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Cet article est issu du dossier «Sénégal : objectif 2017»

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Politique

Vie politique sénégalaise : cent partis, trop de leaders

Manifestation du Parti démocratique sénégalais, en février 2015, à Dakar. © CEMIL OKSUZ/ANADOLU AGENCY/AFP

À quelques mois des législatives, l’opposition vient de constituer une nouvelle coalition, Manko Wattu Sénégal. Si elle rassemble de plus en plus de personnalités, elle se cherche un patron.

Depuis la libération de Karim Wade, le 24 juin, l’opposition sénégalaise semble, à certains égards, désemparée. D’avril 2013 à juin 2016, l’incarcération du fils de l’ancien président, poursuivi puis condamné à six ans de prison ferme pour enrichissement illicite, avait galvanisé les troupes du Front patriotique pour la défense de la République (FPDR), une coalition constituée autour du Parti démocratique sénégalais (PDS).

Après avoir dénoncé d’une même voix le recours – estimé abusif – à des procédures judiciaires contre l’entourage de l’ex-président Abdoulaye Wade, destinées à décapiter l’opposition, les détracteurs de Macky Sall semblent orphelins depuis que Karim Wade a recouvré sa liberté de mouvement, à la faveur d’une grâce présidentielle.

Un nouvel épisode

La nature ayant horreur du vide, une nouvelle affaire s’est aussitôt substituée à la cause de ce « prisonnier politique ». Depuis juillet, le ban et l’arrière-ban de l’opposition concentrent en effet leurs griefs sur un contrat d’exploration gazière liant l’État à la société Timis Corp, propriété de l’homme d’affaires australo-roumain Frank Timis. La présence du frère cadet du chef de l’État, Aliou Sall, dans l’organigramme de Timis Corp donne lieu à des spéculations sans fin sur un éventuel conflit d’intérêts au préjudice des caisses de l’État. Une accusation qui produit beaucoup d’écume, sans toutefois constituer, à proprement parler, un programme alternatif.

Et pourtant, depuis la création, en septembre, du front Manko Wattu Sénégal, l’opposition semble plus dense que jamais. Cette coalition rassemble en effet une centaine de syndicats et de partis politiques. Une alliance des mécontents qui doit pourtant faire face à un sérieux handicap, à quelques mois des législatives de 2017 : elle se cherche toujours un leader incontestable. Les têtes d’affiche ne manquent pas, tant s’en faut : Karim Wade, Idrissa Seck, Malick Gakou (son coordinateur), Mamadou Diop Decroix, Abdoulaye Baldé, Pape Diop, Abdoul Mbaye, Modou Diagne Fada… Reste à savoir lequel serait susceptible de conduire, au nom de tous, l’opération de reconquête du pouvoir que l’opposition appelle de ses vœux.

Un nouveau challenger à la tête du PDS

Arithmétiquement, la principale composante de cette coalition est le PDS. Mais le parti libéral reste englué dans une succession impossible – Abdoulaye Wade conservant, malgré ses 90 ans et son exil en région parisienne, le contrôle du parti qu’il a fondé. « Le leader du PDS, c’est Abdoulaye Wade, avec lequel nous sommes en contact permanent. Nous ne faisons rien sans le consulter », confirme un responsable de Manko Wattu Sénégal.

En mars 2015, Gorgui (« le vieux », en wolof) a fait introniser son propre fils, Karim, en tant que candidat du PDS à la prochaine présidentielle. Si ce dernier a bénéficié d’une grâce en juin 2016, il vit depuis reclus au Qatar dans des conditions qui alimentent la controverse : son entourage affirme qu’il s’agit d’un exil forcé, négocié malgré lui avec le gouvernement, afin d’obtenir la libération de ses coaccusés, ce que contestent les autorités. « Macky Sall a peur de lui », entonnent à l’unisson les proches de Karim Wade, apparemment convaincus que le chef de l’État voit dans ce challenger inattendu un concurrent susceptible d’entraver sa réélection en 2019.

Une hypothèse qui suscite des haussements d’épaules à la présidence. Il est vrai que Karim Wade est un compétiteur pour le moins atypique. Pourvu d’un casier judiciaire et toujours détenteur d’une double nationalité franco-sénégalaise (ce que la Constitution interdit aux concurrents à la présidentielle), le candidat du PDS ne s’est, en outre, jamais véritablement confronté au verdict des urnes.

L’opposition sénégalaise parviendra-t-elle à se choisir un champion ? À trop avoir de leaders, on peut finir par ne plus en avoir aucun.

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