de l’État. La croissance a surtout été portée par le secteur agricole, qui, grâce aux subventions étatiques et à une bonne pluviométrie, a pu accroître considérablement les productions d’arachide, de riz, de mil, et, en particulier, de fruits et légumes.

Une hausse insuffisante du revenu par habitant

Pour le gouvernement, qui compte faire de l’agroalimentaire l’un des moteurs de la transformation structurelle de l’économie du pays, ces bons résultats sont les premiers fruits du Plan Sénégal émergent (PSE). Mais nombre d’observateurs ne manquent pas d’attirer l’attention sur le fait que la production agricole reste fortement tributaire de la pluviométrie et que ce nouveau cycle de croissance est pour le moment surtout conjoncturel. Il est en tout cas encore trop timide pour réduire de manière significative la pauvreté et profiter au plus grand nombre.

Pour Ahmadou Aly Mbaye, professeur d’économie à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, il semble d’ailleurs plus pertinent d’appréhender cette croissance au niveau du PIB par habitant et sur le long terme. « Cela permet d’avoir une appréciation plus nette de l’évolution du niveau de vie des Sénégalais, explique-t-il. Ainsi, on remarque que, de 1960 à 2016, le revenu par tête a peu augmenté. Ce qui veut dire que les Sénégalais de 2016 sont à peine un peu plus riches que ceux de 1960. »

Un environnement des affaires peu encourageant

Comment inverser la tendance ? Les grandes lignes de la feuille de route du gouvernement sont de réformer en profondeur l’environnement des affaires, de diversifier l’économie, de rendre l’électricité plus disponible et moins chère… À cet égard, les pouvoirs publics multiplient les initiatives dans le secteur de l’énergie, qui continue d’accuser un lourd déficit, avec la restructuration de la Société nationale d’électricité (Senelec) et une politique de mix énergétique visant l’injection de 20 % d’énergies renouvelables d’ici à la fin de 2017.

Pour le Pr Mbaye, si la base de la production et celle des exportations sont restées peu ou prou les mêmes depuis l’indépendance (arachides, phosphates, produits halieutiques, etc.), c’est à cause d’un environnement des affaires peu apte à capter des investissements massifs. « Le défi fondamental se situe à ce niveau : la croissance n’est pas le fait de l’État, il la facilite ; elle est le fait des entreprises privées. Or l’investissement privé n’est pas encouragé par l’environnement qui est le nôtre. »

Les petites entreprises représentent près de 80 % du tissu économique local et emploient 60 % des actifs mais ne contribuent pour l’instant qu’à 30 % du PIB

Dans l’une de ses études, le professeur d’économie analyse les principales contraintes pesant sur l’investissement privé au Sénégal, au premier rang desquelles la question énergétique, ainsi que les distorsions liées aux politiques fiscale, douanière et de l’emploi via l’exécution des contrats.

Les petites entreprises, qui représentent près de 80 % du tissu économique local et emploient 60 % des actifs, ne contribuent pour l’instant qu’à 30 % du PIB. Un programme d’accompagnement des PME-PMI a été mis en place via la Banque nationale de développement économique (BNDE), le Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip) et le Fonds souverain d’investissements stratégiques (Fonsis). Cependant, elles peinent toujours à accéder aux financements et ne représentent que 16 % du portefeuille des ressources octroyées par les banques locales.

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