Politique

Palestine : Mahmoud Abbas seul maître à bord

Réservé aux abonnés | | Par - à Jérusalem
Mahmoud Abbas acclamé après son discours, au deuxième jour du congrès du Fatah, le 30 novembre 2016.

Mahmoud Abbas acclamé après son discours, au deuxième jour du congrès du Fatah, le 30 novembre 2016. © ABBAS MOMANI/AFP

Le président de l’Autorité palestinienne a été reconduit sans surprise à la tête du Fatah. Mais même s’il est débarrassé – temporairement – de ses opposants, sa succession reste un dossier brûlant.

À ceux qui le croyaient usé par l’exercice du pouvoir et résolu à jeter l’éponge, le raïs de 81 ans a envoyé un signal fort. Laissant, impassible, les commentateurs spéculer sur son sort, Mahmoud Abbas a habilement préparé sa survie politique et celle des apparatchiks du Fatah, principale composante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qu’il dirige d’une main de fer depuis 2005.

C’est d’ailleurs dans sa place forte de Ramallah, le 29 novembre, que s’est ouvert le 7e congrès du mouvement fondé par Yasser Arafat. L’heure n’était pas aux adieux, et le rassemblement s’est transformé en plébiscite pour le président palestinien, acclamé par les 1 400 délégués, venus de toute la Cisjordanie et de certains pays « amis » comme le Venezuela.

Rupture au sein du Fatah

« Cette conférence est celle qui décide de l’indépendance palestinienne, de notre construction et de notre libération, ainsi que de notre unité nationale ! » s’est exclamé à la tribune Mahmoud Abbas. Durant les cinq jours du congrès, le leader palestinien a tout fait pour soigner son image, ne donnant à aucun moment l’impression de traverser une crise historique. Il faut dire que les voix dissidentes du Fatah avaient été méthodiquement muselées, à commencer par les partisans de Mohammed Dahlan, arrêtés par dizaines ces dernières semaines.

L’ancien homme fort de la sécurité palestinienne à Gaza, exilé aux Émirats arabes unis, semble le mieux armé pour succéder à Mahmoud Abbas. Son âge, 55 ans, sa proximité avec l’Égypte et les États du Golfe ainsi que ses liens privilégiés avec certains responsables israéliens font de lui un sérieux rival pour la vieille garde palestinienne.

« Dahlan appartient au passé, il n’a pas sa place dans notre mouvement », tranche Jibril Rajoub, figure du comité central du Fatah. Les instances dirigeantes de l’organisation n’ont pas non plus réservé un bon accueil à la nouvelle génération de militants, pourtant proche de la rue palestinienne et de la population des camps de réfugiés.

Vers une guerre de succession

Sept ans après sa dernière convocation, le congrès du mouvement aura donc surtout permis aux fidèles de Mahmoud Abbas d’accentuer leur emprise sur l’organisation. Le raïs, que d’aucuns en coulisses n’hésitent plus à qualifier de « dictateur », n’a pas attendu ce grand raout interne pour accroître ses prérogatives. Début novembre, la Cour constitutionnelle palestinienne approuvait une loi l’autorisant à révoquer à sa guise l’immunité parlementaire des membres du Conseil législatif. Le procédé, peu démocratique, vise à contenir ses éventuels opposants.

Afin de s’éviter des critiques trop acerbes, Mahmoud Abbas a dès le début du congrès appelé ses rivaux islamistes du Hamas à participer à de nouvelles élections générales, alors qu’il avait lui-même ordonné, en septembre, le report du scrutin municipal initialement prévu pour octobre, redoutant une cuisante défaite.

Rien n’indique que le Hamas laissera le chef du Fatah imposer son tempo, et Israël se prépare à une guerre de succession qui pourrait bien être celle de tous les dangers. « 2017 ne sera pas une année stable pour l’Autorité palestinienne. Le leadership d’Abbas sera défié de tous côtés », prédit Herzl Halevy, le chef des renseignements militaires de Tsahal. L’État hébreu se tient prêt à tous les scénarios.

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