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Cet article est issu du dossier «Législatives ivoiriennes : en ordre de bataille»

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Elections

Législatives en Côte d’Ivoire : le FPI en rangs desserrés

L’irréductible Aboudramane Sangaré (au centre) a appelé au boycott de tous les scrutins qui ont été organisés depuis la fin de la crise postélectorale. © ISSOUF SANOGO/AFP

Marginalisé sur la scène politique depuis la chute de Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien se divise sur la question de la participation aux élections législatives du 18 décembre.

Ami intime de l’ancien président Laurent Gbagbo et cofondateur dans la clandestinité, en 1982, du Front populaire ivoirien (FPI), Aboudramane Sangaré n’est pas surnommé « le jumeau de Gbagbo » pour rien.

Depuis la fin de la crise postélectorale, ce personnage mystérieux aux cheveux grisonnants refuse systématiquement de participer aux élections organisées en Côte d’Ivoire : il n’est pas « allé » aux législatives de 2012, ni aux régionales ni aux municipales de 2013, ni à la présidentielle de 2015, et boudera donc logiquement le scrutin législatif du 18 décembre. Les diplomates ont bien tenté de lui faire entendre raison : « Participer au jeu politique peut le décrisper et, pourquoi pas, entraîner plus tard la libération du président Gbagbo », lui ont-ils répété. En vain. À 70 ans, on ne refait pas…

Un personnage respecté

« C’est simple. Pour lui, Laurent Gbagbo [dont le procès devant la Cour pénale internationale se poursuit] est toujours le personnage central. Sa libération passe avant tout, explique un proche de l’ancien président ivoirien. Au fond, il considère encore que son ami avait gagné en 2011 et refuse toute légitimité à Alassane Ouattara. » Qu’importe si cette stratégie est jugée par beaucoup contre-productive. « On a l’impression que Sangaré prend en otage le parti, quitte à entraîner sa perte », commente un diplomate occidental.

Au sein de son camp, le profond respect pour le parcours de Sangaré reste fort, mais son intransigeance laisse parfois perplexe. Cette année, certains considéraient qu’après six ans d’abstinence électorale le temps était venu d’assouplir la ligne. Les plus pragmatiques craignant que le mouvement ne meure à petit feu, les plus jeunes espérant pouvoir lancer leur carrière. « Si la majorité n’a pas voulu désavouer Sangaré, certains ont tout de même décidé de se présenter en indépendants dans des zones toujours favorables à Gbagbo », admet un militant. Sans être réprimandés par la direction…

Le refus de Sangaré n’arrange pas forcément les affaires de la frange officielle du FPI. Certes, son président, Pascal Affi N’Guessan, présentera 187 candidats dans toutes les régions du pays et ne devrait pas avoir de mal à former un groupe parlementaire – huit députés seulement sont nécessaires. Plusieurs cadres de la formation pourraient ainsi faire leur entrée à l’Assemblée.

Parmi eux, Affi, candidat dans son fief de Bongouanou (centre-est du pays), Marcel Gossio, l’ancien patron du port autonome d’Abidjan, à Port-Bouët, Augustin Kouadio Komoé, l’un des vice-présidents du parti, à Tankessé (Est)… Quant à l’ancien ministre des Affaires étrangères, Alcide Djédjé, il se présente dans la circonscription de Ouragahio-Bayota, dans la région de Gagnoa, fief de Gbagbo.

Perte de voix

Cependant, l’objectif annoncé il y a quelques mois de récupérer les 96 sièges occupés par le FPI avant 2010 semble difficilement atteignable. Un proche d’Affi N’Guessan, lui-même candidat, le concède : « Objectivement, on peut espérer au mieux une trentaine de députés, même si la situation au sein de la coalition RHDP [Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix] et la multiplication des candidatures indépendantes peuvent nous être favorables. » « Outre la bataille interne au parti, qui nous fera perdre des sièges, c’est le manque de moyens qui nous plombe », précise-t-il.

Pour Affi N’Guessan, l’enjeu du scrutin est fort. Après son faible score lors de la présidentielle de 2015 (moins de 10 % des suffrages), sa performance du 18 décembre permettra de voir si sa stratégie commence à être acceptée par un électorat longtemps réticent et si son « opposition » à Gbagbo lui est pardonnée. « Sur le terrain, l’accueil n’est plus aussi hostile. Les militants veulent aller aux élections, croit savoir l’un de ses proches. Il est temps que l’opposition réintègre le Parlement. »

Bloc-CourrierDesLecteurs

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