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Cet article est issu du dossier «Colonisation : qu'en dit l'école ?»

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Société

Colonisation belge au Congo : les fantômes de Léopold II

Une caricature du roi entouré par les têtes de ses victimes congolaises. © Stock Montage/Getty Images

Le récit colonial de la Belgique au Congo serait-il la chose historique la moins bien partagée à l’école du royaume ?

C’est en substance pour dénoncer cet état de fait et réformer le système éducatif national sur la question que la députée socialiste Catherine Moureaux, présidente du groupe Parti socialiste au Parlement francophone bruxellois, a mis le feu aux poudres médiatiques à la fin du mois de novembre. Dans un entretien accordé à Sudpresse, la députée au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a exprimé la volonté « qu’au terme de ses études, chaque étudiant du secondaire ait au minimum été confronté à l’histoire de la colonisation et de la décolonisation au Congo. Mais aussi à celle d’un autre pays “à la carte”, en fonction du public scolaire ».

Enseigner le fait colonial

Face au tollé provoqué par ses propos, la députée a dû préciser sa pensée : « Ma proposition est d’assurer à chaque lycéen un bagage historique de base commun, et que celui-ci comprenne l’histoire du Congo, en tant que fait de colonisation. »

Aujourd’hui, le fait colonial est enseigné – obligatoirement dans le secondaire – en tant que notion. Si bien que la manière de présenter tel ou tel pan de l’Histoire est tributaire de l’enseignant et de ses choix arbitraires mais aussi du type de filière. Il peut donc arriver que les élèves passent totalement à côté du concept.

« Le colonialisme et l’impérialisme sont des notions clés des programmes. Je suis un peu fâchée de lire dans les journaux qu’on n’enseigne pas le fait colonial », s’agace Anne Morelli. La professeure d’histoire à l’Université libre de Belgique a formé de nombreux enseignants belges et défend le caractère global du programme de l’Éducation nationale belge.

« La colonisation est un concept clé qui accompagne l’ensemble des études, qui s’applique de la colonisation grecque à la colonisation congolaise, explique-t‑elle. Les gens qui se plaignent sont soit des personnes âgées, belges et congolaises, qui ont une vision idyllique de la colonisation, soit des gens dont le professeur a fait l’impasse sur le fait colonial belge. »

Revendication d’afrodescendants

Le débat est moins vif en Flandre. Non seulement les deux régions qui composent le royaume ne partagent pas la même langue, mais le contenu de leurs livres d’histoire diffère également.

« La Flandre dispense depuis longtemps un enseignement critique de la colonisation au Congo et de la brutalité de Léopold II, rappelle Vincent Dujardin, professeur d’histoire à l’Université catholique de Louvain. En ce qui concerne les manuels scolaires, l’espace francophone a mis plus de temps à l’intégrer. Mais, aujourd’hui, il y a davantage d’équilibre entre “génie et gêne” du roi », constate-t-il.

Mais pourquoi ces questions se posent-elles maintenant avec une telle acuité ? Pour l’anthropologue Jacinthe Mazzocchetti, professeure à l’Université catholique de Louvain, c’est en partie dû au poids des afrodescendants dans la société belge contemporaine.

« Cette logique est propre à la seconde génération d’afrodescendants. L’histoire postcoloniale belge a connu un basculement à partir des années 1990, avec l’émergence d’une génération de citoyens nés en Belgique qui se sentent légitimes à la fois en tant qu’afroeuropéens et que belges. » Et la chercheuse de pointer une absence de discussion comme cause de l’émergence de revendications.

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